Mr. Kaplan pour le festival du cinéma Ibérique et latino-américains Road-movie du quotidien à la sauce Woody Allen

Après des drames forts comme El regreso, le festival du cinéma ibérique et latino-américains du cinéma le Zola de Villeurbanne nous propose cette fois-ci une comédie à l’humour piquant, même si celle-ci n’oublie pas de faire référence à un fait historique, en l’occurrence la seconde guerre mondiale. Retour sur une comédie sympathique qui amuse beaucoup malgré ces quelques longueurs.

Entre tendresse et humour, entre W. Allen et W. Anderson

Un vieux, avance sur le plongeoir d’une piscine. En contre-bas, ses amis et sa femme le supplient de revenir sur la terre ferme. Il saute, et c’est la catastrophe : il ne sait pas nager. Ainsi commence Mr. Kaplan d’Alvaro Brechner. Le portrait de ce personnage nous est alors dressé : cynique, pince-sans rire et maladroit, l’empathie est d’ores et déjà installée. Immédiatement, le spectateur s’attache à ce Mr. Kaplan si charismatique. Il nous emporte tout le long du film car, à la suite de l’aventure de la piscine, bien d’autres vont suivre, dont un but ultime : sa quête de justice. Le pitch est en lui-même drôle, même si à la fois infiniment cruel : démasquer un homme que le protagoniste principal pense être un ancien Nazi. S’en suit alors nombres de péripéties, telle une véritable enquête policière. Accompagné de son fidèle acolyte, il va tout faire pour que la justice puisse enfin être rendue, pour lui, et pour sa communauté juive. Les situations, toutes aussi comiques les unes que les autres, font inévitablement penser à l’humour de Woody Allen et l’absurdité de ces premiers films. Jacobo Kaplan lui même est clairement un double de notre ami à lunettes, tout aussi râleur et gentiment fourbe. En compagnie de cet humour piquant, la tendresse aussi s’installe. Ce petit vieux raconte un quotidien pas toujours évident. La représentation est juste, simple, et par conséquent touchante. Cette volonté désespérée de trouver à la fois une occupation et à la fois, plus profondément, justice pour des actes qui ont marqué la totalité de sa vie. Un road-movie du quotidien se crée alors, entre routine et petites surprises, l’histoire défile sous nos yeux. Entre le cinéma d’Allen et celui de Wes Anderson, Mr. Kaplan a le mérite d’avoir de très bonnes références, et de nous faire croire à cette historie totalement loufoque.

Et entre longueurs et légèreté
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Car hélas, n’est pas Woody Allen ou Wes Anderson qui veut. Si le spectateur sourit à chaque blague, rit aussi souvent d’elles, il vient un moment où il s’essouffle. Mr. Kaplan est drôle, inévitablement. Mais il souffre quelque peu de la comparaison avec ses pairs et ne se démarque pas toujours malgré ses atouts déjà évoqués précédemment. Certaines scènes tirent également sur la longueur, et on s’ennuie quelques fois hélas un peu. L’action et la quête unique agissent peut-être en cela, l’histoire manque légèrement de rebondissements, et le film par conséquent de rythme, particulièrement à partir de la deuxième moitié. La trame narrative est donc particulièrement originale. Sa mise en œuvre, avec l’utilisation de l’humour, paraît également judicieuse. Néanmoins, l’idée de la recherche des criminels de guerre, et de la confrontation entre un rescapé d’un génocide et un de ses détracteurs aurait mériter d’être un peu plus développé. On aurait eu envie que cette idée très riche soit plus approfondie, tout comme les conséquences que cela a, aussi bien sur le plan personnel qu’universel. Cet aspect dramatique assumé aurai sans doute donné une valeur supplémentaire à ce Mr. Kaplan sans pour autant, bien au contraire, rendre dérisoire l’utilisation de l’humour.

Mr. Kaplan reste donc un film sympathique, avec lequel on passe un moment agréable, entre tendresse et humour. Si son léger manque d’approfondissement et de rythme se fait inévitablement ressentir, la qualité de ses dialogues et de son scénario en font une bonne surprise malgré tout. Le festival du cinéma ibérique et latino-américains continue jusqu’à mercredi, l’occasion de découvrir souvent de manière inédite des petits bijoux encore malheureusement méconnus. Et tout cela se passe au cinéma le Zola de Villeurbanne.

Marie-Lou Monnot

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