Maxi Monster Music Show : attention les yeux !

Au Théâtre des béliers à Avignon cette année, replongez dans les années 30 avec un freak-show spectaculaire : le Maxi Monster Music Show, mis en scène par Benoît Lavigne.

À la rencontre de l’autre

Un freak-show ? À première vue, c’est une idée bien étrange, surtout que voilà bien longtemps que cela est interdit : venir voir des hommes et des femmes « monstrueux », pour se divertir… Le monstre, dans tout cela, n’est-ce pas plutôt celui qui rit, qui se moque ? Mais si le freak-show était aussi le lieu des rencontres, de la découverte de l’autre, de l’éducation au regard… (Sur le même thème, voir l’interview d’Alban Coulaud, directeur artistique de la compagnie O’navio) C’est ce que nous propose Benoît Lavigne dans ce show décalé et plein d’humour. Venez découvrir Gina, la femme barbue et sa troupe de musiciens déjantés pour un concert rock et festif, un brin dionysiaque. Sur scène, six musiciens vous racontent leur histoire, celle de leur difformité et de leur cirque. Parmi eux il y a Olga Nounouchka Bravinsky (Moïra Montier Dauriac), une danseuse macabre et contrebassiste extrêmement timide ; San Kardam (Benoït Delacoudre), un fakir insomniaque et guitariste/trompettiste halluciné ; Miss Gabrielle (Geneviève Thomas), une femme tronc aux grands yeux qui joue du mélodica ; Raymond Butor (David Ménard), l’homme fort le plus petit du monde et formidable batteur ; ainsi que l’homme femme Los Antonios (Antoine Tiburce) pianiste infatigable ! Enfin, pour clore et diriger cette extraordinaire parade, il y a Gina Trapezina (Solange de Dianous), la poupée barbue à la voix sensuelle et populaire. Ces personnages hauts en couleurs nous séduisent et nous émeuvent dans une ambiance terrible, qui nous amène dans le cœur le plus noir de l’humanité, là où il n’y a plus de barrière ni d’anormalité, là où personne ne vous juge et où le différent devient extraordinaire, grandiose même !

Les paillettes de l’ombre

Cette grande famille nous révèle ses joies, ses peines. Cette plongée dans l’univers forain de ces années 20/30 est extrêmement bien réussie. Gina Trapezina incarne parfaitement la chanteuse de variété populaire avec sa voix éraillée et vulgaire à la Arletty, ses manières de dame déchue. À ces accents vintages se mêle une musique rock et plus moderne, pleine de swing. Grâce à une interaction permanente avec le public, les spectateurs sont emportés et chantent, tapent des mains. Le « grand » théâtre de planche et de rideau cède le pas au « petit » théâtre de tréteau pour le plus grand plaisir de l’auditoire. On entretient une relation particulière avec ces artistes qui nous ont l’air si proche. La lumière claire obscure appuie l’ambiance grunge et underground : nous sommes pris dans cette cave de tous les mystères où la mise en scène nous plonge dans l’univers forain de manière radicale. Tout, depuis les costumes jusqu’aux décors, est autant de détails qui créent ce monde complet et hypnotique. Chaque chanson permet de faire avancer l’intrigue de manière rythmée et engageante, nous permet de découvrir les personnages et de s’attacher à eux.

Une expérience totale et très originale, qui mérite d’être vue !

Margot Delarue

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