La Locandiera, une sacrée aubergiste !

Une fois de plus, nous nous retrouvons à la cour du Barouf, ce théâtre avignonnais consacré à la commedia dell’arte et au théâtre populaire, pour La Locandiera de Carlo Goldoni. La compagnie du Théâtre de l’Arc-en-ciel était sur les planches au mois de Juillet dans le cadre du festival d’Avignon pour nous présenter cette pièce.

Mirandoline : un sacré bout de femme

Cette pièce, jouée pour la première fois en 1753, raconte l’histoire de Mirandoline, une aubergiste florentine au caractère bien trempé. Seule aux commandes de l’auberge que lui a laissée son père, elle fait prospérer l’établissement en prenant ses responsabilités, mais aussi grâce à son charme fou ! En effet, tous les hommes des environs descendent à l’auberge pour pouvoir courtiser la patronne. Cependant un jour, le Chevalier de Ripafratta arrive à l’auberge, et, à l’inverse de tous les autres hommes qui rencontrent Mirandoline, lui ne cède pas à ses charmes. Pire encore, il se révèle être d’une misogynie extrême et refuse d’avoir affaire à une femme. Vexée par cette attitude, Mirandoline décide de séduire le Chevalier, afin de lui apprendre une petite leçon. Cette pièce, à l’image du personnage de Mirandoline, est d’un charme tout spontané. Pleine d’humour, cette farce est d’une intelligence folle. Elle est l’opportunité d’une très belle réflexion sur le théâtre, et en particulier la notion du mensonge, du travestissement de la réalité. D’une part, Mirandoline joue la comédie de la séduction au Chevalier, puis joue le jeu des autres personnages qui la courtisent. D’autre part, il y a les personnages des comédiennes qui rentrent à l’auberge en se faisant passer pour de grandes dames. On remarque cependant que ce rôle est plutôt attribué aux personnages féminins… Les femmes seules seraient-elles capables de tromper leur monde et de jouer la comédie, tandis que les hommes seraient réduits à de pauvres petites choses que l’on peut manipuler sans problème ? Si l’intrigue de la pièce a quelque peu vieillie, elle reste d’une grande force comique et a le mérite de montrer des personnages féminins forts.

© Compagnie du théâtre de l'arc-en-ciel
© Compagnie du théâtre de l’arc-en-ciel

Une pièce charmante

Fidèle à l’ancien style du théâtre de tréteau, la mise en scène de la compagnie du Théâtre de l’Arc-en-ciel est simple et bucolique. Sur scène en effet, les différents espaces sont matérialisés par des cordes à linge sur lesquelles sèchent des draps blancs. Cette image très poétique rappelle aussi les rideaux du théâtre. Ici, tous ces « rideaux » pourraient symboliser cette grande représentation au sein même de la représentation, cette mascarade qui nous est donnée à voir et qui trompe plus d’un personnage. Quand commence l’amour feint de Mirandoline, et quand cesse-t-il ? Les comédiens se prêtent au jeu avec beaucoup de succès. Le Chevalier est très bon dans son rôle guindé et fier, le Comte et le Marquis s’épanouissent dans des attitudes des plus ridicules, sans oublier le valet de l’auberge ni les deux comédiennes ! Enfin, il faut souligner l’excellente performance de Christelle Garcia dans le rôle de Mirandoline et qui nous offre une aubergiste des plus malines et authentique. La troupe a su parfaitement recréer l’ambiance de la commedia dell’arte, construisant une complicité avec le public, s’appuyant sur les apartés, mais aussi sur les chants qui ont entrecoupé la pièce. La belle énergie de cette troupe séduit le public qui rir beaucoup et ressort heureux après avoir vu ce classique.

© Compagnie du théâtre de l'arc-en-ciel
© Compagnie du théâtre de l’arc-en-ciel

La locandiera, jouée par la troupe du Théâtre de l’Arc-en-ciel était une bouffée d’air frais dans ce festival et une jolie adaptation du classique italien.

Margot Delarue

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