Mina Tindle : twinkle twinkle au théâtre Théo Argence de Saint-Priest

Grâce à Taranta, premier album intimiste, on a connu sa voix, très douce et expressive, tantôt retenue, tantôt explosive, au ton qui n’a rien à envier aux autres chanteuses. Son nom, c’est Mina Tindle, mais il ne faut pas se laisser piéger par ces sonorités outre-Manche : la majorité de ses chansons est en français. Accompagnée sur scène d’un guitariste (Guillaume Villadier), d’un bassiste (Steffen Charron) et d’un batteur (Mathias Fisch), la jeune chanteuse (de son vrai nom Pauline de Lassus) a envahi la scène du théâtre Théo Argence de Saint-Priest avec son univers solaire, coloré et pop ce samedi 13 décembre 2014.

Parades, entre masque et sincérité

Bien qu’assez inconnue sur la scène musicale française, Mina Tindle possède un style bien à elle, un univers propre dont les influences sont multiples et bien cachées. Son nouvel album, Parades, est présenté comme un album lumineux, pop et à mi-chemin entre le « tropicalisme brésilien des années 70 » et le « folk sylvestre à la Bon Iver ». Un kaléidoscope de sonorités denses et chaudes, qui fait passer de quelques chansons intimistes (« Dehors », « Plein Nord », « Ta Peau ») à des sonorités plus guerrières (« I Command », « Seaside »). Aussi à l’aise en français qu’en anglais, Mina Tindle joue avec les mots et les sons, dans des mélodies enchanteresses, sans jamais tomber dans la facilité du tempo, avec des petites innovations musicales de bon goût.
Sur scène, presque toutes les chansons sont revisitées, en version « concert ». « Seaside » est jouée sur un tempo légèrement plus rapide, ce qui donne un côté chamanique au refrain, par exemple. Ces légers accords donnent une cohérence plus grande au répertoire de cette jeune chanteuse. La nervosité de « Pas les saisons » vient enchanter à merveille le sinueux calme de « Je sais ». Il faut noter le parfait jeu de l’éclairage, qui change à chaque chanson, reflétant bien l’univers varié et multiforme de Mina Tindle : on peut passer du noir et blanc à un assemblage surprenant d’orange et de bleu, ou de rose-jaune-orange-rouge. Attention cependant dans les gradins : un spot rouge incliné de façon particulièrement perverse menace de vous aveugler.
Auteur de ses propres chansons, Mina Tindle possède un art certain des jeux de mots qu’elle rend particulièrement sensibles par sa diction particulière. La chanson « Plein nord », « qui parle de paternité et de froid… ça n’a pas l’air de vous emballer », met particulièrement cette poétique polysémie à l’honneur : « Au mieux, t’auras cinq enfants, une chienne, s’il faut // Que la passion revienne au feu… ». On peut entendre que les cinq enfants et la chienne feront revenir la passion au feu, ou bien séparer les deux idées et préférer un ordre (« Que la passion revienne au feu ! »). C’est en anglais que Mina Tindle joue plus des homophonies, dans une danse linguistique presque ésotérique, puisqu’elle arrive à faire entendre « Seaside » dans « Sick desire, sick sick desire ».

Mina-Tindle2.Indira-Dominici.site_The Curse : la magie du direct

Il y eut quelques problèmes de plateau : le micro de Mina Tindle ne marchait pas…ce qui a permis d’entendre la beauté de la mélodie, qui se suffisait presque à elle-même tant elle était réussie. Quelques parasites se faisaient entendre, expliqués par la chanteuse comme « l’éclairage sur la guitare…c’est poétique, non ? Et comme c’est poétique, c’est beau ». On regrette cependant que la chanteuse ne se soit sentie à l’aise qu’à la fin du concert, après les applaudissements chaleureux du public, pour un rappel endiablé.
Débutante dans le monde de la chanson, on comprend bien son trac, mais il est vrai que Mina Tindle était un peu froide au début du concert : un petit « merci » par-ci, un minuscule « bonjour » par-là, de vagues « c’est une chanson à propos d’une sœur »… Loin de faire le show, Mina Tindle semblait mal à l’aise et évitait de regarder le public. Les quelques personnes qui sont parties après la troisième chanson n’ont pas arrangé le malaise. Cependant, le reste du public a réussi à détendre l’atmosphère, et c’est dans une complicité totale que s’est déroulée la fin du concert. Pour « The Curse », Mina Tindle a confié que « pour cette chanson je vais imaginer que vous êtes tous debout, à danser comme des fous ». Aussitôt dit, aussitôt fait : tout le monde s’est levé et s’est déhanché avec plus ou moins de grâce et de légèreté. La chanteuse en était très reconnaissante, s’autorisant dès lors des petites blagues, des clins d’œil.
« Au fait, on dit Saint-Priist ou Saint-Prièst ? », a demandé ladite chanteuse qui s’est chargée d’apporter un soleil méditerranéen dans cette froideur hivernale. La variété italienne ne nous a pas emporté À Séville mais dans la région des Pouilles, au sud-est de la botte européenne, à bord d’une cruelle mais passionnée tarentaise, intitulée « Taranta » (titre de son premier album, sur lequel ce morceau ne figurait pas… quand on vous dit que Mina Tindle est chamanique…). Un peu plus au sud, ce sont des mages et des marabouts qui invoquent l’ombre et la lumière dans des rites rythmés et sur laquelle la chanteuse se risque à quelques pas de danse. Sa voix, sensible et suave, capture la chaleur pour réchauffer les cœurs.

C’est donc un concert délicieux, bien qu’un peu miné par une timidité encore un peu trop grande, que Mina Tindle a donné au théâtre Théo Argente, afin de clôturer l’année. Réouverture en janvier avec une rêverie théâtrale, Ce qui n’a pas de nom, le 8 janvier ; et Beauté Monstre le 14. Le théâtre Théo Argence remplit bien son contrat : proposer de la culture pour tous, sans a-priori, avec une place importante accordée à la sensibilité et à la diversité. Le timbre envoûtant de Mina Tindle continue ses pérégrinations à travers la France, et l’on ne peut qu’espérer qu’elle reviendra bientôt à Lyon.

Willem Hardouin

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *