Mommy de Xavier Dolan, 2 critiques pour le prix d’une en hommage aux mamans…

Pour marquer la sortie du Prix du Jury du dernier festival de Cannes, L’Envolée Culturelle innove et vous propose deux critiques pour le prix d’une !

MOMMY

De J’ai tué ma mère à Mommy, une évolution esthétique

Dans j’ai tué ma mère, Anne Dorval interprétait déjà la mère. Cinq ans plus tard, elle incarne ce même rôle, bien que foncièrement différente. Deux films, deux regards sur une relation mère-fils. Deux films qui se font écho, mais qui marquent avant tout l’évolution et le chemin parcouru par le jeune réalisateur québécois.
Xavier Dolan, c’est avant tout l’art de créer des plans magnifiques, des scènes mémorables qui restent gravées dans nos esprits et dans nos cœurs. Rappelez-vous la scène d’amour dans la peinture de J’ai tué ma mère. Mommy a aussi son lot de scènes savoureuses, notamment celle du parking ou celle du premier dîner qui regroupe les trois protagonistes, et bien d’autres encore, à découvrir…
Un beau travail de photographie donc, mais l’ensemble de son travail est éminemment plastique, il le dit lui même : pour créer ses films, il se plonge dans des recueils d’images : peintures, photos, dessins… Il y a une beauté particulière dans chacun de ses plans, un regard fort. Comme les toutes premières photographies, il nous présente son film en format d’image carré 1.1. Avec les gros plans, quasiment obligatoires avec ce format, il crée un lien : instantanément, une proximité entre le personnage et le spectateur s’installe. La moindre petite émotion se retrouve ainsi captée. Le décor est secondaire, sa trame narrative, bien que passionnante, n’est pas non plus au centre de cette réalisation, le personnage, lui, l’est toujours.
Pour incarner ces personnages haut en couleurs, il fallait des acteurs spéciaux. Dans Mommy, ils sont simplement magistraux. Xavier Dolan s’est formé avec eux, ou plutôt avec Elles, Anne Dorval et Suzanne Clément. Son cinéma est un cinéma de Femmes, au sens noble du terme. Leurs rôles sont exigeants ; quand une ne parle quasiment pas, l’autre ne fait que ça pour ne pas avoir le temps de penser. Deux rôles de femmes fabuleux, à l’opposé l’un de l’autre, mais qui dégage tous deux une force incroyable. Le cinéma de Xavier Dolan est là : mettre en valeur des actrices formidables qu’il admire et chérit et faire des portraits de femmes qu’on ne découvre malheureusement que rarement au cinéma et au théâtre.
Mais n’oublions pas le nouveau venu dans les longs métrages de Xavier Dolan, Antoine Olivier Pinon, qui est simplement bouleversant. A 17ans, ce jeune prodige, lui aussi, se donne corps et âme au personnage de Steve. Il nous embarque, nous emporte dans son monde, dans ses joies et ses souffrances, même si elles ne sont pas toujours intelligibles.
De ce trio réuni, se dégage une volonté de réussir, de survivre pour un jour parvenir à vivre. Un trio sublime, où chacun s’ouvre et se dévoile à son rythme.

1- Shayne Laverdiere affiche

Un avant-gardisme… Populaire

La bande-son risque fort d’en surprendre plus d’un si vous vous apprêtez à découvrir le cinéma de Xavier Dolan. Il ne s’en cache pas ! C’est la musique avec laquelle il a grandi, tout comme bon nombres de ses spectateurs. Pour lui, elle est primordiale pour les faire chavirer. Il le dit lui même: « Je pense que si on met cette musique, les acteurs et le public seront contents de l’entendre ». Et son souhait se réalise. Ces musiques connues nous emportent instantanément. Alors ouvrez vos oreilles, et préparez-vous à fredonner sur du Céline Dion, Oasis ou encore Lana del Rey.
Mommy a évidemment ses références cinématographiques, mais pas toujours celles qu’on croit : citons notamment Maman j’ai raté l’avion ou Titanic. Xavier Dolan revendique cette culture populaire, il a grandi avec elle, c’est ce qui l’a forgé et nourri. Bien sûr, il y a un travail important de recherches, mais le monde qu’il nous présente le touche personnellement, en partie du moins, et le public le perçoit dès les premières minutes. C’est sans doute de cela que se dégage cette tendresse, cette émotion si particulière qui s’installe dès le début du film.
Les mots, eux, nous dérangent à la première écoute, nous perturbent ; le langage n’est pas le même que dans ces précédents films, il en développe ici un autre, le crée même en partie en inventant de nouveaux mots, de nouvelles expressions. Puis, peut-être avec l’aide des sous-titres, notre oreille s’habitue, et ouvre à notre cœur un chemin vers cette langue et ce milieu jusqu’alors méconnu. Comme il l’explique « La langue de Racine ou celle qu’utilise Diane Deprès dans le film sont aussi intéressantes l’une que l’autre »
Ce film a été ovationné à Cannes, et récompensé par la Palme du Jury. Jusqu’à aujourd’hui, le succès est fulgurant, que ce soit lors des avant-premières ou lors de sa sortie dans les salles étrangères. Sa sortie en France est attendue, mais que le film en déçoive certains ou non, une chose est sûre, il laissera sa trace dans l’histoire du cinéma.

Mommy ne vous rapprochera peut-être pas de votre mère, ne vous aidera peut-être pas dans votre vie professionnelle comme ce fut le cas pour certaines personnes. Mais il vous touchera, d’une manière ou d’une autre. Et c’est déjà beaucoup !

Marie- Lou Monnot

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3- extract 2

I LOVE YOU MOMMY

Primé à Cannes en tant que Prix du Jury, Xavier Dolan, jeune réalisateur Québecois, revient avec son deuxième film en 2014, après Tom à la Ferme (avril 2014). Mommy, que nous avons eu la chance de voir en présence de Xavier Dolan et l’acteur Antoine-Olivier Pilon, est le cinquième long métrage du jeune réalisateur de 25 ans. Toujours très bien reçu par les critiques et ce dès son premier film, J’ai Tué Ma Mère (2009), Xavier Dolan retrouve ici deux de ses actrices fétiches – si l’on peut dire : Suzanne Clément et Anne Dorval, déjà apparues dans Laurence Anyways (2012) et J’ai Tué Ma Mère.

Maitriser son histoire tel un chef d’orchestre.

On suit la vie de Diane Després, interprétée par Anne Dorval, dite Die, qui se retrouve soudainement en charge de son fils Steve, joué par Antoine-Olivier Pilon. Atteint de Trouble du Déficit de l’Attention et Hyperactivité (TDAH), pris d’excès de violence, Steve a été renvoyé de son centre de rééducation. Veuve, seule face à ses problèmes financiers et familiaux, Diane doit faire face aux retrouvailles avec son fils et à leur nouvelle vie commune.
Mais ici ce n’est pas simplement un film sur comment gérer son fils atteint du TDAH, ce sont des instants de vie, la recherche d’un équilibre. La rencontre avec Kyla, leur voisine, interprétée par Suzanne Clément, permet la création d’un triangle sentimental, ce que l’on retrouve souvent dans les films de Dolan. On suit l’évolution de leurs relations, qui se troublent parfois, et les tensions quasiment toujours présentes. Chacune des deux femmes tente de gérer ses problèmes, et tous s’attachent les uns aux autres. Car ce film parle aussi de ça : l’attachement. On y voit Die qui retrouve son fils et son affection pour lui, et se fait une nouvelle amie, Kyla. Celle-ci s’attache à ses deux voisins, en se dévoilant peu, restant discrète. Et Steve bien que pris de crises d’énervement assez régulièrement, aime sa mère et s’attache à Kyla.

Ce film nous permet de vivre quelques instants de grâce, un peu hors du temps, comme cette scène où Steve semble redécouvrir la vie et le monde, en roulant sur son longboard dans la rue, et chantant du rap. C’est en partie avec cette scène que l’on comprend l’importance de la musique dans ce film. Une grande partie des chansons utilisées pour Mommy sont des chansons très connues, comme White Flag de Dido ou Wonderwall d’Oasis. Comme nous l’a expliqué Xavier Dolan lors de l’avant-première, les musiques ne sont jamais « une contradiction avec l’univers des personnages ». En effet, presque chaque chanson est interne au film, dans le film, comme si les personnages avaient eux-mêmes choisi leur propre bande-son. On remarque une exception principale à cela : c’est la chanson finale, Born To Die de Lana Del Rey, qui vient brusquement se superposer à la scène et accompagner le générique. Pour le jeune réalisateur, ces chansons jouées dans le film permettent aux personnages de paraître « en maitrise de leur histoire, en contrôle de leur destin ». On pourrait donc voir cette chanson finale comme la perte de contrôle, de maitrise, des personnages. La musique est également là pour réunir les personnages et c’est ce que l’on voit notamment lors du premier repas du trio. Steve lance la chanson On ne change pas de Céline Dion et les trois amis finissent par danser et se laisser aller sur la musique. On voit dans cette scène la première union des trois personnages réunis ensemble pour s’oublier en dansant dans cette cuisine.

« Filmer les explosions »

2- extract 1

Mommy est un film qui prend aux tripes, on passe par toutes les émotions. Le film alterne des moments assez calmes, beaux (la scène du longboard citée plus haut), d’autres très drôles mais aussi régulièrement des scènes violentes, qui mettent assez mal à l’aise. Les scènes de disputes apparaissent comme des joutes verbales, où les insultes fusent et les objets se brisent. Et c’est cet aspect brut, vif, qui rend ce film d’autant plus prenant. C’est une explosion à répétition dans le trio de personnages, et c’est d’ailleurs ce que cherche Xavier Dolan : « J’aime filmer les explosions. » dit-il lors de l’avant-première. Il nous parle de ces personnages « très contrastés, très intenses » qui l’intéressent beaucoup plus en tant que réalisateur, et qui nous touchent plus en tant que spectateur.
Mais tout cela ne serait rien sans le superbe jeu des acteurs. Antoine-Olivier Pilon est tellement pris dans son rôle d’adolescent colérique, violent, ingérable, qu’on se met à la place de sa mère et on ressent tout l’énervement et parfois le malaise qu’il engendre. Anne Dorval, dans son rôle de mère très vulgaire, ultra-apprêtée en permanence, est géniale. Mais celle qui impressionne le plus est Suzanne Clément. Le rôle de Kyla est discret, réservé, empli de bégaiement, mais Suzanne Clément l’interprète à merveille et trouve une sorte de force de présence face à la caméra, ce qui donne toute l’importance de son rôle.
Le choix de filmer en 1:1 (format carré) permet d’autant plus de centrer l’attention du spectateur sur les personnages, leurs émotions et leurs actions apparaissent plus brutes, directes, en plein cœur de l’image. Pour Xavier Dolan, ce format permet d’être « extrêmement humain, extrêmement simple, épuré ». On trouve cependant quelques scènes où le cadre s’agrandit et l’on retrouve un format habituel. En tant que spectateur, on ne fait pas forcement attention à ce changement tout de suite, tellement on est pris au cœur de l’histoire. Mais une scène met ce changement particulièrement en avant, lorsque Steve ouvre le cadre avec ses deux mains en fixant la caméra. Ce jeu de format nous permet d’être au cœur du film et d’y voir les événements d’une manière vive, prenante.

Xavier Dolan nous signe encore une fois un film magnifique, toujours très esthétique. On espère revoir le jeune réalisateur québecois, et ses acteurs, très rapidement et toujours aussi grandiose.

Eléonore Arnould

Une pensée sur “Mommy de Xavier Dolan, 2 critiques pour le prix d’une en hommage aux mamans…

  • 10 octobre 2014 à 18 h 49 min
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    C’est sympa ce double point de vue

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