L’univers burlesque d’Amélie Nothomb frappe de nouveau dans Le crime du comte Neville !

Amélie Nothomb est une auteure connue au niveau international pour sa plume délicate et érudite ainsi que son univers original. Ses livres sont traduits dans quarante langues différentes à travers le monde. Elle publie pratiquement un livre par an depuis quelques années et elle a obtenu de nombreux prix comme le grand prix du roman de l’Académie Française, le prix Flore et le grand prix Jean Giono pour l’ensemble de son œuvre, constituée de plus d’une vingtaine de publications. Elle sera présente au festival des Quais du Polar du 1er au 3 avril 2016 pour dédicacer ses œuvres et participera le vendredi 1er avril 2016 à 16h à l’Hôtel de Ville – Grand salon – à une dictée noire placée sous le signe du polar et ayant pour but de sensibiliser le public au problème de l’illettrisme.

Le mondain comte de Neville

JAQ_RL_130x200Dès les premières pages, ce qui fait que l’on aime ou pas Amélie Nothomb est présent, ce sens inné de la narration en alliant la poésie et l’ironie. Il faut dire que son comte de Neville n’a pas son pareil pour nous parler de l’aristocratie Belge avec ses codes de l’honneur quand il s’agit de donner une somptueuse réception qui sonne le coup de semonce d’une vie opulente ! Notre pauvre comte de Neville se trouve totalement ruiné et doit quitter son magnifique Château du Pluvier dans un mois. L’auteure nous narre avec une pointe d’ironie l’art de recevoir du comte de Neville « transformer une simple mondanité en une extravagante féérie où, l’espace de quelques heures on devenait le superbe personnage que pour des obscures raisons on n’était pas au quotidien. » Finalement, pourquoi ne pas brûler la chandelle par les deux bouts puisque demain il devra partir habiter dans un pavillon dénommé « l’Aumônière » situé au pied du château. La description de la famille Neville est une magnifique galerie des glaces, de la haute société bourgeoise, dépeinte par l’auteure avec une écriture, empreinte de poésie, agrémentée d’une pointe de moquerie. On sent très bien que Monsieur le comte est bien dans l’embarras de devoir céder son havre des festivités mais aussi de devoir faire vivre ce coup du sort à sa famille. L’auteur nous rend son personnage bien sympathique mais on le trouve tout de même un rien crédule par ses réflexions. Un malheur ne venant jamais seul, une voyante lui prédit qu’il va tuer un invité lors de sa « garden-party ». Eh, oui ! Dans ce monde-là, une fête se nomme ainsi  et le meurtre existe aussi !

On retrouve d’emblée le style et l’écriture d’Amélie Nothomb qui nous enchantaient dans son précédent roman « Pétronille » où elle n’avait pas son pareil pour nous conter, pendant quelques pages, l’histoire fabuleuse des bulles de champagne. Elle donne vie à son personnage et on a presque l’impression d’entendre le comte de Neville, s’adressant à nous avec l’accent qui convient : « Très chère, nous comptons sur votre présence à notre garden-party. Soyez assurée de notre tendresse. » Que l’auteur se rassure, nous sommes là pour vous faire partager la suite de notre lecture !

Une histoire totalement surnaturelle

On retrouve le comte de Neville en proie à un véritable dilemme passant de terribles nuits d’insomnies « pourquoi a-t-on inventé l’enfer alors qu’il existe l’insomnie » se demande- t-il. Incroyable mais vrai, le pauvre homme se met à croire les propos de la voyante et commence à passer en revue la liste des invités. Mais l’auteure va lui donner un petit coup de pouce dans ses réflexions car il ne faut pas oublier le code de l’honneur, même pour un meurtre… Sous la plume d’Amélie Nothomb, le crime devient noble : on ne tue pas avec préméditation, ce n’est  pas assez classe, on doit garder sa dignité, y mettre les formes ; il faut que ce soit un accident. La plus jeune des filles Neville, au courant de la prédiction de la voyante, se propose de devenir la victime. On retrouve bien là le côté fantasque de notre auteure ! Même le prénom de la jeune fille est digne d’Amélie Nothomb, « Sérieuse ». S’engage alors un bras de fer entre les deux personnages totalement délirant, ponctué par un dialogue complétement surnaturel. Nous laissons au lecteur le soin de découvrir ce véritable chef d’œuvre ainsi que la face cachée de ce meurtre. Mais est-ce bien un crime ? Qui est la victime ? Pourquoi ce choix ?

Nous avouons avoir été surpris par le dénouement de cette histoire qui tombe comme un couperet ou plutôt « comme un cheveu sur la soupe » et qui nous laisse penser que l’auteur voulait peut-être nous faire réfléchir sur d’autres sujets. La fin ne justifie pas forcément les moyens … Il n’en reste pas moins que le contenu de ce récit fait preuve d’une imagination plus que débordante et on se demande où Amélie Nothomb puise son inspiration : peut-être tout simplement dans sa personnalité des plus fantasques.

L’air de rien

photo amelie nothombCe n’est pas la première fois que nous croisons la route des romans d’Amélie Nothomb et certainement comme ses lecteurs, nous attendions le dernier cru ! Notre vœu est exhaussé et nous retrouvons l’univers fantasque de l’auteur…

Amélie Nothomb, par son roman, revisite pour nous l’aristocratie et ses codes dans une caricature toute en finesse, teintée de touches poétiques et de coups de spatules ironiques emplis de tendresse, pour un univers qu’elle maîtrise parfaitement. Elle nous enchante avec cette facilité d’écriture qui transparaît dans chaque page et les références littéraires et cinématographiques comme Bernanos, Proust ou Oscar Wilde. Puis l’air de rien, elle glisse entre les lignes des thèmes intéressants :  le mal de vivre de notre jeunesse actuelle préférant mourir plutôt que vivre, la difficulté de vivre sa différence dans notre société actuelle sans réel code de valeur, le besoin de croire en quelqu’un ou d’être aimé, l’envie de connaître son avenir et ses dérives, le temps qui passe et qui ne revient pas, la nature si belle que l’on ne prend pas le temps de découvrir, les nuits en pleine forêt pourtant si formatrices…  Une fois le livre refermé, on regrette que les thèmes ne soient pas plus développés, ne serait-ce que pour la plume érudite de l’auteure. Le rythme est rapide et les dialogues ressemblent à une partie de ping-pong avec la tenue et le langage aristocratique en plus. Le ton de la narration est efficace avec un zeste d’ironie, de raillerie enjouée, et une infinie poésie. C’est vrai que le récit est court, il se lit d’une seule traite et on aurait aimé en avoir plus à lire. Peut-être dans la prochaine parution…

Françoise Engler

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