La maison de thé, maison des horreurs

Du 9 au 20 juillet à 20h, l’Opéra Confluence, le Festival In d’Avignon accueille le Meng Théâtre Studio de Chine et sa pièce La Maison de thé écrite dans les années 50 par Lao She et mise en scène par Meng Jinghui.

Une maison témoin des évolutions de son temps

La Maison de thé est représentée par une immense roue en fond scène sous-utilisée jusqu’à l’acte III, et un espace de jeu et de vie à l’avant-scène. La pièce souhaite aborder différentes périodes historiques de la Chine du début du XXème siècle en consacrant chaque acte à une ère politique : l’année 1898 pour l’acte I qui évoque le déclin de l’Empire, les années 20 qui sont celles des seigneurs de guerre pour l’Acte II et l’après seconde guerre mondiale pour le dernier acte. Les périodes sont probablement facilement identifiables pour des chinois qui connaissent Lao She et leur histoire mais pour des européens, c’est plus compliqué, aussi, sans savoir cela, on ne comprend pas très bien ce qui se passe dans cette pièce.

© Christophe Reynaud de Lage

À part qu’elle se termine sur un réquisitoire contre la guerre et qu’elle dénonce la violence et la corruption, l’histoire en elle-même est très fouillie et peu évidente à suivre, d’autant que les comédiens hurlent dans leur micro ! Déjà qu’entendre des comédiens hurler sur les plateaux de théâtre est particulièrement désagréable mais quand en plus, c’est amplifié par un micro, c’est atroce. À ce sujet, la première scène ressemble à une cacophonie sans nom. Tous les personnages sont sur scène assis, tous habillés pareil sauf Wang Lifa, le propriétaire de la Maison de thé, et hurlent leur texte, chacun leur tour sans changer de position, on a du mal à distinguer qui est qui, quel est leur rôle et leur personnage. Toutefois, l’histoire démarre et on suit, les ventes d’enfants, les viols, les corruptions, la mondialisation incarnée par Ronald McDonald, la spoliation de biens, etc. À part les costumes, rien ne nous indique qu’on passe d’une période à une autre, sinon la grande roue au fond dont les plus attentifs auront peut-être remarqué qu’elle a tourné pendant l’entracte, derrière le rideau… Mettre une roue de cette taille qui prend la totalité du plateau pour ne pas la voir tourner sinon à la toute fin, c’est un peu dommageable, alors que cela aurait eu du sens de la voir bouger, pour bien signifier la que l’évolution de la société est en route et qu’on ne peut plus l’arrêter…

Une mise en scène qui s’éparpille

© Christophe Reynaud de Lage

La scénographie n’est pas assez bien exploitée et de nombreuses fois, les accessoires sont maladroitement mis en avant. On se demande encore quel était l’intérêt de mettre une foule de bébés en plastique sur les tables alors que les artistes évoquent les crimes sur les enfants, si leur seule utilisation est d’être tous jetés au sol à la fin de la discussion… loin d’être choqué, on est interloqué devant tant de vacuité, tout comme la scène où un corps en plastique est découpé à la tronçonneuse… Cette fois-ci, cela fait sens, mais était-ce nécessaire ? On se demande aussi quel est le rôle de l’horloge dont les aiguilles ne tournent pas et qui ne sera jamais vraiment considérée. Tout comme la corde de pendu qui finalement ne pend personne. Il y a tout un jeu de balance autour de cette corde qui n’apporte pas grand-chose. Cette mise en scène propose beaucoup d’effets pour un résultat très peu efficient, malheureusement, la poésie recherchée a du mal à nous toucher. On suit l’histoire péniblement, et finalement le meilleur moment, c’est lorsqu’il n’y a plus de décor, que le comédien qui joue Wang Lifa propose un intermède sur sa condition de comédien, sur le spectacle, en affirmant tout de même que le public n’y comprend rien… le rire de la salle à ce moment-là (moins les 77 personnes déjà parties ce soir-là) en dit long sur la véracité de ses propos.

Au regard du sujet et de la scénographie, ce spectacle s’annonçait très prometteur rendant la déception particulièrement brutale !

Jérémy Engler

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