L’hymne à la liberté du Colonel oiseau

Le Colonel Oiseau est une pièce de l’écrivain bulgare Hristo Boytchev. Pleine de poésie, de sagesse et d’espoir, elle retrace l’histoire la plus incroyable : celle de fous qui reprennent le contrôle de leurs vies. C’est à la Fabrik’ Théâtre pendant le festival d’Avignon 2016 que l’on pouvait voir cette pièce, jouée par la compagnie amateur du Théâtre de l’Autre Scène.

Mission impossible : sauver les Quarante Saints Martyrs

© Compagnie du théâtre de l'Autre Scène
© Compagnie du théâtre de l’Autre Scène

Cette pièce narre une histoire très originale, car elle donne la parole à des hommes inconnus du monde, des hommes que l’on cache par peur ou bien par honte.

Bienvenu au centre des Quarante Saints Martyrs dans les Balkans, un ancien monastère reconverti en hôpital psychiatrique, qui abrite une poignée de personnes livrées à elles-mêmes. En effet le lieu est, pour une raison inconnue, complètement délaissé par les autorités médicales. Cela doit être certainement dû à des problèmes économiques ainsi qu’à une administration peu concernée. Une jeune femme est envoyée là-bas comme nouveau médecin, mais elle ne peut pas faire grand chose pour ses patients : elle ne dispose ni de nourriture, ni de vêtements chauds, ni de médicaments. Face à tant de misère, elle ne peut qu’être démunie, d’autant plus que personne ne veut lui prêter main forte depuis le centre psychiatrique régional. Un jour pourtant, on retrouve, dans la cour du monastère, des caisses de l’ONU, tombées dans la nuit à la suite d’un parachutage militaire. Il y a là tout ce dont les pensionnaires ont besoin : vêtements, nourriture etc. Cette découverte va chambouler leurs habitudes et faire naître en eux la conscience de leur existence. Un nouvel espoir nait et avec lui la folle idée de fuir ce lieu sans vie pour l’Europe de l’Ouest.

Des personnages si attachants

Dans cette pièce, s’il y a bien une trouvaille, ce sont les personnages. À la fois uniques dans leurs manies et leurs caractères, ils reprennent des questionnements universels qui permettent aux spectateurs de s’identifier rapidement. Leur quête est celle de l’identité, de la liberté, de l’amour… Les pensionnaires des Quarante Saints Martyrs sont des hommes et des femmes qui n’ont pas réussis à se plier aux exigences de la société et qui sont donc condamnés à vivre en marge de cette dernière. Cette pièce questionne les limites de la folie. Comment la définir et pourquoi l’opposer à la « normalité » ? La folie pourrait être une façon de vivre et de voir le monde. Dans ce huis clos, nous voilà enfermés avec des hommes fous, mais ici « fous » ne rime pas avec « danger », mais avec « poésie ». Tous ces pensionnaires sont des poètes qui recréent leur identité dans l’absurde pour oublier leur échec d’intégration à la société. Prenons l’exemple de Pepa, cette ancienne prostituée qui, prise d’un soudain élan de culpabilité décide de se faire nonne et de rentrer au couvent : le médecin la fait interner. Ces fous n’ont rien de dangereux donc, alors que le monde extérieur semble être à feu et à sang. Les seules informations de l’extérieur nous parviennent de la télé des Quarante Saints Martyrs et de son journal quotidien que les pensionnaires ne manqueraient sous aucun prétexte. Celui-ci ne parle pourtant que de guerre et des luttes dans la région du Kosovo, et c’est « la même chose tous les soirs, on dirait… » penserait Davud. Un brin lucide du monde dans lequel ils vivent, c’est aussi leur folie que de croire en l’humanité et de décider de partir pour Strasbourg, siège de l’ONU. Pour eux, il s’agit du seul moyen de participer à la création de la paix dans le monde. Seuls contre tous, ils entreprennent un voyage dont l’issue est plus qu’incertaine. Le nouveau médecin tente d’appréhender ces patients d’une singulière humanité, et nous guide à travers cet imbroglio de misère, de cœurs perdus et emmêlés les uns aux autres en un radeau de la dernière chance.

Cette pièce séduira les amoureux de l’Europe de l’Est, notamment grâce à la mise en scène qui utilise une bande son riche, mêlant l’air des chérubins de Tchaïkovski d’un délice céleste, ou encore les airs traditionnels de chœur de femmes bulgares aux voix obsédantes. Une poésie bien trouvée pour cette mise en scène qui approche souvent le contemplatif et qui tire aux spectateurs quelques frissons. Tout cela permet d’accentuer le côté exotique de cette histoire et fait souffler comme un vent d’ailleurs, un vent de voyages qui porte les oiseaux de nos tendres fous.

Margot Delarue

2 pensées sur “L’hymne à la liberté du Colonel oiseau

  • 30 janvier 2019 à 15 h 11 min
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    Un énorme merci pour le crédit photo non signalé et la signature effacée. Je vous demande de me rappeler au 0681953660 pour régler ce litige faute de quoi une procédure sera entamée

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    • 27 avril 2019 à 14 h 54 min
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      Bonjour Monsieur,
      Nous venons de voir votre message. Concernant le crédit photos, il est mentionné, c’est juste que le thème de notre site n’affiche pas les crédits lorsque nous les signalons dans la légende. Et si quelqu’un clique sur la photo, il verra qu’elle porte votre nom. Nous créditons toujours les photos que nous publions sur notre site mais malheureusement il n’affiche pas les crédits pour les photos en une… et nous n’avons pas les compétences pour y remédier car c’est un thème que nous n’avons pas créé. Donc nous sommes désolés pour cela. Croyez bien que nous respectons le travail des artistes et des photographes particulièrement.
      Concernant la signature effacée, vous parlez d’un filigrane sur la photo, je suppose. Si tel est le cas, nous ne l’avons pas effacé, nous ne les effaçons jamais, et vous pouvez vérifier sur d’autres pages de notre site pour vous en rendre compte.
      Mais probablement que le site où nous avons trouvé la photo n’avait pas le filigrane et donc nous nous en excusons mais nous ne pensons pas à vérifier toutes les photos que nous trouvons pour savoir s’il en existe une autre avec une signature, la photo a été prise sur le JDD qui vous avait crédité mais votre photo n’avait pas de signature sur leur site… donc nous ne pensions pas qu’il l’avait sciemment enlevé.

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