La littérature jeunesse sous un nouveau jour avec le Maitre des Livres

Quinze tomes, c’est ce qu’il aura fallu à Umiharu Shinohara pour nous faire découvrir la petite bibliothèque de la Rose Trémiaire. Cette bibliothèque de littérature jeunesse privée japonaise est située au milieu d’un parc et dégage une ambiance cosy. Ce refuge pour lecteurs jeunes et moins jeunes devient le personnage principal de l’œuvre. Cette bibliothèque, lieu de transmission littéraire, se révèle être un lieu de rencontres incontournable et un rite de passage vers l’âge adulte et l’appréhension de soi.

Un hommage à la littérature jeunesse

Trop souvent dévalorisée, trop souvent moquée, trop souvent rabaissée, la littérature jeunesse est ici déifiée, érigée au rang de révélateur de la nature humaine, capable de faire réfléchir tout enfant mais aussi et surtout tout adulte qui saurait apprivoiser ce type d’ouvrage. Evidemment, tous les clichés sur la littérature jeunesse sont présents, mais le mangaka se fait un malin plaisir à leur tordre le cou chaque fois que c’est nécessaire, à travers, notamment, le personnage de bibliothécaire exigeant et rigide qu’est Mikoshiba. Ce dernier est passionné par son métier et la littérature. Pour lui, il n’y a pas de sous-genre, toute littérature est bonne et particulièrement la littérature jeunesse, capable de s’adresser au lectorat adulte et enfantin, si on prend le temps de s’y attarder.
L’une des grandes vertus de cette œuvre est qu’elle nous fait (re)découvrir des histoires parfois oubliées, parfois déformées d’abord au travers d’un regard naïf avant de livrer une analyse assez subtile de l’œuvre et de la pensée de l’auteur. En plus de redécouvrir des textes occidentaux, on fait la rencontre de personnages de contes japonais non traduits en France, nous livrant un aperçu de la littérature jeunesse japonaise. Le manga mêle donc œuvres nationales, étrangères, très connues et parfois moins. Chaque fois qu’une œuvre est évoquée, elle prend vie sous nos yeux et nous est racontée en dessins… Des Quatre filles du Dr March à Huckelberry Finn, en passant par Perrault et R.L. Stevenson, c’est à un voyage au cœur des livres que nous invite ce manga. Les personnages du manga vivent des situations qui deviennent des prétextes au récit d’un ouvrage présent dans la bibliothèque et rapidement, nous devenons témoins de la force réparatrice des livres qui savent soigner les maux et offrir une véritable introspection à leurs lecteurs.

La Rose Trémiaire, un lieu et un rite de passage

Pour bien nous faire comprendre la force de la littérature jeunesse et notamment l’effet qu’elle peut avoir sur les adultes, le premier tome s’ouvre sur monsieur Miyamoto, un trentenaire en pleine perdition qui, après une soirée arrosée, dérive jusqu’à la bibliothèque et fait la rencontre de Mikoshiba et de la lecture. En effet, à part pour l’école, il n’avait jamais lu de roman pour adulte et encore moins de romans jeunesse.

La découverte de cette bibliothèque et de ses ouvrages sera pour lui une véritable salvation, tout comme ce sera le cas pour le petit Shôta et les autres… En alternant les focus sur les enfants, les ados et les adultes, le manga montre la puissance émotionnelle des livres et la faculté qu’ils ont à permettre des remises en question. Chaque lecture fait grandir, chaque lecture passionne, chaque lecture rapproche les uns, les autres, chaque lecture du manga nous donne envie de lire encore et encore.
Loin d’être un manga pour intellos comme on pourrait trop vite le penser, cette œuvre réussit le tour de force de nous faire aimer la littérature et les bibliothèques tout en développant des intrigues autour des personnages qu’ils nous tardent chaque fois de retrouver pour voir comment leurs lectures les ont et les feront évoluer. On suit la vie d’écoliers, les angoisses des parents, l’introspection permanente de monsieur Miyamoto dont la présence embarrasse autant qu’elle rassure, les histoires d’amour, les jalousies, etc. Tous les ingrédients d’un bon roman (adulte ou jeunesse) et d’un bon manga sont présents, à quoi se rajoute la découverte de l’envers du métier de bibliothécaire au Japon. En plus d’être une plongée dans la littérature de notre enfance, il s’agit également d’une véritable fresque sociale et culturelle japonaise. Un manga à découvrir urgemment !

Depuis sa création, L’Envolée Culturelle a toujours mis un point d’orgue à défendre la littérature jeunesse et ce manga est un véritable manifeste et une déclaration d’amour à la littérature jeunesse. Nous le recommandons à toute personne aimant la lecture car l’épopée littéraire que vous vivrez en lisant ce manga vous laissera à n’en point douter un souvenir impérissable et qui sait, peut-être que comme les personnages de ce manga, vous aussi serez bouleversés par cette lecture qui vous fera peut-être aborder la vie différemment.

Jérémy Engler

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