Mademoiselle Chambon, quand les mots disparaissent… Le coup de coeur de Jérémy

Dans la continuité de Je ne suis pas là pour être aimé, Mademoiselle Chambon est une fresque de la pudeur des sentiments, on y retrouve les mêmes thèmes chers au réalisateur comme l’amour extraconjugal et donc interdit, la présence d’un père seul, dans une maison de retraite, qui chaque semaine reçoit la visite de son fils qui vient prendre soin de lui. De nouveau, en se basant sur le thème de la rencontre hasardeuse entre deux êtres que tout semble opposer, Stéphane Brizé nous parle de l’amour avec un grand A, l’amour qui ne se traduit pas par des mots mais par des gestes, un amour subtil qui, dans les deux cas, se manifeste par une passion commune, dans le premier cas, la danse et dans le deuxième cas, le violon.

Transcender la banalité :

Ce film réussit à être grandiose malgré une histoire pour le moins banale. En effet, Mademoiselle Chambon, est un chef d’œuvre du genre… Mais quel genre me direz-vous ? Ce long-métrage est tellement particulier qu’à mon sens, on ne peut pas vraiment lui coller d’étiquette particulière. Alors vous me direz : « Mais c’est quoi ce bonhomme, qui se contredit, il ne sert à rien ! » Et pourtant… Quand je dis qu’il est inclassable, c’est qu’il ne répond pas aux critères esthétiques d’un film, si ce n’est celui de sublimer une histoire particulièrement banale. Souvent, pour qu’un film soit bon, il faut que l’histoire soit passionnante, intrigante, énigmatique, pleine de suspens, et surtout intéressante… Or l’histoire de ce film est particulièrement banale et inintéressante car c’est du vu, revu et déjà vu… Alors, quelle est l’histoire ? C’est l’histoire d’un homme marié qui tombe amoureux de l’institutrice de son fils qui est, elle aussi, amoureuse de lui, et ce film nous raconte l’amour interdit de ces deux personnes. Cependant, ce qui est original, c’est la façon dont est tourné ce film. Il aurait très bien pu être une pièce théâtre, il n’aurait rien perdu de son panache et aurait pu se revendiquer comme héritière de la tragédie classique mais le réalisateur en a fait un film, alors pourquoi ?
Tout simplement pour la beauté des images intensifiée par une musique émouvante. Le film enchaîne les séquences de gros plans sur les visages des acteurs qui réalisent une très grosse prestation pour nous émouvoir uniquement grâce à leurs regards, leurs faciès et leur rapport à la musique de Franz Von Vescey, Pensée triste, qui devient le thème des moments d’intimité des deux protagonistes.

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On sent la volonté du réalisateur de baser son film sur les émotions que peuvent traduire le corps et surtout le visage comme dans son précédent film, à ceci près que dans Je ne suis pas là pour être aimé, les dialogues ont une part beaucoup plus importante et les expressions du visage servent à amplifier le contenu des dialogues et non à les supplanter comme dans Mademoiselle Chambon. Cette absence de dialogue nous invite à nous focaliser sur les visages et à admirer la justesse du duo Kiberlain-Lindon qui nous fait ressentir tout l’amour, la gêne, la détresse et la pudeur des personnages. Ce film est admirable et fort émotionnellement car tout est basé sur la retenue et la pudeur des acteurs.

Des acteurs d’une justesse remarquable :

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La raison fondamentale qui fait que cette histoire ne pouvait se jouer au théâtre c’est le peu de dialogues. Alors vous me direz qu’on doit s’ennuyer ferme dans un film dans lequel les dialogues interviennent avec parcimonie et ne sont pas franchement élaborés. Mais ces dialogues ont une histoire, ils sont d’une banalité remarquable et traduisent bien les origines sociales de Jean, joué par Vincent Lindon, un maçon un peu rustre qui a arrêté l’école très tôt et qui manque cruellement de discussion. Quant à Véronique Chambon, l’institutrice, jouée par Sandrine Kiberlain, sa timidité, sa gêne et le manque de réparti en face d’elle l’empêchent d’avoir une vraie conversation.
On notera donc une réalisation intimiste et pudique qui nous transporte dans un tourbillon d’émotions. Les deux acteurs se sont sublimés pour notre plus grand plaisir, on peut tirer un coup de chapeau à Stéphane Brizé qui a su les diriger d’une main de maître pour faire passer son message et transcender le texte d’Eric Holder. En effet, il a réussi le challenge de réunir à l’écran Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain pour la première fois depuis leur séparation en leur demandant de s’aimer et de nous faire ressentir tout le poids de cet amour… Une belle prouesse ! Si belle que le film fut récompensé par le César de la meilleure adaptation en 2010.

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Si vous voulez voir un film passionnant avec une histoire profonde et palpitante, je vous le déconseille, vous serez déçu, en revanche si vous voulez voir un bon jeu d’acteur, une réalisation de tout premier plan et admirer la capacité d’un réalisateur à faire d’une histoire banale, une touchante valse des sensations et des émotions alors procurez-vous ce chef-d’œuvre du cinéma français.

Jérémy Engler

4 pensées sur “Mademoiselle Chambon, quand les mots disparaissent… Le coup de coeur de Jérémy

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