Mille batailles, les luttes introspectives de Louise Lecavalier

L’ancienne égérie d’Edouard Lock et de la compagnie La La La Human Steps, Louise Lecavalier revient avec une nouvelle création à l’occasion de cette Biennale de la Danse. Présentée le 26 septembre au Théâtre de la Renaissance, Mille batailles est une pièce portant sur le dépassement de soi, la recherche et l’engagement qui tente de débusquer « le plus qu’humain dans l’humain ». Accompagnée du danseur Robert Abubo et du compositeur et guitariste Antoine Berthiaume, Louise Lecavalier nous dévoile dans ce spectacle de danse l’ampleur de son énergie et de son talent.

Une satire de l’homme idéal

Louise Lecavalier s’est formée à la danse classique et moderne à Montréal et à New-York. Après avoir travaillé près de vingt ans avec Edouard Lock dans la compagnie La La La Human Steps, elle fait désormais cavalier seul avec sa propre compagnie Fou Glorieux fondée en 2006, qui reçoit le 29ème Grand Prix du Conseil des arts de Montréal en 2014. Sa dernière création, Milles batailles, s’inspire du roman Le Chevalier inexistant (1959) d’Italo Calvino, porté sur le personnage du chevalier Agilulfe et l’univers de la quête du Graal. Dernier volume d’une trilogie intitulée Nos ancêtres, ce roman peut se lire comme une satire de l’homme idéal, où ses vertus le vident de toute substance et qui n’existerait que dans notre imagination. C’est à partir de cette image que se construit le spectacle de Lecavalier, cherchant à exprimer par la danse la non-existence de ce « corps-armure ». Pour elle, « ce ne sont pas des émotions qui le font bouger, c’est une force étrange et indéfinissable, une fantaisie pure ou folle ». Cette force étrange se matérialise par une danse à la fois très mécanique et très vivante, axée sur des mouvements vifs et réguliers : « J’ai approché la danse d’une façon plus froide, comme une mécanique de l’obsession ou de l’absence. J’ai tenté de chercher une danse plus graphique ». Combat contre l’absence, persévérance et dépassement de soi, Lecavalier nous rappelle que la danse est une lutte physique de tous les jours, et où la scène est un ring où se livrent mille batailles.

© André Cornellier
© André Cornellier

Un duo humanisant

Le chevalier Agilulfe sera dans le roman accompagné de son écuyer, le naïf Gourdoulou, sorte de faire-valoir tel Sancho Panza ou de Vendredi. Cet autre personnage est ici représenté par le danseur Robert Abubo, qui apparaît dans la deuxième partie de la pièce. Ensemble, le duo se livre à un ébat progressivement sensuel et humanisant. « Au début, il est dénué de tout sentiment et n’existe qu’au travers de sa rigide intransigeance. Il va évoluer. Peut-être même qu’il s’humanise un peu ». Un dialogue s’installe entre les deux danseurs, ils s’imitent, se répondent. « À deux, il y a plus de possibilités, tout est permis. Ensuite, il ne s’agit que d’inventer une danse, une chimère pour affronter la scène… ». Le décor, fait d’un plateau et d’un mur vertical évoque un huis-clos où les deux personnages doivent se rencontrer perpétuellement. Au fond de la scène, côté jardin, Antoine Berthiaume accompagne à la guitare une bande-son électronique diffusée depuis un ordinateur.

Si Louise Lecavalier a choisi pour Mille batailles de s’éloigner de son image très rock qu’elle a cultivé au début de sa carrière, elle présente néanmoins un spectacle brillant et plein de profondeur. Sa danse, très personnelle, est l’énergique expression de ses luttes qui la mettent en danger mais lui donnent le luxe de livrer ses milles batailles à sa manière.

 

Guillaume Sergent

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