Lucky Luke, une BD riche d’Histoire !

Pour les 70 ans de la création de ce personnage par Morris, le festival international de la BD d’Angoulême a tenu à lui rendre hommage en le mettant à l’honneur ! Si Morris, étant mort en 2001 et Goscinny, mort en 1977 n’ont pu être présent, c’est Achdé, Jul et Mathieu Bonhomme, les derniers auteurs et dessinateurs de la BD, qui s’étaient donnés rendez-vous à Angoulême pour cet hommage. Cette célébration fait d’ailleurs suite à la consécration qu’avait reçue Morris en 1992 à ce même festival. Donc pour sa 43ème édition, le festival accueille une exposition dédiée à l’art de Morris qui explique les raisons du succès de ce « poor lonesome cowboy ».

Lucky Luke dans toute la ville !

© Jérémy Engler
© Jérémy Engler

Pour l’occasion, toute la ville s’est drapée des couleurs de Lucky Luke. Le cowboy le plus célèbre du 9ème art est sur les vitrines des bars, dans les rues, sur les voitures… Dans l’espace du monde des Bulles, un mur lui est dédié et regroupe toutes les couvertures de ses aventures. Toutes les bandes dessinées sont disponibles à l’achat et un magasin de jouets propose même une reproduction du village de Lucky Luke, avec des miniatures en plomb, absolument magnifique. Bref Lucky Luke est partout et sa présence au Musée de la BD permet au festival de réellement prendre possession de toute la ville puisque la salle d’exposition est située sur les extérieurs de la ville. Heureusement qu’un bus spécial gratuit a été mis en place pour les festivaliers, sans quoi ç’aurait été compliqué d’y aller sous la pluie.

© Jérémy Engler
© Jérémy Engler

L’art de Morris

© Morris
© Morris

En se baladant dans les halls du musée, on découvre des dessins en très grand format pour illustrer les petites explications sur « l’art de Morris », titre de l’exposition. Les textes sont courts et vont à l’essentiel, rendant la visite dynamique et accessible aux plus jeunes. En plus de l’immense dessin illustratif, de nombreuses planches colorées ou en noir et blanc rappellent certaines de nos lectures et nous font réellement prendre conscience du talent de Morris. Certaines vignettes de notre enfance qui nous avaient marquée pour des raisons qu’on n’ignorait s’expliquent d’un coup, comme le thème récurrent de la croix ou l’importance de la géométrie voire de la symétrie. Dans presque tous les albums, le motif de la croix revient dans la composition d’un dessin. L’histoire de Morris qui n’aura quasiment travaillé que sur cet univers nous est racontée, tout comme l’évolution que qu’a subit ces personnages.

© Jérémy Engler
© Jérémy Engler

Une BD évolutive

© Morris
© Morris

Si Lucky Luke en est aujourd’hui à son 71ème tome (si on compte celui qui sortira en avril 2016, L’Homme qui tua Lucky Luke), c’est parce que le public a suivi un personnage qui a su évoluer selon les époques. Au départ, totalement humoristique, cette BD qui se déroule au Far-West se teinte de plus en plus de réalités historiques, notamment grâce au voyage de Morris aux Etats-Unis mais aussi et surtout grâce à René Goscinny dont la patte à l’écriture améliore considérablement le scénario.
On voit l’évolution du dessin du personnage qui était assez rond au début puis qui, au fur et à mesure, a adopté cette forme longiligne qu’on lui connait aujourd’hui. On comprend aussi toute l’importance des ombres et du noir dans les premiers albums car Morris adorait les contrastes qu’apportaient le noir à un dessin, c’est d’ailleurs pour cette raison que de nombreuses scènes des premiers albums se déroulent la nuit…
Qui suit un peu les aventures de ce cowboy sait que Morris a reçu un prix de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), lors de la journée mondiale sans cigarette, puisqu’il a troqué la cigarette de Lucky Luke pour la remplacer par une brindille en 1986 afin de ne pas inciter les gens à fumer. S’il a obtenu ce prix, c’est parce que dans chaque réédition, il a redessiné les planches où son héros fumait ; de même les dessins animés ne montrent plus Lucky Luke en train de rouler sa cigarette dans leur version remastérisée.

© Jérémy Engler
© Jérémy Engler

Si cette censure est assez connue, d’autres le sont moins et la découverte des planches sur l’enfance du Kid ou sur la mort des Dalton montre que parfois l’auteur a été contraint de modifier certains éléments pour éviter d’aller trop loin et de créer un malaise chez son lecteur (comme de montrer comment les Dalton meurent…).
Pour les non-experts de Lucky Luke, mais qui suivent un peu ses aventures, on découvre qu’avant Joe, William, Jack et Averell Dalton, il y a avait eu des premiers Dalton et que ceux que nous connaissons tous sont les cousins de Bob, Grat, Bill et Emmett qui sont les vrais noms de la fratrie des Dalton qui a vraiment existé et que Morris a fait mourir dans sa BD Les Hors-la-loi !

Retrouverez-vous à qui correspond chaque caricature ? © Jérémy Engler
Retrouverez-vous à qui correspond chaque caricature ?
© Jérémy Engler

Toute la force de cette BD réside dans cette capacité à reprendre des personnages qui ont existé (Jesse James, les Dalton, Butch Cassidy, Calamity Jane…) et à les mettre en scène de manière humoristique. La caricature a très tôt été présente puisque de nombreux acteurs de westerns américains se sont retrouvés dans ces bandes dessinées. Dernièrement, l’arrivée de Laurent Gerra, aux côtés d’Achdé dans la série montre bien que la caricature inscrite dans un contexte historique est bien la marque de fabrique de Lucky Luke et donc de son créateur, Morris !

Cette exposition se poursuit jusqu’au 18 septembre 2016, donc si vous faites un tour du côté d’Angoulême, n’hésitez pas à vous y arrêter car elle réjouira les puristes et les néophytes qui seront ravis de mieux connaître ce personnage culte de la BD franco-belge.

Jérémy Engler


Retrouvez notre critique du 70ème tome de Lucky LukeLes Tontons Dalton, paru en 2014

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *