Lysistrata le musical Rock : une mise en scène audacieuse

Ce mardi 6 mai 2014 au Vingtième Théâtre de Paris se jouait Lysistrata : le Musical rock, inspiré de la pièce grecque d’Aristophane. Delphine Kilhoffer a eut l’idée particulièrement intéressante d’ajouter de la musique à cette comédie avec chœurs, pour la représenter mi-chantée, mi-jouée à l’image des pièces antiques. Pour cette unique reprise, L’Envolée Culturelle s’était glissée parmi les spectateurs.

Teaser de la pièce

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© Cindy Séchet

Une très bonne musique mais un mauvais tempo

Mauvais tempo parce que le régisseur son devait avoir des problèmes auditifs car la musique des instruments était incroyablement forte. Certes, on peut dire que pour vraiment apprécier de la musique, il faut l’écouter forte mais quand elle couvre les voix des acteurs/chanteurs, c’est gênant ! Si bien, que si on ne connaît pas un peu le texte de la pièce, certains passages sont incompréhensibles. Heureusement, vers la moitié du spectacle, il s’est rendu compte du problème et a augmenté le son des micros des acteurs/chanteurs. Mais s’il n’y avait que ça… lors du final, tous les comédiens dansent en même temps et chantent chacun leur tour. Probablement pour ne pas entendre la respiration de ceux qui dansent, les micros de ceux qui ne chantent pas sont coupés mais le problème c’est que ce même régisseur ne réussissait pas à remettre le son des micros à temps. Ainsi, les comédiens commençaient à bouger les lèvres sans qu’on n’entende rien, ce qui est relativement dérangeant… Donc merci le régisseur pour avoir gâché ces bons moments de chansons ! Comme nous le disions, Lysistrata est une comédie à chœurs et pour un musical rock, il est dommage qu’il n’y ait justement pas eu de chœurs sur scène. Néanmoins, les passages des chœurs étaient présents mais joué par un seul personnage qui assumait donc le rôle de Coryphée (chef de chœur). Seul bémol, quasiment aucune des parties chorales de la pièce ne sont mises en musique, préférant favoriser une mise en scène à outrance aux moments choraux. Finalement, ce sont les moments clés de la pièce qui sont agréablement mis en musique par Karine Kurek notamment les discours de Lysistrata. Seulement, ces mises en chanson entraînent une modification du texte et finalement le côté politique de la pièce est plus ou moins laissé de côté pour favoriser la lutte des sexes et l’humour qui en découle. Les moments qui ressemblent le plus à ceux du chœur antique, ce sont ceux des chansons très bien interprétées par le guitariste, chargées de faire les transitions entre un tableau et un autre.

© Cindy Séchet
© Cindy Séchet

Une mise en scène exubérante, hilarante mais qui passe côté de l’aspect politique de la pièce

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Lysistrata est une femme qui en a marre que son mari aille à la guerre et délaisse ses devoirs conjugaux – et notamment sexuels. Lassée par cette situation, elle décide de convoquer toutes les femmes de Grèce afin de les convaincre de mettre la pression sur leur mari pour les obliger à cesser de se battre. Son plan est de faire la « grève du sexe » ! Si au début, plusieurs d’entre elles rechignent à cette tâche, confessant qu’elles ne peuvent se passer de « bite », elles finissent toutes par accepter et prêtent serment. La mise en scène intelligente et efficace insiste sur ce côté sexuel. Elle donne à deux personnages des tendances lesbiennes non présentes dans la pièce et donne vie à une scène d’humiliation sexuelle lors de laquelle Myrrhine allume son mari en se frottant à lui, le déshabille mais refuse de s’offrir à lui, le laissant au comble de la frustration. Le comique se manifeste aussi lorsque les ambassadeurs athéniens et spartiates se retrouvent pour faire la paix, chacun avec un sexe en érection plus que visible et démesurément grand. La tonalité burlesque donnée à la pièce dessert malheureusement l’aspect politique. L’accent est mis sur la provocation et la frustration sexuelle mais le message de paix et surtout d’affranchissement de la femme est minimisé et relégué au second plan. Néanmoins, certaines trouvailles sont excellentes comme de faire passer Lampito, la spartiate, réputée pour sa férocité, pour une adepte du Sado-Masochisme et qui, munie de sa cravache, fouette les autres femmes. Ce côté très viril des femmes spartiates est renforcé par le fait que Lampito est jouée par un homme. De même le choryphée des hommes qui est souvent rabaissé par les femmes est joué par une femme probablement pour accentuer sa faiblesse et le placer au même rang que les femmes finalement. Le ministre, qui remplace le commissaire dans la version originale, est lui aussi joué par une femme, probablement pour placer de manière encore plus évidente les femmes comme les égales des hommes. Les seuls personnages masculins joués par des hommes sont les ambassadeurs d’Athènes et Sparte. Les acteurs jouent tous plusieurs rôles, tantôt masculins tantôt féminins et force est de constater qu’ils sont absolument excellents que ce soient en homme ou en femme.

Cette pièce est un bon divertissement et aurait probablement mérité d’être jouée plusieurs fois ne serait-ce que pour le travail d’interprétation et de réécriture musicale du texte. La pièce est agréable, drôle à souhait et on passe un bon moment néanmoins la déception peut être au rendez-vous pour ceux qui auraient lu la pièce et qui s’attendraient à une mise en musique des chœurs comme le font la plupart des mises en scènes de cette pièce.

Jérémy Engler

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