Quand l’humour noir s’empare de Clermont-Ferrand c’est souvent morbide !

Du 3 au 12 février 2017, la ville de Clermont-Ferrand accueille le festival international de court métrage. Si la programmation est éclectique, trois programmes se détachent du lot, ceux de l’humour noir. En effet, chaque séance ou presque a refusé du monde et moi-même ai dû renoncé malgré moi à deux séances et ce malgré plus d’une heure de queue… C’est donc avec grande joie que j’ai enfin pu assister à une session d’humour noir. Laissez-moi vous faire découvrir le programme H1.

Dans quel but ?

L’humour noir a pour but de surprendre le spectateur, de le décontenancer et de le mettre dans une situation inhabituelle. Encore faut-il que ce soit dans un but précis… Deux courts-métrages de la sélection placent les personnages dans des situations burlesques mais sans vraiment apporter de résolution ni de chute nous laissant alors vraiment sur notre faim…

Travellinckx

Travellinkx de Bouli Lanners nous montre Didier, un hypocondriaque, qui croit qu’il va mourir et décide de faire une vidéo testament pour son père… Si on comprend vite qu’il n’est absolument pas condamné, son film prend une drôle de tournure lorsqu’il décide de protéger Gino Russo après que Marc Dutroux s’est échappé. Alors, oui, il se trompe de maison, oui il s’indigne un peu devant l’incompétence de la police et il nous fait rire car on sent qu’il ne sera pas capable de faire quoi que ce soit, pour autant, rien ne se passe… Le film est long et pas grand chose n’arrive… Marc Dutroux est capturé et Didier retourne à sa vie sans intérêt…
Le gros et le maigre de Roman Polanski (1960) n’est pas forcément mieux. Le titre annonce une comédie dans la veine d’un Laurel et Hardy mais il n’en est rien. En noir et blanc et muet, Roman Polanski filme un maigre qui doit se plier aux volontés du gros qui ne fait rien sinon donner des ordres et empêcher le maigre de partir. Si la prestation des acteurs et la réalisation sont bonnes, l’histoire tourne en boucle et le maigre malgré ses tentatives n’arrivent pas à s’en sortir. On sent qu’il s’agit d’un film expérimental d’un jeune réalisateur sorti de l’école qui veut montrer ses talents de réalisation aux dépends d’un scénario vraiment abouti. C’est dommage car la situation aurait mérité un meilleur sort au lieu d’une boucle qui manque cruellement d’intérêt. On ne réussit pas à se prendre d’empathie pour le personnage.

Des scénarios cruels !

téléchargement (1)Il est terrible de se dire que c’est la misère des autres qui nous fait le plus rire et pourtant ça marche… Ilha das flores (L’Île aux fleurs) de Jorge Furtado est un documentaire explicatif, tellement explicatif qu’il nous place face à notre propre absurdité. À travers la vie d’une tomate, il nous explique toute la chaîne de commercialisation alimentaire. Difficile de résumer ce film mais ce qu’on peut dire c’est que l’Homme est présenté comme supérieur et on nous explique que c’est grâce à son encéphale développé et ses pousses préhenseurs que l’Homme peut développer sa planète au mieux… Mais quel est le mieux ? C’est ce que nous montre ce documentaire qui explique comment les humains exploitent la nature pour faire de l’argent et comment ceux qui ont de l’argent se placent au-dessus de ceux qui n’en ont pas et qui sont considérés comme des moins que rien comme dans l’Île aux Fleurs dont le nom fait en fait référence à une décharge. Cette dernière regroupe les aliments jugés mauvais par les humains avec de l’argent et par le propriétaire des cochons qui se nourrissent dans cette décharge mais bons pour les pauvres… On nous montre que le système de rejet de déchets est absurde car ce qu’on rejette finit de toute manière dans l’assiette de quelqu’un et que le cochon qu’on mange s’est nourri des aliments qu’on a rejetés… Ce documentaire sous ses airs divertissants et avec une voix faussement simplette dénonce de manière admirable notre société de consommation.
En plus de la misère, l’autre sujet qui prête à sourire est les drames familiaux et cette programmation en regroupe plusieurs.

1200x630bf-001A pretty funny story
, (Une histoire plutôt marrante) d’Evan Morgan est en tout point cruel malgré le titre. Un soir, un père de famille découvre les pitreries de son voisin et en rigole avec sa femme, persuadé qu’il s’agira d’une histoire drôle à raconter à ses collègues le lendemain. Mais ce qu’il n’avait pas prévu c’est que l’homme en face est un petit peu psychopathe et paranoïaque sur les bords. Parce qu’il ne veut pas que l’histoire s’ébruite, il s’introduit chez ses voisins, les endort et leur introduit un petit micro dans les oreilles pour pouvoir entendre tout ce qu’ils disent. Pourquoi ? Parce que ce même soir, il a inséré un petit explosif dans la tête de leur fils et que s’ils parlent de cette histoire, il appuiera sur le détonateur. Si la situation est quand même ahurissante, le jeu des acteurs est lui excellent et ils nous font ressentir l’angoisse et le stress avec une incroyable justesse et on ne peut s’empêcher de sourire devant la tête de dépressif que font ses parents qui craignent pour la vue de leur fils. [spoiler] Les parents réussissent à ne pas en parler mais le voisin explose quand même la tête de l’enfant quand celui-ci lui fait un doigt d’honneur… Attention les enfants, méfiez-vous d’à qui vous adressez vos insultes…
hqdefault (1)Familyship du coréen Hye-ryeom Yoon est très court mais efficace et nous présente une toute nouvelle méthode pédagogique… particulièrement radicale… Une mère menace son fils d’une arme à feu pour qu’il apprenne correctement ses mathématiques. Cette dernière, énervée par les échecs répétés de son fils, menace de le tuer s’il fait la moindre erreur… Malheureusement, la méthode n’est pas si efficace et il se trompe dans le calcul de l’aire du trapèze… c’est la fin pour lui… [spoiler] elle presse la gâchette et le coup part… « BANG » La mère s’effondre, assassinée par sa fille, qui aurait sauvé son frère, se dit-on… mais non, elle lui avait demandé de repasser sa chemise et ne l’avait pas fait, elle l’avait prévenue… « BANG » la jeune fille s’effondre, son frère lui a tiré dessus car il l’avait averti de ne pas rentrer dans sa chambre sans frapper… La tension est à son comble jusqu’à la mort de la mère car on sent que le petit se trompera mais la résolution est si rapide et tient en une seule phrase de chaque personnage que la surprise est immense et les raisons des meurtres ne peuvent que nous faire rire…
Interior-FamiliaMais le film le plus cruel et drôle de cette sélection est probablement Interior. Familia (Intérieur. Famille) de Gerard Quinto, Esteve Soler et David Torras. Encore une histoire de famille. 4h30 du matin, des parents réveillent leur fils pour lui expliquer comment il a été conçu… Lui qui aimait ses parents, découvre que ceux-ci ne l’ont jamais désiré, qu’il est accident, que sa mère a essayé d’avorter plusieurs fois, même toute seule mais qu’elle n’y est pas arrivé car son père l’en empêchait, que ses problèmes respiratoires viennent du fait qu’ils ont essayé de le noyer dans une piscine quand il avait 4 ans et que son grand-père qui l’avait sauvé chaque fois ne l’avait que pour abuser sexuellement de lui… Le choc ! Lui se demande pourquoi ses parents lui révèlent tout cela, eux expliquent qu’ils font ça par souci d’honnêteté et par bienveillance… les réactions des parents qui disent ça comme s’il s’agissait de banalités et celles du fils choqué, nous font mourir de rire. [spoiler] Mais le plus drôle intervient quand ces derniers lui annoncent que s’ils se confessent c’est pour qu’il sache pourquoi ils vont le tuer… L’absurdité de la situation et l’extrémisme de ses parents qui veulent se débarrasser de ce fils qui a gâché leur vie sont hilarants !

Quand Humour Noir rime avec hilarité !

On dit souvent que les blagues les plus courtes sont souvent les meilleures. Cela se vérifie également dans le monde du court. Pommes frites de Balder Westein est un film en pâte à modeler où deux actions se font face : un homme qui demande trois cornets de frites dans une baraque à frites et des enfants qui réclament des bonbons pour Halloween. Une tempête approche et les enfants se font claquer la porte au nez partout où ils passent… [spoiler] Mais la dernière maison leur ouvre la porte sauf que la rafale de vent s’intensifie à ce moment-là, fait voler les trois cornets de frites vide qui atterrissent sur la tête des enfants, en déstabilisant un qui fait brûler son lumignon pour laisser apparaître une croix… Ces tout frais envoyés du Klux Klux Klan voient un homme noir leur ouvrir la porte marquant la fin du film…

Capture d’écran 2017-02-11 à 14.52.45Una furtiva lagrima de Carlo Vogele montre un poisson avec la voix d’Enrico Caruso chanter son requiem depuis l’étal de la poissonnerie à la poêle à frire. Le contraste entre ce poisson en plastique animé par des fils un peut trop visibles à notre goût et le chant lyrique nous fait rire et conquiert la salle mais le meilleur film est sans conteste This is how you die (Le mot de la fin) de Michael Mohan. Il n’est besoin que de six minutes pour voir cinq personnes mettre le doigt dans une machine qui prédit la mort et voir leur mort arrivée alors que ces derniers tentent d’y échapper… Si ces prédictions sont toutes exactes et codées, elles nous surprennent à chaque fois. La première est une jeune joggeuse qui reçoit pour prédiction « old age ». Rassurée elle se dit qu’elle mourra vieille sauf qu’elle meurt dans l’instant tuée par un vieil homme… Vous avez compris le principe et il en sera de même pour chaque personnage. Si les dernières morts sont un peu absurdes et bien moins réalistes que les autres, les trois premières sont brillantes car l’effet est chaque fois réussit. Si on sait qu’il y a un piège dans le petit papier annonçant la mort, on n’en est pas moins surpris à chaque fois… Et en cadeau, on vous laisse le découvrir ci-dessous…

 

Difficile à voir mais ça en valait vraiment le coup ! Vive l’humour noir !

Jérémy Engler

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