Mirong, le sourire de la perfection : quand le théâtre coréen émerveille

Mirong est un très beau spectacle de la compagnie coréenne See-Sun, que l’on peut voir dans le cadre de la Corée à l’honneur au festival d’Avignon cette année. On peut le voir à la Présence pasteur, tous les jours du 7 au 30 juillet, à 12h30.

Une terrible histoire d’amour

Pour comprendre ce spectacle, il faut d’abord définir ce qu’est le Mirong. Il s’agit du sourire qui nait naturellement sur le visage d’un danseur lorsqu’il atteint la perfection de son art. Le Mirong est l’objectif ultime des danseurs qui passent leur vie à le chercher. C’est le cas du maître de danse de cours de ce spectacle. La pièce de théâtre/danse raconte, en 55 minutes et 8 scènes dans cette version avignonnaise, l’histoire de deux jeunes amoureux, Doil et Choyoung, tous deux disciples d’un maître de danse de cours : cette danse est appelée Chunaengjeon. Doil est le fils adoptif du maître de danse. Entre les deux hommes cependant, une division existe : Doil est fasciné par la danse populaire, une danse masquée mouvementée, tandis que le maître de danse, puriste, considère qu’il n’y a d’art noble que la danse de cours, une danse paisible et mesurée. Doil et Choyoung, les deux amoureux, poursuivent néanmoins leur apprentissage tout en filant leur parfait amour. Un jour pourtant le maître de danse exprime son amour pour Choyoung à cette dernière. S’ensuit un combat entre Doil et le maître de danse à l’issue duquel Doil est défait, puis castré. Le jeune homme s’exile alors, intègre une troupe de saltimbanque, et se prostitue pour gagner sa vie. Choyoung, au comble du désespoir, se coupe la langue et reste auprès du maître pour poursuivre son apprentissage. Quarante ans plus tard, au détour d’une rue, Choyoung s’arrête pour regarder danser une troupe de saltimbanque. Parmi aux se trouve Doil qu’elle n’avait pas revu depuis. Les deux anciens amants se retrouvent dans la danse. Restée seule, Choyoung se laisse aller à danser, et trouve le Mirong, ce sourire qui exprime la perfection d’un art et qui nait sur le visage du pratiquant qui atteint cette perfection. Cette fable, terriblement tragique, exprime cet amour défait et ces deux âmes solitaires qui, perdues, vont se retrouver grâce à l’art. Dans tout malheur réside parfois des moments de grâce, de béatitude volée que les personnages découvrent, pour nous, sur scène. Ils grandissent en de grands héros, qui nous éblouissent par leur courage et leur sagesse.

© Jean Couturier
© Jean Couturier

Contemplation

Mirong est magnifiquement mis en scène par Ranju Hong. Grâce à une scénographie très simple, qui privilégie les jeux de transparences et de couleurs par diverses tentures, elle créé ses espaces et retrace l’histoire avec beaucoup de poésie. Les personnages se dévoilent en toute intimité, et la vérité la plus cruelle se cristallise, derrière ces auvents, en de superbes estampes. Les chorégraphies caractérisent chaque personnage, dans une technique ancienne de conteur, et traduisent tantôt la jeunesse et sa vigueur ou bien sa fraicheur ; tantôt l’âge et son aigreur ou bien sa paix. La bande sonore accompagne entièrement le spectacle pour aider à la reconnaissance des lieux et décrit une clairière comme un jour de marché sur une place publique. Cette beauté, d’une sobriété quasi contemplative, aide le spectateur à entrer dans cette histoire aux allures de fable et de légende. La fiction prend des échos universels et traite de thèmes aussi profonds que l’amour, l’amitié et l’art. Elle questionne notamment la légitimité du débat entre art noble et art populaire, en montrant que l’art ne tient pas à sa finalité, mais plutôt au chemin que tout pratiquant de tout art effectue, pour atteindre la perfection. De cette manière, tous les arts peuvent être considérés comme nobles, dès lors que son pratiquant se lance corps et âme dans la réalisation de son art. N’est-ce pas la recherche de la perfection dans quelque art et par qui que ce soit, qui est réellement importante ? Après tout, que nous reste-t-il à faire d’autre qu’à mourir, une fois que la perfection est atteinte ? N’est-ce pas la recherche de cette perfection qui détermine l’effort juste, la passion d’un art et la noblesse de cet art ? Cette pièce est donc une grande leçon d’humilité et de patience.

Mirong est un spectacle d’une grande sagesse et plein d’espoir. Choyoung, après une vie malheureuse, trouve une paix si pure et si profonde, qu’elle atteint le Mirong. La compagnie See-Sun éblouie par la beauté de son travail, et sa générosité à nous faire découvrir, par cette pièce, un morceau de son patrimoine culturel coréen.

Margot Delarue

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