Liebman par Liebman, la vie d’un juif renégat pro-palestinien

À la Manufacture, lieu consacré à l’écriture contemporaine pendant le festival Off d’Avignon, du 7 au 24 juillet 2016, se jouait Liebman renégat, mis en scène par David Murgia, dont le dernier passage à Lyon avec Discours à la nation avait connu un immense succès. Le jeune metteur en scène belge poursuit son exploration d’un théâtre politique engagé en mettant en scène Liebman renégat d’Henri Liebman qui raconte la vie peu banale d’un israélien pro-palestinien !

Une affaire de transmission

Sur scène, nous apparaît la famille Liebman. Henri (alias Riton) Liebman raconte la vie de son père Marcel Liebman. Le fait qu’un fils joue un texte qui narre la vie de son père connu est assez rare pour être souligné. Si Marcel Liebman n’est pas très connu en France, il fut de tous les combats politiques des années 60 à 80, en Belgique.

Son parcours idéologique nous est expliqué par son fils avec humour, légèreté et sérieux. Marcel Liebman est donc un juif élevé dans une famille très conservatrice qui à la fin de ses études de sciences politiques et après avoir rencontré sa femme et sa belle-famille devient de gauche et prend position contre Israël affirmant que la Shoah ne donne pas droit aux juifs de spolier un peuple de sa terre.

En tant que professeur à l’Université Libre de Belgique, il acquiert une certaine notoriété et légitimité et ses propos et écrits sont reconnus bien que faisant l’objet de nombreuses critiques idéologiques. Homme engagé, il est de tous les combats et marque ses étudiants par ses positions tranchées et ses idées pacifistes. Bien que militant et activiste, il n’en reste pas moins pacifique dans ses actes, c’est pourquoi il se permet d’emmener ses enfants avec lui lors des manifestations ou qu’il leur apprend l’Internationale. Marcel Liebman n’a eu de cesse d’essayer de transmettre ses connaissances dans le but de proposer une paix durable comme le prouve son soutien envers les indépendantistes algériens ou aux discussions de paix entre Israël et Palestine. Toutes ses valeurs, il les a enseignées à ses étudiants et amis et les a léguées à ses enfants qui aujourd’hui nous les transmettent à travers ce spectacle.

© Leslie Artamonov
© Leslie Artamonov

Un regard critique et amusé

Seul en scène pour interpréter le texte, Riton Liebman livre ses émotions et son ressenti d’enfant vis à vis des propos et positions de son père. S’agissant d’un véritable lien de parenté, son témoignage prend une tournure très sérieuse. Toutefois, on ne tombe pas dans le pathos puisqu’il sait doser l’humour et que Philippe Drivel, le musicien qui l’accompagne, l’aide dans ses effets. S’il lui arrive de jouer des airs tristes de circonstances, il reprend plusieurs fois le générique de Tintin pour raconter les combats ou les aventures de Marcel Liebman, donnant une tournure humoristique et créant un décalage entre ce qui est raconté et le ton employé par le narrateur et l’ambiance qui est créée. Seul face à son micro sur pied, avec très peu de déplacements, Riton Liebman nous dit son texte avec poésie et humour comme lorsqu’il explique qu’il a fait lire le texte à des membres de sa famille ou à des amis de son père et qu’ils ne sont pas tout à fait d’accord avec la version racontée car elle ne les met pas en valeur. En invoquant le principe de l’honnêteté intellectuelle, en nous affirmant que l’intéressé raconte l’histoire autrement, il nous fait sourire et parvient à créer une complicité avec le public qui apprécie ce petit running gag.

Ce qui rend ce spectacle intéressant c’est qu’on a une biographie d’un personnage haut en couleur livrée par un comédien capable d’analyser de l’intérieur mais aussi de l’extérieur, grâce au travail de David Murgia, les actions et réactions de Marcel Liebman. On ne tombe pas dans l’introspection bas de gamme ou le simple récit d’événements. Les commentaires, le regard de l’enfant devenu adulte, lui-même devenu père, sur cette histoire sont ce qui donne une touche particulière à ce spectacle. C’est face aux prises de position idéologique de son fils rappeur que Riton Liebman s’est rendu compte de ce qui lui était arrivé avec son père et qu’il s’est dit qu’un spectacle pouvait naître.

La vidéo est utilisée avec parcimonie et efficacité. Il n’y a pas de trop longs passages de vidéo ni une multiplication des extraits de reportage, seulement certaines images qui donnent plus de corps et de réalisme au personnage qu’était Marcel Liebman et à ce qu’il représentait.

© Leslie Artamonov
© Leslie Artamonov

Liebman renégat nous ouvre les portes de l’engagement politique et du récit de vie sans tomber dans le documentaire basique mais en nous faisant renter dans l’intimité de l’homme grâce au double regard de l’enfant et du militant.

 

Jérémy Engler

Une pensée sur “Liebman par Liebman, la vie d’un juif renégat pro-palestinien

  • 15 août 2019 à 16 h 11 min
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    Ayant été moi-même doctorant et professeur à l’ULB entre 1970 et 1989, j’ai bien connu Marcel Liebman. Je n’ai jamais connu pire socialo-gauchiste, marxiste halluciné, que cet infect individu. Ce psychopathe profond n’avait que deux seules jouissances : cracher dans toutes les soupes et éructer son antisémitisme maladif tant sa détestation de lui-même était paroxystique. Dans la veine d’un Marx ou d’un Freud, tous deux comme lui Juif honteux et renégat, il n’avait de cesse que de conchier ses propres racines culturelles et spirituelles. Heureusement, même en faculté de droit où il vociférait, les étudiants gauchistes (sauf les ultra coco) lui tournaient le dos. Il m’est pénible de lire que cette ordure de haut vol puisse encore faire l’objet de quoique ce soit.

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