Mr. Holmes, quelle mémoire pour Sherlock ?!

Le 4 mai 2016 est sorti sur nos écrans Mr. Holmes de Bill Condon, adaptation du roman de Micth Cullin Les abeilles de Monsieur Holmes. À l’heure où la série télévisée Sherlock avec Benedict Cumberbatch bat des records d’audience et où Robert Downey Jr triomphe au cinéma dans Sherlock Holmes, en campant deux détectives brillantissimes et au sommet de leur art, le réalisateur américain préfère laisser de côté le personnage intrépide de Sir Arthur Conan Doyle pour s’intéresser plus intimement à celui vieillissant de Mitch Cullin.

La Mémoire de Sherlock Holmes questionnée

sherlock-holmes-movie-poster-competitionversionL’intrigue principale de ce film repose sur la mémoire liée à Sherlock Holmes. Si le film nous montre un Holmes en proie à la maladie d’Alzheimer et donc en perpétuelle lutte avec sa mémoire, il n’en oublie pas pour autant de se demander qui est Sherlock ?

Le personnage créé par Sir Arthur Conan Doyle est évidemment fictif, mais si ce personnage avait existé, que penserait-il de lui en tant que héros de roman ? Exit donc Sir Arthur Conan Doyle, place ici au docteur John Watson, le célèbre associé du détective considéré comme celui qui a écrit les aventures de son ami, en les enjolivant quelque peu. Tout part du postulat que Sherlock Holmes a existé et qu’il est victime de sa notoriété romanesque. Il ne se reconnait pas dans les descriptions faites par Watson et surtout il ne parvient plus à se souvenir de quelle enquête est vraie et de si elles se sont réellement passées comme l’écrit Watson. En construisant un personnage rejetant son personnage fictif, le roman, et donc le film, nous questionne sur ce que représente l’image de Sherlock Holmes pour nous, pour le public qui ne réussit plus à distinguer le héros de roman de l’homme. Si effectivement, le Holmes joué par un Ian McKellen au sommet de son art, rejette le personnage créé par son ami, on peut se demander également si sa perte de mémoire actuelle ne lui fait pas oublier qui il était…

Si ces questions traversent le film en arrière plan, l’histoire ne parle pas tant de Sherlock Holmes, le détective, mais bien de Sherlock Holmes, le malade, l’homme de 93 ans, affaibli par le poids des années et atteint de la pire des maladies possibles pour un enquêteur comme lui, Alzheimer.

Mr.-HolmesUn film sur la vieillesse et la passation de témoin

Si le film s’appelle Mr. Holmes et non Sherlock Holmes c’est que la vie du détective n’est pas au centre du film. Au final, le personnage n’est qu’un prétexte pour parler d’un sujet bien plus important, la vieillesse et la maladie. Pour les besoins du film, Ian McKellen a été vieilli et est criant de vérité dans le rôle de ce vieil homme de 93 ans. Ce long-métrage a la délicatesse de ne pas jouer sur le pathétique ou sur la mièvrerie ; tout est subtilement abordé et présenté, ce qui explique pourquoi certains pourraient reprocher une certaine longueur au film. Bill Condon aborde de nombreuses thématiques dans son film sans trop en faire à chaque fois : la vieillesse donc, la mort liée à la perte de tous ses proches, l’espoir fou de pouvoir lutter contre la maladie d’Alzheimer, l’apiculture qui reste la dernière et unique passion du vieux détective aigri et enfin la thématique de la transmission, de la passation de témoin.

mr-holmesLa relève assurée ?

Dans l’obscurité de sa vie fade et sans but, une lueur d’espoir apparaît grâce au fils de sa bonne, Roger, qui est fasciné par ce héros. Intelligent et vif d’esprit, le jeune garçon réussit à attirer l’attention du vieillard qui décide de l’initier à l’apiculture et de lui faire lire l’histoire qu’il est en train d’écrire… Le drame de Mr. Holmes réside dans le fait qu’il a oublié comment s’est résolue sa dernière affaire. Avant de mourir et de perdre complètement la mémoire, il souhaite se souvenir de ce qui l’a amené à prendre sa retraite. Seul, et en proie à la maladie, il décide d’écrire cette histoire afin de raconter sa version des faits et non pas celle édulcorée de Watson… Roger découvre son entreprise et essaie de l’aider dans sa tâche et a retrouver des indices pour résoudre cette ultime énigme. Face à ses souvenirs, et grâce à l’oreille attentive et perspicace de son jeune ami, il parvient à faire le tri dans ses souvenirs et à regagner une certaine humanité. Tout en transmettant sa science de l’enquête à Roger, ce dernier lui fait partager son humanité et son affection, chose qu’il n’avait manifestement jamais ressentie auparavant. Bien que ce soit à la fin de sa vie, l’aigri vieillard découvre paix, humanité et bonté. Et c’est probablement cette image qu’il désire transmettre aux générations futures et à son nouvel apprenti…

Mitch Culin et Bill Condon traitent de la vieillesse tout en rendant un dernier hommage au fameux détective Sherlock Holmes qui réussira à résoudre cette incroyable énigme malgré sa mémoire défaillante, sous les yeux admiratifs et sagaces d’un Roger qui semble avoir toutes les cartes en mains pour devenir, lui aussi, un futur grand détective !

Jérémy Engler

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