L’ivresse des bulles de champagne débouche sur une détonante histoire d’amitié

Amélie Nothomb est née à Etterbeck, commune de Bruxelles, en Belgique le 9 juillet 1966. Elle est issue d’une famille noble belge et baigne dans la politique et la littérature. Son père, baron, est un diplomate belge. De 1968 à 1972, il est consul général à Osaka au Japon avant d’être en poste à Pékin, à New York, au Bangladesh et en Birmanie. En 1980, il rentre en Belgique et prend le poste de directeur d’Asie au ministère des affaires étrangères. De 1988 et jusqu’en 1997, il est nommé ambassadeur au Japon. Un pays qui attirera Amélie Nothomb dans son métier d’écrivaine. Ses nombreux déracinements et cultures différentes attiseront sa curiosité et feront d’elle une enfant puis une adolescente très précoce.
Elle obtient un diplôme à l’université libre de Bruxelles en philologie romane, après une première année en droit. Elle passe l’agrégation, se pensant destinée à l’enseignement. Mais très rapidement, l’écriture s’impose naturellement et elle débute sa carrière en 1992 avec la parution de son premier roman, L’hygiène de l’assassin. Il se compose de dialogues entre un prix Nobel incompris et des journalistes. Ce roman déclenche une polémique auprès des critiques littéraires se basant sur le fait lié à l’impossibilité d’écrire seule pour Amélie Nothomb en raison de son jeune âge. Elle publie depuis un roman par an, généralement à la rentrée littéraire, et signe avec Pétronille sa vingt-troisième parution. Ses écrits se traduisent dans trente-sept langues à travers le monde. Ses différents romans témoignent, bien souvent, d’informations biographiques fictives comme réelles, s’entremêlant à souhait. Son style d’écriture navigue entre la littérature japonaise médiévale et la littérature occidentale. Ces thèmes évoquent le sens de la vie et la condition humaine. Un style d’écriture particulier, une excentricité affichée et reconnue font d’Amélie Nothomb une écrivaine haute en couleur.
Dans son dernier roman Pétronille, l’auteur se met en scène dans une histoire autobiographique entre fiction et réalité.

© EPA/MAXPPP
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Véritable hymne aux bulles de champagne

Le premier chapitre nous plonge d’emblée dans l’univers de l’auteur, véritable passionnée du champagne. L’auteur nous fait vivre, avec elle, le plaisir que l’on peut ressentir à déguster une coupe de champagne. Elle nous immerge dans les méandres de ce délicieux breuvage à en devenir totalement ivre. Flûtes après flûtes, ces fabuleuses bulles se répandent dans son organisme avec une grâce insolente. Chaque gorgée est planifiée, la descente est choisie avec délicatesse en prenant grand soin d’en conserver toute la saveur. Les pétillantes bulles de champagne dansent dans sa coupe telle une danseuse étoile dans le lac des cygnes. Un véritable ballet décrit par l’auteur avec des phrases comme « une ivresse qui ne ressemble à nulle autre » ou encore « il rend gracieux, à la fois léger et profond, désintéressé ».
Ce chapitre est un véritable éloge fait au champagne mais bien sûr pas n’importe lequel, car seul les grands comme la Veuve-Clicquot, le Roederer, Perrier-Jouët peuvent vous procurer cette sensation de bien-être et d’ultime jouissance comme le dépeint l’auteur. Mais elle pense que boire seule est une insulte, ne devrait-elle pas se mettre en quête d’un acolyte de beuverie, « un convignon ou un convigne » comme elle l’écrit ?

Une détonante histoire d’amitié

L’auteur dédicace son dernier roman, Sabotage amoureux, dans une librairie du XVIIème arrondissement de Paris. Elle est âgée de trente ans et se surprend à rechercher au sein de cette faune de gens qui se pressent, son compagnon de beuverie. Pour la énième fois, elle demande qu’elle nom inscrire, sans même lever la tête, sur le livre qu’une main lui tend. La voix lui répond : «  Pétronille Fanto ». Son regard se pose sur elle avec étonnement. Son interlocutrice ressemble à un jeune homme de quinze ans et son visage semble si juvénile !  Pétronille la dévisage avec un sentiment d’étonnement, comme si l’auteur sortait d’un musée. Une vague d’enthousiasme la submerge à l’idée qu’on puisse la lire aussi jeune sans y être obligé. Ce nom ne lui semble pas inconnu et soudain elle réalise que Pétronille est une de ses nombreuses correspondantes, elle était loin de la deviner ainsi ! La jeune fille récupère son livre et se positionne en retrait. Un photographe fait irruption et shoote l’auteur. Pétronille furieuse sort ce dernier, sans aucun ménagement, puis disparaît. La séance de dédicace se termine et après avoir bu un verre de vin chaud avec les propriétaires, l’écrivaine décide de partir. Au détour d’une rue, Pétronille l’attend et une conversation s’engage entre elles. Elles décident d’aller au Gymnase, un café déglingué, archétype du bistrot parisien, où elles pourront déguster un fabuleux champagne : du Roederer !
Le jeu des questions-réponses débutent et elle apprend ainsi que Pétronille, âgée en fait de 22 ans, étudie la littérature élisabéthaine, écrit un mémoire sur Shakespeare et baigne dans le communiste. Voulant garder un doux souvenir de cette rencontre, elle ne cherche pas à revoir la jeune fille.
Quatre ans plus tard, dans une librairie, elle découvre le premier roman de Pétronille Fanto, Vinaigre de miel, l’achète et s’empresse de le lire. Elle le trouve épatant pour une si jeune fille et la contacte. Elle la retrouve à une séance de dédicace et elles finissent la soirée ensemble en buvant à nouveau ce délicieux breuvage : le champagne

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Cette deuxième soirée devient le point de départ d’une histoire d’amitié entre elles.
Une série de rencontres de plus en plus incroyables, surprenantes, drôles, déjantées, inquiétantes se succéderont dans des univers improbables ; nous emmenant d’un palace londonien à l’hôpital Cochin en passant par le pavillon banlieusard des parents de Pétronille  et une station de ski nommée Acariaz. Rien ne sera épargné du côté rocambolesque des différentes rencontres, dont une interview hallucinante avec Viviane WestWood !
Même le dénouement reste totalement imprévisible….

Le pétillement de nos neurones

Amélie Nothomb nous livre, avec ce roman, une histoire digne d’un vaudeville. Admirablement bien écrit, dans un vocabulaire choisi où le sens des mots devient une évidence, comme quelque chose de palpable. Elle dépeint la condition de l’écrivain débutant avec franchise et sincérité. Un cercle privilégié où ses auteurs fraîchement édités, ont bien du mal à en vivre. Il ne suffit pas d’être bon, il faut être aussi vendable ! Certains lecteurs y verront peut-être un mauvais souvenir de l’auteure cachée au milieu de ces pages… Les multiples anecdotes sont empreintes de sensibilité, parfois drôles ou dramatiques touchant droit le cœur du lecteur en rire ou en empathie. Un roman où l’écrivaine joue admirablement avec l’autodérision dans cette histoire d’amitié. Elle passe pour une personne responsable, voir respectable et fait de Pétronille un mélange d’amis rencontrés au cours de son parcours.

Les premières pages nous inspirent une réflexion sur l’état que procure l’ivresse et sont un superbe pied de nez de toute beauté à ses détracteurs. Le champagne n’est-il pas synonyme de volupté ? Et toutes ces situations burlesques sur fond de bulles pétillantes sont un vrai régal pour nos neurones !
Néanmoins, la fin tombe comme un couperet mal aiguisé comme si l’auteure était pressée de refermer son roman afin de livrer sa publication.
Mais le goût de ce roman reste un bon cru, un doux breuvage…

Françoise Engler

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