Medina Merika : Le monde Arabe en musique et théâtre

Medina Merika est un spectacle musical qui interroge sur la situation actuelle du monde arabo-musulman, et notamment le Printemps Arabe, ce mouvement révolutionnaire qui a soulevé le Maghreb, faisant tomber une à une les dictatures.

Bilan du Printemps Arabe

Prenant le contre-pied du discours majoritaire, le spectacle ne porte pas aux nues la révolution arabe ; au contraire, elle fait voir les revers de la médaille, des individus insultés, torturés et exécutés publiquement. Finalement, le spectacle pose, à nouveau, cette question qui poursuit le 20 et le 21ème siècle : la violence est-elle légitime pour la liberté ? La liberté exige-t-elle de punir celui qui punissait, de se montrer toujours plus cruel à son égard ? Doit-on devenir le bourreau de l’oppresseur ? Le bilan n’est pas glorieux : le combat pour la liberté, mené dans la violence, n’a conduit qu’à l’instauration d’un régime encore davantage autoritaire et répressif qu’il ne l’était jusqu’à présent.

Quelle place pour la femme dans la société ?

La révolution n’a pas non plus amélioré la condition de la femme. Au contraire, celle-ci est montrée toujours assujettie à l’homme – le père puis le mari – sans jamais pouvoir user d’aucune liberté de parole ou d’action. Une belle femme ne peut être qu’en faute, et celle d’Ali (le personnage principal) est accusée d’avoir séduit l’assassin de son mari, et, donc, d’être responsable du meurtre. La pièce nous fait voir l’histoire de cette femme qui brave sa condition traditionnelle par amour pour son mari, et qui part à sa recherche à travers la ville, jurant de le retrouver et de le venger. Cette décision prise, la femme danse : très émouvante, ces mouvements sont saccadés, très statiques, symboles de la lutte de la femme pour s’exprimer et agir par elle-même, en tant qu’être indépendant, contre les dogmes de la tradition.

©Samir Hadjazi
©Samir Hadjazi

Une société partagée entre l’Orient et l’Occident

Finalement, le spectacle donne à voir une société tiraillée entre deux cultures, entre l’Orient et l’Occident, entre le passé et la modernité ; elle tâtonne et cherche son identité. La condition de la femme demeure archaïque et la société éminemment patriarcale. Mais Ali est cinéaste, il travaille donc sur les techniques modernes ; il pense à l’avenir et voudrait faire évoluer la société grâce à ses œuvres cinématographiques. Il est assassiné pour ça – son frère de lait ne peut supporter ce scénario, véhicule d’une pensée trop moderne, dérangeante, et qui bousculerait la société établie. La musique est elle-même signe de cet entre-deux culturel et social : elle est orientale, et fait entendre à la fois les sonorités des instruments traditionnels, et les rythmes des nouvelles machines électroniques. La musique réconcilie la froideur moderne avec la chaleur traditionnelle. Elle réconcilie l’Orient et l’Occident… Face à cette représentation, on voudrait que cette réconciliation ne soit pas seulement musicale, mais qu’elle prenne acte dans la réalité : on voudrait qu’Ali ne soit pas tué pour avoir écrit une histoire, et que les différentes cultures et visions du monde cohabitent effectivement et enfin dans la paix.

Chloé Dubost

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