Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, le coup de cœur de Solène pour la poésie de la fraternité

Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran est un roman du nouvelliste, dramaturge et romancier Eric-Emmanuel Schmitt, publié en 2001. Il fait partie du cycle de l’invisible avec Milarepa, Oscar et la Dame rose, L’Enfant de Noé, Le Sumo qui ne pouvait pas grossir et Les Dix Enfants que madame Ming n’a jamais eus. Il raconte l’histoire de Moïse, une jeune garçon de quatorze ans habitant un quartier juif, qui rencontre Monsieur Ibrahim, « l’arabe du coin ».

Une amitié qui émerge

Moïse est un garçon assez solitaire, assez curieux et qui grandit confortablement avec les conventions et les idées reçues. Une des premières choses qu’il raconte, puisqu’il est le narrateur de l’histoire, c’est qu’il veut aller aux putes pour devenir un homme. Sûrement quelque chose qu’il a du entendre autour de lui. Il ne semble pas avoir un environnement très favorable à sa croissance puisque son père rentre très tard et le compare sans cesse à son frère Popol qu’il n’a jamais connu. Climat peu chaleureux pour un jeune garçon à l’âge des grandes découvertes. Il doit faire le repas pour son père tous les soirs, repas qu’il va chercher chez Monsieur Ibrahim. C’est le vieil épicier du coin, situation dont il profite pour le voler puisque, comme il l’a déjà entendu, « après tout, c’est qu’un arabe ». Mais justement, si « Momo », comme tout le monde l’appelle, va pouvoir apprendre des choses et devenir un homme c’est parce qu’il va comprendre que l’on ne peut pas mettre Monsieur Ibrahim dans une case.

Un roman d’apprentissage

Monsieur Ibrahim commence vraiment à fasciner Momo lorsque Brigitte Bardot passe dans le coin et vient acheter un article à l’épicier qu’il fait payer au prix fort. Epaté par son culot, Momo commence à lui poser des questions. Il apprend que son interlocuteur n’est pas arabe mais vient du Croissant d’Or, qu’il n’est pas forcément riche. Mais il a beaucoup à enseigner à notre jeune narrateur. Tout d’abord, que le sourire est un argument puissant dans toutes les situations. Moïse va alors se mettre à sourire et va ainsi passer outre toutes les réprimandes, interdictions et punitions auxquelles il avait droit avant, avec son père, à l’école, avec les putes.

Monsieur Ibrahim est d’un recours inestimable pour le jeune garçon qui est soudainement frappé par un nouveau désordre familial. Même si Momo ne lui dit rien, il va comprendre et va lui proposer plein d’activités pour que l’adolescent découvre la beauté du monde, mais toujours en simplicité. Monsieur Ibrahim n’a pas besoin d’en faire des tonnes puisque Momo a juste besoin d’attention et d’émerveillement hors du quotidien lassant que lui a infligé son père. Avec son nouvel ami, il n’est plus seul et peut grandir en lui posant des questions, sans être jugé ni rabaissé.

La poésie de la fraternité

Ce roman développe avec simplicité l’importance de la tolérance et la fraternité. En moins de cent pages on voit ce jeune garçon juif qui n’a jamais vu autre chose, rencontrer celui que personne n’estimait, le seul de son quartier à être musulman. Mais finalement, ce personnage lui permet de prendre conscience de la vanité de sa foi qui n’était là que comme identité communautariste et non comme conviction et promesse d’amour. Son véritable guide spirituel se trouve alors être cet arabe du coin que personne n’a appris à connaître. Celui-ci va lui apprendre très simplement comment aller au-delà des préjugés, il va lui montrer que la différence entre juif et musulman n’est pas si grande, que le bonheur peut être partagé entre tous les êtres de toutes les religions. Momo va découvrir le soufisme, la beauté de la foi qu’on ressent au fond de soi, parce qu’on est heureux et qu’elle nous permet de voir le monde plus grand, plus grand que les nationalités et religions.

Monsieur Ibrahim va faire voyager Momo dans tous les sens du terme, en gardant la réalité de l’épicerie comme référent mais en parlant d’universalité. Moïse va donner alors une nouvelle définition plus ouverte aux choses, pour donner plus de sens à son quotidien : « Arabe, ça veut dire ouvert la nuit et le dimanche, dans l’épicerie ».

Ce roman est très fluide, très juste. On part d’une réalité très banale pour en nettoyer tous le préjugés mais sans aucune condescendance. On pourrait dire que c’est le roman miroir de La vie devant soi de Romain Gary, alors si vous le connaissez et l’avez aimé ou bien êtes curieux de cette belle leçon d’altruisme lisez Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran !

Solène Lacroix

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