Métamorphose des Métamorphoses, tout est métamorphose

Une nouvelle jeunesse : un texte métamorphosé

Qui ne connaît pas l’histoire de Narcisse ou n’a pas crié en « Écho » ? D’anciens mythes parfois méconnus, d’autres passés dans la culture commune sont totalement réactualisés par Christophe Honoré dans son film Métamorphoses, sorti ce mercredi 3 septembre 2014. D’Ovide et du premier siècle avant Jésus-Christ, nous passons sans transition au XXIème siècle qui est le nôtre. Pour effectuer ce saut dans le temps, le cinéaste a choisi nombre d’acteurs dans la fleur de l’âge. Ce choix ne semble pas anodin. Il permet de mettre en valeur le fait que le récit d’Ovide n’est pas déconnecté de la jeunesse et de notre monde actuel, évidemment plus jeune que celui d’Ovide. Christophe Honoré parvient également à nous faire comprendre cette dimension en faisant se rencontrer le monde contemporain et des espaces intemporels. Les personnages sillonnent des lieux de notre temps mais aussi une nature, qui pourrait être les forêts, les rivières dans lesquelles se déroulent les récits de l’auteur latin. En un mot : les mythes sont vivants ! Là est la première belle réussite du film.

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Un réalisme poétique

C’est dans un cadre hyper réaliste – Carrefour en toile de fond du décor, une autoroute, une cité – que le réalisateur nous plonge. Nous sommes télescopés dans tout un univers familier. Pourtant, le film ne s’arrête pas là. Sa force est de mêler ce décor actuel, symbole de la modernité, à un cadre sauvage, filmé poétiquement. La façon de capter le corps nu d’Europe dans l’eau, les poursuites à travers champs, le fait de cacher le processus de métamorphose visent à esthétiser, à poétiser les scènes. Le cinéaste parvient ainsi à traduire la dimension poétique très appréciée des vers d’Ovide. L’attention à l’image, au pur plaisir visuel traduisent la musique des mots de l’auteur latin, comme un hommage.

Une métamorphose fidèle

Tout un tas de petits détails, a priori  insignifiants, marquent le souci profond du réalisateur de rester proche du texte ovidien. Christophe Honoré respecte à la lettre, non seulement l’esprit de cette matière antique, mais également son contenu. Outre la conservation des noms des dieux antiques, les personnages ont le caractère bien trempé des dieux ou demi-dieux d’Ovide. Ainsi, Junon, fidèle à sa colère chez Ovide, ne mâche pas ses mots, ni sa sentence devant le pauvre Tirésias, exactement comme dans le texte latin, de même que Jupiter demeure un grand séducteur, avide de gentes demoiselles ! De façon plus subtile encore, Christophe Honoré glisse çà et là quelques clins d’œil très précis au texte. Une seconde où Io changée en génisse se regarde effrayée dans l’eau retranscrit parfaitement ce même court passage d’Ovide. Les citations du récit ovidien, comme la parole exacte du devin Tirésias à la mère de Narcisse « il vivra longtemps s’il ne se connaît pas », marquent la volonté du cinéaste de rester proche du poète latin. Le film se présente comme un véritable jeu de piste pour les amateurs de l’auteur latin  ainsi qu’une invitation à aller vers le texte antique pour les curieux !

METAMORPHOSES

Une philosophie de la métamorphose

Un sens profond se dégage très vite de ce film. Comment ne pas comprendre que les mythes d’hier nous parlent encore aujourd’hui ? Que le désir sexuel, la jalousie, le narcissisme qui jalonnent les Métamorphoses d’Ovide sont des sujets plus qu’actuels ? Le cinéaste met en avant le caractère profondément vivant des mythes ovidiens, de part ce qu’ils nous disent d’invariant chez l’homme. Jupiter devenu un jeune homme possédant un superbe camion rouge n’en demeure pas moins le dieu qui symbolise, incarne et questionne la puissance du désir sexuel (ce désir qui l’amène à enlever Europe, à violer Io…).
Narcisse devenu un jeune adolescent tête-à-claque transporte le spectateur dans le monde actuel. Comme chez Ovide, la question de l’amour de soi est posée à travers l’image de ce jeune homme qui tombe malheureusement amoureux de son reflet. Il s’agit pour le cinéaste de questionner le vide de l’être.

De façon générale, le film retranscrit la philosophie d’Ovide, selon laquelle l’univers est en perpétuel changement, à l’image de la métamorphose. Le film Métamorphoses nous invite donc à voir le monde et le temps comme une suite de métamorphoses qui nous ramènent, pourtant, toujours à la vérité de comportements humains immuables.

Prunelle Deleville

2 pensées sur “Métamorphose des Métamorphoses, tout est métamorphose

  • 28 septembre 2014 à 21 h 56 min
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    Après avoir vu le film, j’ai relu le commentaire de Prunelle Deleville, et j’y trouve une extrême sensibilité de perception. Extraordinaire qu’une personne aussi érudite -me semble-t-il- de ces choses si lointaines de nous puisse nous les rendre simples sans qu’elles perdent de leur mystère. Merci.

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  • 16 mai 2015 à 14 h 23 min
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    c’est tout simplement diabolique ceux qui joue et qui ont participer a se film financierement ou autres je les invite gentilment a se repentir tres serieusement de la part d’un musulman salafiste

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