Et si l’imperfection était la perfection ?

Après Où sont les ogres ?, Le Festival In d’Avignon accueille un second spectacle jeune public dans la Chapelle des Pénitents Blancs du 22 au 26 juillet 2017 à 11h et 15h, L’imparfait d’Olivier Balazuc.

La famille idéale ?

L’expression favorite de la mère est « C’est parfait » et donc tout doit être parfait, tout doit correspondre à un certain idéal et comme le dira Victor 2, ses parents n’aiment pas Victor, mais aiment ce qu’ils s’imaginent être Victor et ce qu’ils aimeraient qu’il soit. C’est l’idée d’un enfant parfait qui ravit les parents. La maison jaune très sobre, mais fonctionnelle rappelle le modèle Ikea et la famille est composée d’un papa, d’une maman et d’un enfant, ce qui correspond au type de la famille parfaite. Tout fait référence à cette idée de perfection, tant et si bien que l’enfant Victor explique au public qu’il connaît d’avance les questions de ses parents, car ce sont toujours les mêmes et que donc il en connaît les réponses et qu’il peut aisément le petit enfant chéri qui voit sa mère lui dire : « C’est parfait ! » Mais cette absolue perfection brise toute émulation et bride l’imagination et la réflexion. Cette envie d’idéal rejette complètement l’erreur humaine et ne laisse pas place à l’imprévu, tout doit être simple, précis, carré comme un algorithme. Les parents se sont rencontrés sur un site de rencontres et en font l’apologie, car grâce aux différents filtres, on ne perd pas de temps et on trouve tout de suite la personne qui nous correspond parfaitement. Sauf que ce monde idyllique est rompu par Victor qui pose des questions qui dérangent et lui font prendre conscience que la perfection n’est peut-être pas si bien… Il devient donc « imparfait » au grand dam de ses parents qui font une crise. Victor a brisé le parfait équilibre et eux ne comprennent pas ce qu’il se passe. Ils voient même un pédopsychiatre qui leur explique que « c’est parfait de pas être parfait. » Les parents ne comprennent pas très bien cette phrase jusqu’à la fin de la pièce où ils se rendent compte de l’absurdité de cette vie trop réglée, trop normée, lassante et dans laquelle ils ne s’épanouissent plus. Les enfants comprennent assez bien cet aspect de la pièce et son message qui implique que s’il est préférable d’essayer de contenter les parents, ce n’est pas si grave de rater… La perfection c’est que la famille s’aime et se retrouve derrière le fameux « papamamanvictor »…

Ces parents « idéaux » sont de véritables stéréotypes de parents qui rêvent la vie de leur enfant ou la dirige pour eux. Ils semblent décider à l’avance de la vie qu’aura leur protégé. Cela se voit surtout lorsque la mère s’exclame à chaque fois qu’il réalise une action en lien avec un métier que ce sera son métier plus tard. Et évidemment, le métier change chaque fois que l’enfant fait quelque chose, montrant l’absurdité des parents de cette pièce qui veulent tout contrôler de la vie de leur enfant.

© Christophe Reynaud de Lage
© Christophe Reynaud de Lage

Et si les enfants étaient des robots ?

La pièce est intéressante du fait qu’elle propose une histoire pour les enfants et une, un peu plus complexe, pour les adultes. Dans leur désespoir, les parents font appel à une société Corporate Incorporate qui propose des robots enfants parfaits… Construit sur le modèle de leur fils, ce Victor 2, comme ils l’appellent, est programmable et ils peuvent lui ajouter les applications qu’ils veulent, ainsi ce nouvel enfant ne décevra jamais ses parents, si bien qu’il reproduit toujours les mêmes dessins parfaits, invariablement, qu’il est toujours poli, qu’il ne fait pas la moindre bêtise, mais petit à petit Victor 1 jalouse ce Victor 2 avec qui il est mis en concurrence. Si au départ, il n’est évidemment pas question de remplacer l’un par l’autre, les deux coexistent et Victor 2 est censé stimuler Victor 1 et l’aider à progresser, sauf que l’inverse qui se passe, Victor 1 régresse. Comprenant qu’il ne pourra jamais être aussi parfait que le robot, ce dernier, fait davantage de bêtises jusqu’à une terrible qui lui vaudra d’être puni dans sa chambre et qui verra son clone prendre sa place. Les parents ne l’appellent plus Victor 2, mais Victor tout court, ils ne se préoccupent plus du puni qu’ils ont oublié dans sa chambre. Et si au départ, le robot essaie vraiment d’aider Victor 1, il commence petit à petit à vouloir prendre sa place et non plus à l’accompagner dans son épanouissement. La pièce devient alors d’une grande cruauté et on commence à se poser des questions sur notre exigence envers des enfants, sur notre avenir face à la machine, etc.

© Christophe Reynaud de Lage
© Christophe Reynaud de Lage

La mise en scène sobre est particulièrement efficace et portée par d’excellents comédiens qui réussissent à contenter petits et grands pour finalement nous offrir une petite pépite qui propose une véritable réflexion sur l’enfance, le rôle des parents et l’utilisation des machines dans nos vies.

Jérémy Engler

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