Magic in the moonlight, un magicien nommé Woody Allen

Quand un magicien cartésien rencontre une médium, qui va convaincre l’autre ? Qui réussira à faire pencher l’autre de son coté, à le faire rentrer dans son univers ? Stanley Crowford compte bien y parvenir le premier, en démasquant l’imposture de cette magicienne un peu trop réelle, Sophie Baker. Laissons place aux démonstrations, et voyons… Quel est son truc ? Mais, en réalité… En a-t-elle vraiment un ? A vous de le découvrir…

Un film magique…

Une magie musicale avant toute chose ! Quel bonheur cette bande son jazzy. Une, deux puis trois notes nous emportent en un clin d’œil dans un autre monde, ou plutôt un autre temps, celui des années 20… Comme dans Minuit à Paris (2011) on fait un voyage dans le passé, et c’est un petit bonheur qu’on a envie de voir durer, même au delà des 1h40 que dure le film.
Une magie photographique également… Cette couleur légèrement passée est simplement parfaite, dans le juste ton, et nous plonge, tout comme la musique et les costumes, dans ce temps révolu de début de siècle.
Mais n’oublions pas la magie des acteurs ! On retrouve ici un Colin Firth tout en finesse, qui maîtrise parfaitement ce personnage égocentrique et arrogant, si malheureux au fond. Sa partenaire séduit presque tout autant : lorsqu’elle apparaît à l’écran, elle rayonne, tout bonnement.
Ce film évoque aussi une toute autre magie… Celle d’une rencontre amoureuse. Même si on ne peut pas s’empêcher d’y trouver quelques images un peu surfaites, cette histoire reste simple et efficace. En somme : une jolie comédie romantique, qu’on déguste sans en perdre une miette…
Mais Magic in the moonlight a une saveur particulière. On ne peut s’empêcher de voir en ce magicien un alter-ego de Woody Allen. Comme le dit le psychanalyse du film: « Il est dépressif, sarcastique, et met sa propre désillusion du monde au service de la création d’une autre illusion ». Woody Allen se connaît bien, et s’il aime se moquer du monde qui l’entoure, être le propre sujet de ses sarcasmes ne lui déplaît pas et l’amuse même et nous amuse par la même occasion. La magie d’une psychanalyse cinématographique commencée, il n’y a pas loin de cinquante ans et qui se clôt, en partie du moins, ici.

Magic-in-the-Moonlight-Emma-Stone

Grâce au magicien Woody

Ce même générique depuis trente ans. Cette même écriture, cette petite musique. Le film n’a pas commencé qu’on reconnaît déjà le style Woody.
Et il en a fait des films, tous différents, et pourtant si similaires. Chacun raconte une bribe de vie, nous dévoile une vision d’un monde imaginé, présent ou passé. Encore et toujours les mêmes éléments : le psychanalyste, l’échec du mariage et, bien sur, la magie. On quitte une réalité pour s’enfuir quelques temps dans un rêve éphémère, pour finir par revenir à la réalité, même si celle-ci n’est jamais tout à fait la même qu’au début.
Magic in the moonlight est à la croisée des chemins : il y a la tendresse et l’onirisme de Minuit à Paris, peut-être parce que le film se passe en France et à la même époque. Mais il y a aussi toute la magie du Sortilège du scorpion de Jade ou du plus récent Scoop. Quand l’un évoque une affaire de vol commise sous l’hypnose d’un magicien asiatique, l’autre montre un magicien aidant un journaliste revenu des morts pour dénoncer son assassin. Un tendre mélange donc.Magic-in-the-Moonlight-high-res
Un mélange auquel il manquerait peut-être un brin de folie, un brin d’absurde. Mais ce temps là n’est plus. Le style de Woody à beaucoup évolué depuis Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander. Le spectateur d’aujourd’hui n’est plus confronté à des seins géants, ou à des machines à orgasmes comme dans Woody et les Robots. Le réalisateur n’avait à l’époque pas de limites, et pouvait bâtir toutes sortes d’univers tout aussi fous les uns que les autres. Aujourd’hui, il a évolué, son cinéma avec lui. il montre l’absurdité du monde d’une autre manière, avec une jolie tendresse, une sagesse peut-être. Mais ne vous inquiétez pas, on rit toujours avec Woody Allen. L’absurde, le comique, se cache dans l’écriture. Quelle plume, vraiment ! Les dialogues sont savoureux, toujours teintés de ce sarcasme qu’on affectionne tant, de ces pointes d’ironie toujours au bon moment. Un véritable bijou.

Magic in the moonlight n’est sans doute pas le film le plus surprenant de l’immense collection de Woody Allen, mais il est peut-être le plus touchant. On rit doucement, on sourit tendrement, on se laisse bercer, et c’est toujours agréable. Un film qu’on prendra plaisir à revisionner un soir d’hiver et qui donnera envie de se plonger, ou se replonger c’est selon, dans l’univers incroyable de ce grand monsieur. Woody Allen ne réalise pas toujours de grands films comme il sait parfaitement le faire, mais ne déçoit et n’ennuie en tout cas jamais. Un magicien du cinéma qui a, on l’espère, encore d’autres tours dans son chapeau, ou derrière ces lunettes, à vous de voir.

Marie-Lou Monnot

Une pensée sur “Magic in the moonlight, un magicien nommé Woody Allen

  • 24 octobre 2014 à 10 h 32 min
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    En fait, un film qui fait du bien, à prescrire en cas de déprime hivernale 😉

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