L’Île des oubliés de Victoria Hislop, un roman que Solène n’oubliera pas puisque ce livre est son coup de coeur

L’Île des oubliés est le premier et très percutant roman de la britannique Victoria Hislop. Si elle continue l’écriture, avec Le Fil des souvenirs paru en France en 2012 et Une Dernière danse en 2014, notre attention se porte aujourd’hui sur son premier ouvrage. Elle l’édite dans son pays en 2005. Il s’y diffuse un concentré d’émotion qu’on put partager 2 millions de lecteurs de vingt-cinq langues différentes et qui furent mises en image par la télévision grecque sous forme d’une série en 2010. Et oui, L’Île des oubliés lève le voile sur une période et un lieu méconnu de la Crète à travers l’histoire secrète d’une famille…

Sous la carte postale

Alexis, une jeune anglaise passe son été en Crète avec son petit ami, Ed. Alors que ce dernier ne semble vouloir que profiter du cadre idyllique de La Canée, elle compte bien revenir dans le village de sa mère, Plaka. Elle veut comprendre pourquoi cette dernière ne lui en parle jamais, pourquoi elle en est partie et n’est pas revenue. Elle profite également de cette occasion pour faire le point, elle ne sait pas si Ed est l’homme qu’il lui faut. Il ne veut pas partager cette expérience avec elle, tant pis, elle y va seule. Sa mère ne lui a donné qu’un nom, Fotini. C’est grâce à elle que tout va se reconstituer, pour Alexis comme pour nous, grâce au phénomène de double énonciation. Le récit de ses aïeuls commence. Il se déroule dans ce même village, dans ce même cadre magnifique, sous la même chaleur. Il a été étouffé par le silence et le départ de sa mère au Royaume-Uni. Mais Alexis est bien déterminée, elle a besoin de savoir pour avancer.

« Lorsque nous évoquons l’antiquité, nous nous référons toujours au destin, mais nous ne parlons pas réellement d’une force incontrôlable. Bien sûr, certains événements capitaux semblent se produire sans raison et bouleverser le cours d’une vie, mais, en vérité, notre destinée est déterminée par les actions de ceux qui nous entourent et de ceux qui nous ont précédés. »

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Spinalonga, l’île de deux générations exclues

Fotini lui livre alors le secret de l’île, là-bas, en face de Plaka. Elle s’appelle Spinalonga, c’était une ancienne léproserie, de 1903 à 1957. Tous les lépreux d’Europe y étaient envoyés. Ce fut le cas de son arrière grand-mère, Eleni. Du jour au lendemain, des symptômes de la maladie sont apparus, il n’y avait plus d’issue possible. Cette île, avec sa forteresse vénitienne qu’elle voyait tous les jours allait être son dernier voyage, un voyage sans retour, loin de son mari et ses deux filles. Il fallait une fois sur place tout recommencer, loin de ses proches, loin des vivants. C’est ce que se disaient les nouveaux arrivants. Spinalonga était le cauchemar absolu. Eleni, passés les jours de chagrin, se rend bien compte qu’une vie s’organise, que la plupart des habitants de l’île ne veulent pas perdre leur train de vie. C’est pourquoi, en réponse aux ressources dérisoires de l’île ils négocient auprès des autorités pour avoir des conditions de vie égales aux Crétois, à ceux qui vivent seulement à quelques kilomètres d’eux. Toute cette lutte à corps perdu contre l’exclusion se diffuse à travers le passage de Gyros, l’époux d’Eleni qui fait les livraisons de Plaka à Spinalonga. Il voit, il entend ce qu’il se passe là-bas mais une fois revenu sur le territoire il se rend compte que dans le regard des autres ces gens-là sont des lépreux, des « infidèles » et qu’ils ne méritent pas ce qu’ils revendiquent. C’est peut-être là qu’on se rend compte de la force du roman quant à l’identification aux personnages. Il construit dans notre esprit un vrai réquisitoire contre l’exclusion. Non ! on ne peut pas les exclure, nous lecteurs, car nous savons ce qu’ils vivent, ce qu’ils traînent derrière eux, ce qu’ils espèrent. Mais malgré tout cet espoir, Eleni n’a pas la chance de voir le remède et laisse derrière elle deux petites filles âgées d’une dizaine d’années, Anna et Maria. Si pour Anna, l’aînée, tout semble aller comme elle le veut en grandissant, ce n’est pas le cas de Maria, plus réservée, qui ne se confie qu’à Fotini, sa grande amie. Et alors que se programme pour elle des fiançailles avec Manolis, le cousin du riche mari d’Anna, elle revit l’épisode terrible de la découverte des symptômes de la lèpre. Tout allait si bien, comment refaire face à cette maladie, comment dire à son père qu’il va devoir l’accompagner en bateau jusqu’à Spinalonga ? Revivre les regards réprobateurs que portent les Crétois sur l’île ?Une nouvelle fois, il va falloir s’adapter, recommencer une vie loin de celle qui se promettait d’être belle, à Plaka.

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Revenir

Alors qu’elle commence juste à s’habituer à l’île, Maria va recevoir une nouvelle de Fotini à propos d’Anna : malgré tout son luxe, son confort, son apparent bonheur, elle a commis l’adultère et les conséquences ont été terribles. Son enfant ne pourra pas être élevé par ses parents. Maria elle, jouit d’une chance, un signe du destin : elle a guéri et va revenir à Plaka. Et Alexis va être le fruit de ce nouveau départ, même si dans cette famille les péripéties sont aussi nombreuses que les secrets et les tabous. Ces deux thématiques révèlent ici un enjeu moral puisque justement, on a oublié ces habitants de Spinalonga. On peut à la fois imaginer leur ressenti face au silence, à l’ignorance, à l’indifférence qu’on peut porter par rapport à leur vécu et à la fois découvrir, en même temps qu’Alexis, les détails de l’histoire. On se demande pourquoi est-ce qu’on parle si rarement de cette époque, de ce lieu si peu commun. Le secret de famille résonne alors à plus grande échelle comme un secret de l’Histoire et une leçon pour aujourd’hui. En effet, la situation actuelle de la Grèce nous rappelle qu’il ne faut pas les oublier, que l’exclusion peut être la source de grands maux.

L’Île des oubliés a le mérite d’être particulièrement poignant. Ici, la question de la fatalité qui s’est abattue sur la famille ne peut nous être indifférente. Les pages que l’on tourne les accompagnent alors dans leur affranchissement et le début d’une nouvelle vie.

Solène Lacroix

Une pensée sur “L’Île des oubliés de Victoria Hislop, un roman que Solène n’oubliera pas puisque ce livre est son coup de coeur

  • 12 octobre 2014 à 19 h 17 min
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    J’aime bien les histoires de secrets de famille 🙂
    Nos familles ont toutes des secrets, plus ou moins graves qui déterminent dans tous les cas, un peu le cours de nos vies…
    Ce livre fait écho à l’oubli, que vous avez présenté la semaine dernière!

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