L’horreur de l’histoire d’O ! Le coup de coeur d’Amandine

Le coup de coeur d’aujourd’hui nous emmène vers un style littéraire inventé par Dominique Aury, la première jeune fille admise en Khâgne, la première femme a joué un rôle déterminant au sein de la maison d’édition Gallimard et surtout, la première à être reconnue professionnellement pour ses aptitudes, ce qui l’amène à devenir conseillère au ministère de l’éducation. Cette pionnière et femme de talents explore de nouvelles voies littéraires avec Histoire d’O, qu’elle signe sous le nom de Pauline Réage, créant ainsi un nouveau genre littéraire, la littérature libertine féminine.

Pour écouter un extrait de la bande originale du film composée par Pierre Bachelet
https://www.youtube.com/watch?v=UGP8nVHgXno&list=PLE745D46452200063&index=3.

Une histoire alarmante

O est libre. Mais elle est subitement amenée par son amant au château de Roissy où les femmes deviennent esclaves. Elles y connaissent la souffrance car elles sont fouettées, surtout la nuit.
La seule satisfaction d’O est d’appartenir à un maître, son maître, dont elle aura d’ailleurs les initiales gravées au fer rouge lors d’un séjour au donjon de Samois.

« Tout haut, il lui dit qu’il l’aimait. O, tremblante, s’aperçut avec terreur qu’elle lui répondait je t’aime et que c’était vrai. »

O, dont on ne sait rien si ce n’est son amour pour René connaît les pires horreurs à Roissy. Son histoire est racontée froidement, sans artifices. Cependant il serait bien trop réducteur de considérer ce roman comme érotique. Là n’est pas l’intérêt. Il s’agit plutôt d’un message dit haut et fort : celui d’une femme qui même dans la soumission pure cherche encore la liberté.

« Enfin une femme qui avoue ! Qui avoue quoi ? Ce dont les femmes se sont de tout temps défendues (mais jamais plus qu’aujourd’hui). Ce que les hommes de tout temps leur reprochaient : qu’elles ne cessent pas d’obéir à leur sang ; que tout est sexe en elles, et jusqu’à l’esprit. Qu’il faudrait sans cesse les nourrir, sans cesse les laver et les farder, sans cesse les battre. Qu’elles ont simplement besoin d’un bon maître, et qui se défie de sa bonté… »

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De l’usage privé à la publication

Initialement destiné à Jean Paulhan, Histoire d’O a finalement été publié, justement suite à la sollicitation de ce dernier. Le roman a reçu le prix des Deux Magots en 1955. L’auteur d’Histoire d’O a pendant un certain temps été un grand mystère. Mais en 1994 Dominique Aury (qui emprunte le pseudonyme Pauline Réage pour ce roman) déclare : « Je n’étais pas jeune, je n’étais pas jolie. Il me fallait trouver d’autres armes. Le physique n’était pas tout. Les armes étaient aussi dans l’esprit. Je suis sûr que tu ne peux pas faire ce genre de livres, m’avait-il dit. Eh bien, je peux essayer, ai-je répondu. »

En fait, l’aventure d’O semble hors du temps, et surtout un prétexte à l’expression de sentiments puissants. O pourrait d’ailleurs signifier « objet » ou encore « orifice », mais selon l’auteur il n’y a aucune signification particulière. Ce serait O pour Odile, mais Dominique Aury a souhaité préserver l’identité d’une amie à elle en n’utilisant pas son prénom.

A ne pas juger trop vite

Certes, Histoire d’O fait directement référence à un univers sado-masochiste cruel et violent. Mais ce n’est en aucun cas dans le but de pimenter la vie sexuelle du couple. On remarque l’usage de périphrases pour désigner les parties intimes d’O et des femmes en général.
Nous sommes bien loin des romans à l’eau de rose qui s’inscrivent dans un registre érotique pour viser un lectorat féminin, tels que 50 Nuances de Grey.
Histoire d’O est surtout une quête de l’absolu où l’écriture directe rend l’ensemble captivant et bouleversant. On ne ressort pas indemne de cette Histoire d’O. Triste histoire aux émotions noires.
Pour l’époque, il y a un vrai effet de réalisme. On pense très vite aux maisons closes interdites à partir de 1946, dont Roissy pourrait être une fidèle reconstitution.

Finalement, Histoire d’O est une œuvre à couper le souffle, tant par la qualité de l’écriture qui nous transperce sans faux semblant, que pour le récit d’une femme sur laquelle on ne sait rien mais dont on nous dévoile le plus important au point d’éprouver ce qu’elle-même ressent.

Amandine Darmochod

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