Merlin partie 2, épisodes 3 et 4 au TNG, ascension et chute du Roi Arthur

Après avoir joué la première partie du spectacle en mars 2016, la Groupe Fantomas revient en février 2017 au Théâtre Nouvelle Génération – Centre Dramatique National de Lyon pour la suite du spectacle Merlin. Avec cette mise en scène de la pièce moderne de Tankred Dorst, Guillaume Bailliart nous propose une version complète du mythe arthurien du 1er au 5 février avec une intégrale de plus de 6h agrémenté d’un banquet médiéval le dimanche dès 11h.

Et si Merlin avait détruit l’utopie qu’il a créée ?

Telle pourrait être la thèse de la pièce. En effet, Merlin, fils d’une humaine mais surtout fils du diable a le don de connaître le passé mais aussi et surtout le futur. Bien que connaissant la destinée d’Arthur et de ses chevaliers, Merlin tente malgré d’accomplir la destinée de la Table Ronde en prévenant son protégé des dangers mais ce dernier n’écoutera malheureusement pas toujours Merlin ou l’écoutera trop, précipitant sa chute…
Les chevaliers multiplient les aventures prestigieuses et tout se passe bien dans les premiers épisodes qui nous sont résumés en cinq minutes au début de la pièce dans un rythme effréné ! Si la relation adultère entre Lancelot et Guenièvre annonce quelques malheurs, globalement tout se passe pour le mieux et Merlin conseille le jeune roi du mieux qu’il peut. La seconde partie s’ouvre sur la quête du Graal. Voyant que l’attrait pour les aventures diminuait à la cour de Camelot, Merlin leur propose de partir à la recherche de la coupe qui a servi à recueillir le sang du Christ. Cette quête difficile est l’objet de l’épisode 3. Toutefois cette quête passe au second plan comme l’atteste le fait qu’on ne voit pas Galaad trouver la coupe. On nous dit qu’il l’aurait trouvé mais nous n’avons aucune trace du Graal. Alors que les plus valeureux chevaliers d’Arthur partent à la recherche de l’objet sacré, Merlin se transforme et teste les chevaliers en les tentant du mieux qu’il peut. Il le fait tant et si bien qu’ils les poussent vers leur vice, les détournant de leur mission. Si certains auraient pu résister à leur démons, Merlin les précipite vers leur pêché. De fait, il devient l’instigateur de la chute du royaume en détournant les chevaliers de leur quête.

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© D.R

De même, Mordret, le fils d’Arthur précipitera la fin du royaume entre autres car il voue une haine tenace à son père qui a essayé de le tuer. Tel Créon voulant tuer Œdipe car un prophète l’avait averti de son assassinat par son fils, Arthur tente de se prémunir contre ce sort mais en le faisant, il ne fait que précipiter le cours des choses. Et lorsque la situation devient vraiment critique, au lieu d’aider ses disciples, il préfère se laisser emprisonner par Viviane celle qu’il aime, laissant ses amis en pleine perdition. Si les hommes ne sont pas forcément à la hauteur de la tâche qu’il a voulu leur confier, Merlin a aussi vite renoncé à les aider et en fin de compte, plus il les aidait, plus il les menait à leur perte… Il n’est pas fils du diable pour rien !

Une pièce chorale qui alterne narration et jeu

La pièce comporte de nombreux personnages mais la troupe ne contient que treize comédiens, par conséquent, la grande majorité d’entre eux interprètent plusieurs personnages mais tous restent en scène lorsqu’ils ne jouent pas, donnant véritablement un sentiment d’unité entre les comédiens comme celui qui pouvait unir les chevaliers de la Table Ronde. Quand ils n’incarnent personne à proprement parlé, ils mettent une cagoule pour cacher leur visage et leur permettre ainsi de facilement changer de personnage par la suite.

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© Melle Dou

Les acteurs sont pour la plupart placés dans les gradins au début de la pièce et entrent ensuite sur scène une fois qu’ils sont appelés par le narrateur. Par ailleurs, l’installation de Merlin et de son micro au premier rang dans les gradins ou de Guenièvre en fond de gradins, immergent le public au cœur du spectacle et fait de nous de vrais villageois témoins de la chute du mythe arthurien. Se faisant, le Groupe Fantomas rend son rôle d’origine au chœur qui était d’être porte parole de la voix du peuple qui assistait aux représentations théâtrales.
Tankred Dorst, dans son texte alterne les passages joués et racontés revenant à l’origine des récits médiévaux qui, au départ, étaient des chansons de troubadours ou ménestrels, avant d’être mis en texte. Chaque comédien peut donc devenir conteur et raconter une aventure qui s’est produite auparavant ou décrire ce qu’on ne peut montrer sur scène… Bien que le récit ne soit pas forcément habituel au théâtre, on n’est pas si dérouté que ça car c’est toujours fait dans le souci de rester dynamique et avec talent.

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© Melle Dou

Des ruses toujours des ruses

Comme nous l’avons dit, Merlin aime tester les chevaliers et leur foi. Afin que le public sache bien qu’il s’agisse de Merlin et pour éviter de trop nombreux changements de décor, un comédien joue Merlin déguisé mais Guillaume Bailliart, qui incarne l’enchanteur, reste à son micro et on voit donc un comédien joué physiquement avec un masque et s’incarner au son de la voix de Merlin. Ainsi le spectateur est dans la même position que le personnage et le mimétisme entre la voix et le corps est tel que c’en devient une performance particulièrement étonnante !

Merlin résonne parmi les spectateurs qui ne se lassent pas d’entendre les incroyables aventures des chevaliers de la Table Ronde.

Jérémy Engler

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