Des magiciens du son nous embarquent vers des univers surprenants !

La face cachée de la lune est un spectacle musical conçu par Thierry Balasse – en étroite collaboration avec Laurent Dailleau – autour de l’album culte The Dark Side Of the Moon des Pink Floyd sorti en 1973. Il se joue du 18 au 20 mai 2016 au Théâtre de la Renaissance, et nous avons eu la chance d’y assister hier soir. C’est dans ce spectacle que Thierry Balasse nous fait (re)découvrir ce magnifique album des Pink Floyd, en mettant l’accent sur la musique électroacoustique, innovante dans les années 70, et complètement inédite pour nous aujourd’hui, dans la mesure où tous les sons sont produits sur scène en live (alors qu’à l’époque, on utilisait des bandes d’enregistrements playback). Petit bijou des scènes contemporaines, ce concert nous a embarqués dans une folle aventure à la découverte d’univers lointains et d’ambiances étonnantes…

©Patrick Berger
©Patrick Berger

Une musique enveloppante

Avouons d’abord que nous aimons les Pink Floyd, mais nous ne sommes pas de grands connaisseurs. Nous redoutions donc ce spectacle, utilisant des instruments peu courants tels que les synthétiseurs analogiques Minimoog et VCS3 par exemple. Nous ne regrettons finalement pas d’être venus puisque nous avons découvert des sons encore inconnus à nos oreilles, et avons apprécié des airs complètement envoûtants !

Notons à ce propos que les mélodies des Pink Floyd ont un effet assez étonnant en live… Elles envoûtent, enivrent, et font finalement fondre notre âme dans un flot tumultueux de pensées et de plaisirs. On se délecte des sons produits par les divers synthétiseurs, tout comme on rit des bruitages improbables parsemés çà et là.

À certains moments, la musique se fait plus sombre, mais toujours aussi intense, comme une sorte de musique presque diabolique. Nous pensons alors aux fameux propos de Thomas Mann qui disait de la musique qu’elle « est le domaine des démons. » En effet, les neuf musiciens présents sur scène semblaient être des créatures venus d’une autre planète, ayant un effet tout particulier sur les corps humains, comme s’ils nous ensorcelaient… Et c’est ainsi que nous sommes particulièrement d’accord avec le jugement de Sylvain Soclier, qui écrivait dans Le Monde en janvier 2012 à propos du même spectacle : « Pour Thierry Balasse, il s’agit d’abord d’une réflexion sur le son, sa nature, le timbre. Et d’une double approche : décortiquer la moindre milliseconde du disque et en faire un point de départ vers d’autres univers. » Car oui, non seulement la musique des Pink Floyd a été travaillée et retravaillé, mais Thierry Balasse a aussi laissé la place à une part de réinterprétation de l’album, donnant à entendre une approche originale et singulière de l’illustre groupe de rock progressif et psychédélique britannique.

©Patrick Berger
©Patrick Berger

Un spectacle insolite

Nous avons souligné le fait que les mélodies étaient enivrantes et d’une réelle beauté. Ce sont de vrais airs de virtuoses. Car les musiciens présents sur scène sont bien des génies de la musique, qui s’exécutent avec une précision et une écoute exemplaire. Ce professionnalisme mêlé à cette passion – que l’on remarque sur le visage du bassiste Olivier Lété ou encore sur celui du chanteur et guitariste Yannick Boudruche par exemple – forgent un spectacle qui donne forcément le sourire et fait frémir les oreilles de plaisir.

Nous sommes également surpris pendant cette heure et demie. En effet, le pari de Thierry Balasse était de donner en concert des instruments qui n’étaient pas assez maîtrisés dans les années 70 pour faire des Lives (et n’étaient réservés qu’aux enregistrements en studio). Et nous avons donc la chance d’écouter les différents synthétiseurs précédemment cités, mais nous percevons aussi des sons produits en direct d’une caisse enregistreuse pour Money par exemple, mêlés à ceux de papiers journal déchirés en rythme par Benoit Meurant. C’est finalement un bel hommage rendu aux Pink Floyd, puisque nous ressortons du spectacle à la fois rêveur et complètement fasciné par les potentialités de la musique électroacoustique !

Les moyens techniques contemporains ont permis à cette compagnie d’aller au bout des projets du groupe en quelque sorte, et nous affirmons nettement que ce prolongement de pensée en concert est assez prodigieux. Nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls de cet avis : en témoigne la standing ovation du public lors du salut. C’était un spectacle d’une grande qualité, vous l’aurez compris… Nous assistions à la 99e représentation du spectacle, gageons donc que ce n’est encore qu’un début !

Sarah Chovelon

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