Moi, jardinier citadin , avoir la main verte ou ne pas être ?

A l’heure où la conscience écologique devient de plus en plus pressante au sein de nos sociétés, nombreuses sont les actions visant à réintroduire la nature dans l’aire urbaine. Collectives ou individuelles, ces diverses initiatives sont la marque d’un retour à un mode de vie happé par la modernité galopante. Cependant elles seraient, plus profondément peut-être, la recherche nostalgique d’un être à soi, à l’autre et au monde. En regard des ruches sur nos toits, qu’implique pour nous-mêmes de prendre une graine au creux de nos paumes ? De nous y consacrer avant de la laisser pour les générations futures ? Voilà ce que nous propose ce premier tome de BD, paru le 23 janvier 2014 aux éditions Akata, du dessinateur coréen Min-ho Choi.

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Transplanter pour retrouver la sagesse d’antan.

Titre simple pour une attitude élémentaire, Moi, jardinier citadin réinvente poétiquement ce qu’un esprit occidental assimilerait au « Il faut cultiver son jardin » voltairien. Les planches autobiographiques du dessinateur de bande-dessinée coréen sont telle une invitation. Suivons donc ses pas sur le chemin d’une réconciliation avec un mode de vie malmené. Homme enjoué dans la trentaine, c’est une rupture, avec un univers aux valeurs qui ne lui correspondent plus, qui opère comme une nouvelle motivation. Cet artiste de bulles et de traits décide alors de transplanter ses racines de Séoul à Uijeongbu, ville septentrionale aux dimensions plus humaines, en bordure des montagnes. Pour ce jeune époux et futur père, il est temps de réapprendre à voir et à vivre au contact des voisins et des anciens, truculente galeries de personnages. Ces derniers sont autant de sources de savoirs et de joies partagées à portée de mains. Pourtant, nous ne les négligeons que trop. Tout comme le dessin nécessite une observation des tensions et des harmonies du trait pour en acquérir la compréhension, l’auteur appréhende la patience de l’apprentissage des rythmes de la nature et du vivant. Lente évolution qui s’insinue progressivement en lui.

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Retrouver le savoir qui bascule dans l’oubli : revivifier pour transmettre.

La philosophie taoïste – en mettant de côté l’aspect religieux – préconise, dans son accomplissement, l’intégration totale de l’être dans la continuité du monde. Symboliquement, nous parlerions d’un fleuve dont quiconque suivrait l’écoulement. Pour y parvenir, un enseignement est nécessaire mais ce dernier relève avant tout d’un enseignement personnel. Quel meilleur apprentissage qu’une observation singulière du monde ! Tantôt sérieux, tantôt amusé mais toujours bienveillant, tel est le nouvel entourage de Min-ho. Distillés progressivement, les précieux conseils botaniques mettent à mal les aberrations d’une conquête d’une culture de consommation de masse. Basé sur l’immédiateté et le rendement à outrance, voici le système dont notre dessinateur ressent le besoin vital de s’éloigner. Ces deux apprentissages singuliers sont conjugués par l’art du trait. Central en Asie, il participe à un moyen de formation de l’esprit. Ici, plusieurs types de représentation sont convoqués. A travers un séquençage reprenant les différentes étapes du renoncement à la véritable ignorance qu’était son ancien mode de vie, le dessinateur expose son « ignorance naïve ». Ouverte à l’apprentissage et et à l’étonnement, elle rythme sa nouvelle existence au sein de sa parcelle et de ceux qui l’entourent. De plus, la surprise est sans cesse au détour des pages. Vignettes pittoresques, schémas ludiques ou estampes, voici autant de variétés d’expressions que de fleurs dans un jardin.

Que l’on ne s’y méprenne pas, il ne s’agit pas de faire ici l’éloge d’une attitude dans l’air du temps. Au contraire, la fraîcheur de cet ouvrage réside dans l’illustration renouvelée d’une attitude à ne jamais oublier : prendre soin de son être par des gestes quotidiens, dans le respect premier de celles et ceux qui nous entourent. Fable écologique et sincère, cette bande-dessinée n’est pas une nouvelle bohème. Il s’agit simplement du regard d’enfant porté sur le monde par la sagesse d’un adulte qui a su retrouver la vie. Une fois parvenu à la fin du premier tome, quelle hâte de contempler à nouveau son horizon !

Dragomir

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