Mercredi, la journée des jeunes au Festival de Clermont-Ferrand !

Du 3 au 12 février 2017, le court-métrage prend possession de la ville de Clermont-Ferrand pour la 39e édition du festival du court-métrage de Clermont-Ferrand. Le mercredi, c’est la journée des enfants et donc le festival avait programmé deux séances « Enfants » et trois séances dites « Écoles » dont la première était destinée à des enfants à partir de trois ans, la seconde à des enfants plutôt au primaire et enfin le troisième à des enfants de 11-12. Deux de ces programmes ont retenu notre attention. Le programme « Enfants » et le troisième « École », celui pour les étudiants.

Un programme « Enfant » très inégal

Sur le programme, il est écrit dès 4 ans, laissant supposer que ces films s’adressent à un public de primaire qui avait fait le déplacement et remplissait la salle Cocteau de la Maison de la Culture. Tous les films sont soit construits comme des fables soit ont un but seulement divertissant et comique.

Dans les films comiques, on retrouve Un plan d’enfer de Jean-Loup Felicioli et Alain Gagnol dont nous vous avions déjà parlé lors de notre critique du programme Carte Blanche 1, mais aussi Une autre paire de manches de Samuel Guenoulé. Ce court est clairement à destination des plus petits qui rigoleront de voir Arthur, un petit garçon, avoir du mal à mettre ses vêtements pour aller à l’école et qui pour échapper à cette corvée s’invente des jeux…

Parmi ces films à morale, certains sont de très grandes qualités de par leurs animations ou leurs narrations, d’autres un peu moins ou alors quand l’un est réussi, c’est l’autre qui pêche… Le plus bel exemple est Non-non veut faire du sport de Mathieu Auvray, l’histoire est un peu simpliste et déjà vue (désolé pour Magali Le Huche qui a écrit le livre dont est adapté le film), mais l’animation de ces animaux faits en pâte à modeler est, elle, excellente.

Image tirée du film Non-Non veut faire du sport
Image tirée du film Non-Non veut faire du sport

Oser mettre un documentaire dans une sélection pour enfants, c’est audacieux, mais quand il dure 4 minutes et qu’il est sur les habitudes alimentaires du caméléon, ça prend une autre tournure… Our wonderful nature – the common chameleon (Merveilles de la nature – le caméléon) de Tomer Eshed explique qu’un caméléon a un énorme défaut, son appétit… Il a les yeux plus gros que le ventre et c’est ce qui le perdra…

Image tirée du film

Quelques contes sont évidemment présents comme Pautinka (les brodeuses) de la Russe Natalia Chernysheva qui montre que l’entraide entre une araignée et une femme qui a tenté de la tuer peut faire de grandes choses… Les dessins sont simples, mais fluides et efficaces. Le Pingouin de Pascale Hecquet, adapté de la chanson de Marie Henchoz raconte comment un pingouin ne supporte plus le froid de la banquise… Il décide alors de migrer dans les tropiques, mais il fait trop chaud… En chanson et avec une réutilisation de plusieurs plans, ce court nous explique que l’herbe n’est pas plus verte ailleurs et qu’il faut savoir se contenter de ce qu’on a. Le chemin d’eau pour un poisson est une fable toute mignonne qui a emporté l’adhésion des plus jeunes dans la salle, touchés par cette histoire d’amitié entre un jeune garçon et un poisson. Mercedes Marro place son histoire dans une Colombie où l’accès à l’eau dépend d’une fontaine rationnée. Dans ce contexte, Oscar, découvrant un petit poisson tentant de survivre dans une flaque d’eau sale va tout faire pour le sauver des chats qui veulent le manger ou de la déshydratation et donc de la mort… Cette belle action lui vaudra d’ailleurs une incroyable récompense…

Fox and the whale de Robin Joseph – que vous pourrez retrouver dans la programmation « Ciné-piscine » le 10 février à 19h30 – fait lui la transition entre le monde de la petite enfance et de l’enfance avec une poésie aussi élégante que subtile. Les plus petits ne comprendront peut-être pas tout, mais seront émerveillés par la beauté des aventures que vit un petit renard, tandis que les plus grands comprendront que sa quête d’une mystérieuse baleine est belle, mais vaine… Cette réalisation est rendue bouleversante par la très douce musique de John Poon.

Les trois derniers films de cette sélection s’adressent plutôt à de grands enfants. Deux escargots s’en vont de Jean-Pierre Jeunet reprend le poème de Jacques Prévert en faisant parler des animaux faits de bric et de broc (détournement d’éléments appartenant au domaine de la nature) inspirés par le travail de Jephan de Villiers, qui commentent le voyage des escargots. Si l’animation est grandiose et que les voix réalisées par de très grands acteurs sont excellentes, les enfants de la salle n’ont pas beaucoup adhéré, car il ne se passait pas grand-chose, pourtant c’est un merveilleux moyen de rentrer dans la poésie de Prévert.

Image tirée du film Deux Escargots s'en vont
Image tirée du film Deux Escargots s’en vont

Le chant des grenouilles de Violaine Pasquet s’inspire des traditions néo-orléanaises et de la puissance de la musique pour lutter contre les créatures hostiles. Suite au meurtre de l’une des leurs par un crocodile, les grenouilles (qui ne sautent pas et marchent à deux pattes debout) décident de résister au crocodile grâce à leur chant. Comme quoi l’union fait toujours la force !

Enfin Lucky Chichen (La poulette aux œufs d’or[1]) de Gulliver Moore nous montre dans un style très britannique comment une poule grâce à ses œufs va redonner des couleurs à un pâtissier dont la vie professionnelle et la vie sentimentale partent à vau-l’eau. Ce court nous montre qu’avec un peu de volonté et de courage, on peut réaliser de grandes choses !

Le programme « École 3 » des pépites et de la poésie

Si certains films sont de grande qualité, certains souffrent de quelques défauts comme Garry de Lily Papamiltiades qui raconte l’histoire de Claire, une souffre-douleur qui se rebelle grâce à un garçon qui, pour on ne sait quelle raison, se prend d’affection pour elle. Bien que déjà vu, le concept peut être intéressant pour sensibiliser les ados à l’exclusion et au harcèlement, mais la relation entre Claire et Garry n’est pas assez développée pour qu’on puisse y croire et que ça fonctionne… c’est dommage.

Image tirée du film

À l’inverse, Debout Kinshasa ! de Valérie Gaudissant et Sébastien Maitre, l’autre film live de cette sélection prend le temps de présenter le personnage et nous montre un enfant qui veut aller à l’école, mais qui par manque de moyens ne peut réparer ses chaussures ni les vernir or c’est obligatoire pour entrer à l’école. Samuel doit donc trouver une autre solution pour trouver l’argent qui lui manque pour s’acheter ses chaussures, s’en suit alors une petite semaine de débrouille et d’arnaques en tout genre pour pouvoir obtenir l’argent nécessaire pour aller à l’école… Avec de la volonté et un peu de malice, on arrive à tout !

A day with dad (Une journée avec papa) est un court-métrage danois de Mads Guidborg Bøge. Un père est obligé d’emmener son fils un peu débile qu’il ne supporte plus avec lui au travail, car l’école est fermée aujourd’hui… Petite précision, il travaille dans une centrale nucléaire… Ce film est du gros n’importe quoi… ça part en vrille et c’est tellement gros et caricatural que c’en perd de son charme, c’est dommage même si l’histoire du père et du garçon est touchante.

Poilus réalisé par sept personnes est un film qui met en scène des lapins refaisant la guerre des tranchées de 14-18 avec un lapin qui joue de l’harmonica pour s’évader. L’animation est très réaliste, mais ce film reprend un peu trop les codes et l’esthétisme du film Joyeux Noël de Christian Carion et c’est un petit peu dommage…

Image tirée du film Poilus
Image tirée du film Poilus

To build a fire de Fx Goby et L’horizon de Bene sont deux fables sur le lien de l’homme et de la nature à voir absolument pour la beauté des dessins, mais aussi pour leurs histoires pleines de poésie, le sauvage n’est pas toujours celui qu’on croit…

Le dernier film de cette sélection est Chika, die Hündin im Ghetto (Chika, la chienne dans le ghetto) raconte l’histoire de Mikash, un petit juif qui vit dans un ghetto et dont la seule pensée heureuse qui lui reste est sa chienne Chika. Mais être un enfant juif sous l’occupation des nazis est difficile pour lui et les ennuis ne font que commencer… Avec poésie et grâce, ce court-métrage, réalisé avec des petites poupées et des bâtiments en crayons à papier ou d’autres objets recyclés, admirablement réalisé, vous fera rêver et voyager malgré l’horreur de la situation ! Assurément notre coup de cœur du programme que vous pourrez redécouvrir samedi 11 février à 18h au Petit Vélo.

Quand le festival de Clermont-Ferrand propose des films aux enfants, il les gâte et leur livre de véritables pépites !

 

Jérémy Engler

[1] Traduction officielle

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *