L’idéal – parce qu’il le vaut bien ?

L’idéal est un film réalisé par Frédéric Beigbeder, sorti le 15 juin 2016. Il est tiré du roman Au secours pardon, lui-même écrit par Beigbeder. C’est donc l’auteur qui s’occupe de porter son livre à l’écran ; pour cela, il demandera l’aide de Gaspard Proust (humoriste avec qui il avait déjà collaboré pour L’amour dure trois ans) qui occupe le rôle principal d’Octave, et Audrey Fleurot (notamment connue pour ses rôles dans les films Intouchables, Les reines du ring, Pop Redemption ou Sous les jupes des filles et dans la série Kaamelott) qui campe le rôle de Valentine, responsable publicité. Le film se veut être une critique du monde de la publicité, et s’intéresse au cas d’une entreprise nommée L’Idéal, qui s’occupe de la vente de cosmétiques.

AfficheUne réalisation (trop) simple ?

Le film s’ouvre sur un plan-séquence : on suit Octave, le personnage principal, lorsqu’il est encore enfant. On entend un chant de Noël, et on voit le jeune garçon entouré de trois escort girls russes, munies de leur coupe de champagne et de leur cigarette. On suivra ensuite l’enfant jusqu’à une fête qui l’empêche de trouver le sommeil, une sorte d’orgie avec sexe, drogue et alcool – fête qui marquera la vie du protagoniste. Une suite de plans d’une demi-seconde chacun succède au plan-séquence : il s’agit du générique, présenté comme une publicité de parfum, qui nous présente L’idéal – Paris. Et là, la convention est passée : les plans-séquences seront les moments d’innocence, de sincérité, de réel en somme, tandis que les plans courts serviront à montrer les moments d’hypocrisie, de faux-semblants : la publicité.

La réalisation tente d’inclure, à son montage effréné, des séquences psychédéliques, qui servent à associer la publicité, la succession d’images, l’agressivité visuelle aux sensations de drogue. Les partis pris artistiques seront parfois choquants, détonants, et ôteront une partie de la crédibilité du propos par moments (les scènes de dialogues par Skype, la salle de gestion des crises, l’entrée dans le manoir russe pour une fête…) Beigbeder nous donne l’image d’un monde où l’excès est roi ; mais on ne peut s’empêcher de dire que certains choix sont de trop, et notre suspension consentie de l’incrédulité en prend un coup, quitte à nous faire sortir du film.

Proust-Octave

On notera tout de même une audace du réalisateur, un interdit qui sert le propos : les regards caméra. Souvent le personnage d’Octave s’adressera au public droit dans les yeux, cassant régulièrement le quatrième mur pour s’offrir des apartés à l’allure de révélations sur le monde de la publicité. De même, on entendra régulièrement les pensées du personnage, qui nous dévoilera tout son cynisme, cynisme qui est le reflet du monde dans lequel il vit.

Une écriture en demi-teinte

Il faut séparer deux aspects de l’écriture : les dialogues et le scénario. De manière générale, les répliques sont bien senties, et font mouche la plupart du temps pour peu qu’on ne soit pas dérangé par un niveau de langue plutôt trivial. Le franc parlé fait clairement partie des forces du film, il nous donne l’impression de vivre dans l’univers de la publicité sans ses fards. Audrey Fleurot et Gaspard Proust font vivre ces répliques ; qui sonnent certes juste, mais qui ne sont pas mémorables pour autant.

Quant au scénario, c’est une forme classique, en trois actes : élément déclencheur, péripéties, dénouement. Rien de remarquable, presque une forme publicitaire pour présenter le produit qui nous sauvera du quotidien. Mais les trois parties sont inégales : la dernière, particulièrement, est extrêmement convenue, et n’aide pas le spectateur à réfléchir sur ce qui lui est proposé. Le film nous donne sa conclusion et balaie son propre cynisme, qui était sa force, pour une conclusion surréaliste – idéale même.

Fleurot-Valentine

Et il faut aussi revenir sur l’image de la femme qu’est offerte par ce film ; parce qu’après tout, c’est un des éléments centraux de l’œuvre. L’utilisation de l’image de jeunes mannequins pour essayer de créer une image idéale et unique de la femme. Que dire, si ce n’est qu’encore une fois, le propos est assez commun : les femmes sont des êtres humains aussi, et elles sont toutes belles à leur manière. Le message est louable, mais il nous est délivré sans subtilité aucune, dans un deus ex machina tiré par les cheveux.

Faut-il aller le voir ?

 

Il est difficile de ne pas considérer, au final, L’idéal comme un addendum de 99 Francs. Certains le considèrent comme une suite spirituelle, et il est difficile de leur donner tort tant le point de vue et la forme sont semblables. Si vous n’avez pas vu 99 Francs, nous vous le conseillons en priorité. Le message est apporté avec une moins grande complaisance, quitte à vraiment troubler son public, voire à l’accuser. Donc, voyez d’abord ce film : si les partis pris esthétiques et l’univers vous déplaisent, fuyez L’idéal. Si par contre le film vous a plu, je pense que vous devriez trouver quelque chose dans la réalisation de Beigbeder qui vous aidera à compléter votre point de vue sur le personnage d’Octave (alias Beigbeder – les deux films étant des autofictions).

Au final, nous recommandons donc plutôt 99 Francs que L’idéal ; et nous ne conseillons ce dernier qu’à ceux que le premier film n’a pas suffi à rassasier. L’idéal est certes bon, mais comme la publicité, il n’a vraiment de parfait que son apparence.

Jordan Decorbez

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