Maja, l’éternel recommencement…

Du 5 au 25 juillet 2019, La Manufacture prend vie le temps du festival OFF d’Avignon et propose plusieurs spectacles contemporains tels que Désobéir, pièce d’actualité #9 ou Maja du Collectif X. Maud Lefebvre met en scène ce nouveau conte où le loup n’est pas forcément celui qu’on croit…

Une maison brisée

La pièce s’ouvre sur une narratrice, Maja adulte, incarnée par Maud Lefebvre assise au sein des spectateurs qui raconte l’histoire de sa famille. Elle commence avec des anecdotes de moments de liesse entre elle jeune, son père et sa mère. Ces moments festifs sont présentés comme des petites pastilles. Sans transition, on passe d’une scène à l’autre avec un noir, comme au cinéma, le tout rythmé par la voix off qui contextualise chaque saynète et finit par annoncer le décès de la mère, jouée par Lucile Paysant Ne reste plus que Maja et son père, les saynètes s’enchaînent mais perdent de leur joie, la tristesse et l’incompréhension fait son entrée dans la famille, même en essayant de retrouver de retrouver les instants de bonheur, ça finit toujours mal. Alors que Maja a besoin d’attention pour pallier la perte de sa mère, son père, lui, est anéanti, il n’arrive pas à relever la tête, et est incapable de gérer correctement son enfant avec qui la communication est de plus en plus difficile jusqu’à ce que la maison n’explose !

© Clément Fessy

Cette maison n’est pas visible sur scène mais est admirablement suggérée, s’agissant de souvenirs, ce n’est probablement pas grave qu’il n’y ait pas de murs à la maison, pourtant, une porte fait son apparition quand on est dans la salle principale, et une petite fenêtre se présente dès lors qu’on est dans la chambre de la petite Maja, jouée avec beaucoup de sensibilité par Kathleen Dol. La maison prend forme avec des meubles et des petits éléments de décor… pourtant cette maison disparaît complètement dès lors que le Loup fait irruption dans la demeure ! L’entrée de ce personnage change d’ailleurs complètement la structure de la pièce, la narratrice se tait, le décor s’efface, ne reste que le Loup, le père et les ombres… Finies les saynètes de famille, le père se retrouve seul avec ce loup qu’il pourchasse sans relâche encore et encore, pensant qu’il lui a pris son enfant…

Le loup, miroir de l’Homme

Avec l’apparition du Loup, on bascule définitivement dans la noirceur du conte. La musique devient particulièrement angoissante. Plus de lumière, toute la scène est noire, la fumée s’empare du plateau, seul Arthur Fourcade, qui donne un bel accès de folie au père malgré trop de cris, bénéficie d’un peu de lumière pour l’aider dans sa chasse.  Plus que dans la noirceur, on bascule dans le rêve, la réalité et le rêve finissent par se mêler lorsqu’on se rend compte que le père revit la même quête encore et encore.

© Clément Fessy

Chaque fois, il tue le Loup et chaque fois, il doit recommencer son entreprise. Lui, comme nous, comprend que la mort du Loup n’est peut-être pas la solution, même si on le comprend bien plus rapidement que lui, ce principe de boucle étant souvent utilisé au cinéma pour faire comprendre à un personnage que son attitude n’est pas bonne et que la solution est ailleurs… Le Loup est une marionnette à taille réelle très bien manipulée par Cristina Iosif qui lui donne une présence incroyable sur scène. Ces déplacements sont très réalistes et que dire de sa respiration, on a réellement l’impression de voir un vrai loup sur scène ! Cette marionnette nous apparaît d’abord menaçante et on comprend tout à fait la peur du père qui tente de l’abattre, mais ce loup est-il si méchant ? N’est-il pas plutôt le reflet de nos craintes et notre bestialité ?

Maja est un conte dans lequel l’adulte est celui qui vit la quête initiatique sous les yeux de l’enfant qui raconte l’histoire. En s’inspirant du cinéma, la mise en scène de Maud Lefebvre parvient à créer une atmosphère très théâtrale grâce à un rythme effréné et un jeu de lumières très subtil. L’illusion fonctionne et on entre dans cet univers joyeux, violent et éducatif comme dans tout bon conte !

Jérémy Engler

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