L’opéra panique : du suspens dans le flamby !

Le Pixel Théâtre résonne d’un doux chant de ukulélé du 7 au 30 en fin d’après midi… Doux chant qui laisse entrevoir, si vous écoutez bien, la folie absurde de la Compagnie de l’Ours à plumes qui joue L’opéra panique d’Alejandro Jodorowsky dans le cadre du Festival Off d’Avignon. Ida Vincent met en scène une bande de joyeux drilles complètement déjantés qui nous font rire aux éclats !

Pas de panique, ceci n’est pas un opéra !

19105830_445956029096669_3142926507991435471_nL’Opéra panique est une pièce d’Alejandro Jodorowsky. Artiste franco-chilien aux multiples casquettes il est dramaturge, mais aussi scénariste de bandes dessinées, acteur, réalisateur, romancier, essayiste, et est entre autres, fondateur avec Topor et Arrabo du mouvement d’avant-garde Panique visant à dépasser le surréalisme. Dans L’opéra panique, il se joue des questions existentielles suscitées par l’absurde. Dans un voyage qui explore la relation entre l’individu et le monde générant la construction du sens, il fait une critique radicale des stéréotypes et des rigidités du monde. Dans L’Opéra panique, point d’opéra donc. Un peu de chant lyrique accompagné au ukulélé, un peu de mimes, du cirque… Sur la scène quatre tabourets de différentes hauteurs et quelques instruments de musique suspendus. Rien d’autre pour habiller l’espace sinon les comédiens eux-mêmes qui restent sur scène sans interruption. Ambiance intimiste de la salle du Pixel Théâtre, Les comédiens sont, à l’image de l’auteur de la pièce, multitâches, ils mettent tout en œuvre pour jouer les tableaux de manière très physique. Les personnages types sont campés dans des postures quasi caricaturales. Comme dans certaines bandes dessinées, les détails sont grossis et exagérés et renforcent les contrastes. À l’image de cette scène où les comédiens prennent le temps de manger chacun à leur manière un beignet, une carotte, une banane, un œuf ou un flamby sans autre accessoire qu’un mouchoir et leurs mains. Scène savoureuse (c’est le cas de le dire) au comble de l’absurde où, pour chaque aliment c’est un caractère et une logique qui est propre à chacun qui se dévoile.

Un opéra… des paniques !

17103747_394760504216222_2834801774266619063_n
©Cie de l’ours à plumes

La pièce est composée de plusieurs tableaux tous plus délirants les uns que les autres. Une hôtesse de l’air pas très équilibrée annonce à l’ensemble des passagers que leur mémoire a été effacée et que jamais l’avion ne se posera. Des médecins fous tentent de faire avouer une faute inexistante à une femme amnésique. Deux pessimistes amorcent une discussion impossible. Un autre pessimiste et un optimiste se rencontrent, mais ne peuvent s’entendre. Des généraux pervers donnent des ordres contradictoires à un pauvre bougre incapable de prendre la moindre décision… Autant de situations scéniques savoureuses et drôles. Ida Vincent, metteuse en scène et maitresse de cérémonie, d’un claquement de mains, met fin et sonne le lancement des scènes dans lesquelles les quatre comédiens caméléons se fondent et se métamorphosent au gré des situations sorties de l’imaginaire de Jodorowsky.

Dans une énergie phénoménale, ils manient l’art du comique avec brio : leur performance nous fait rire et ils nous embarquent dès les premiers instants dans leur folie humoristique. Chaque moment de jeu est une pépite, on ne se lasse pas de les voir évoluer d’un tableau à l’autre. Quel que soit votre état d’esprit, laissez-vous emporter par ce tourbillon plus que surréaliste.

Anaïs Mottet

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *