Mr Turner, un peintre atypique

En ce mois de décembre, si propice à aller se réfugier dans la chaleur des salles obscures, sort un nouveau biopic cinématographique sur un des grands génies de l’Humanité. Les films Britanniques nous offrent ainsi 2h30 consacrées à J.M.W Turner (1775-1851) sans doute le peintre le plus connu du XIXeme siècle au Royaume Uni. Mike Leigh, un réalisateur Britannique né en 1943, originaire de la ville de Manchester, se consacre au théâtre, au cinéma, mais aussi à la télévision. Durant sa carrière Mike Leigh a reçu de nombreux prix, dont une Palme d’Or à Cannes, deux BAFTA au Royaume Uni, un Lion D’or à Venise et la Mention spéciale du Jury œcuménique au Festival de Cannes. Il a également été nominé 7 fois aux Oscars, une fois aux Césars et plusieurs fois à Cannes. Le cinéma de ce réalisateur ne manque jamais d’humour, mais s’attache à mettre en scène les drames intimes de personnes ordinaires. C’est ce qu’il fait aussi dans Mr Turner en montrant l’homme derrière le génie.

Le chemin d’une œuvre

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Mike Leigh ne traite pas de l’ensemble de la vie du peintre mais des 25 dernières années de sa vie. A cette époque J.M.W Turner est déjà un peintre reconnu, mais un peu à l’écart de la vie artistique de son époque. S’il est exposé à l’académie des arts, c’est souvent dans l’antichambre car on lui préfère parfois des peintres plus classiques comme Constable. Pourtant ce peintre qui peint surtout la lumière et annonce déjà le mouvement impressionniste a su trouver un public et fréquente à la fois la bourgeoise et l’aristocratie de son époque.
Le film nous présente un personnage bien loin d’une intelligentsia raffinée et distinguée. En effet Mr Turner s’exprime souvent par de simples grognements et reste souvent à l’écart. Il mène une vie simple avec son père qui est aussi son assistant et une gouvernante avec laquelle il entretient une relation ambiguë, mêlée de négligence et parfois d’exploitation sexuelle. La mort du père de Turner, environ à la moitié du film affecte profondément le peintre.
Ce film met également en avant l’inspiration que Mr Turner trouva lors de ses nombreux voyages, notamment à Margate, dans le Kent, une petite ville au bord de la mer. Lors de ses voyages, il rencontre Mrs Booth, propriétaire d’une pension de famille, avec qui il va finir ses jours incognito à Chelsea.
Ce long-métrage se permet quelque chose de très appréciable en nous montrant régulièrement le tableau de Turner qui conclut un voyage ou une expérience de Mr Turner que nous avons pu voir dans le film. Certains d’entre eux sont parmi les plus célèbres comme Pluie, Vapeur et Vitesse – Le Grand Chemin de Fer de l’Ouest ou encore Le Dernier Voyage du Téméraire . Une scène du film est ainsi particulièrement impressionnante, c’est quand Turner se fait attaché au mat d’un navire en pleine tempête pour pouvoir ensuite peindre une tempête en mer.
Ce film a un tempo assez lent, ce qui pourrait en décourager certains car il faut être patient pour pouvoir le savourer. Mais la récompense de cette patience est une œuvre bien filmée, où les jeux de lumières rappellent la peinture et mettent en avant des personnages vraiment attachants.

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Timothy Spall: Impressionnant

Malgré 10 nominations au Festival de Cannes de 2014, il ne repart qu’avec le prix de la meilleure interprétation masculine pour l’acteur Timothy Spall qui est d’ailleurs nominé pour l’European Film Award du Meilleur acteur qui se tiendra au mois de décembre. Et croyez-moi c’est mérité !
Timothy Spall, né le 27 février 1957, est un acteur anglais originaire de la ville de Londres. Avant tout passionné pour le théâtre il y commence sa carrière professionnelle à l’âge de 21 ans. Le grand public le connaît surtout pour ses nombreux rôles secondaires dans de grandes productions. Ainsi il joue Peter Pettigrew dans Harry Potter (films 3-8), Winston Churchill dans le Discours d’un roi, le bailli dans Sweeney Todd, mais il a aussi joué aux côtés de Tom Cruise dans le Dernier samouraï ou encore de Pierce Brosnan dans Duo d’escroc. Dans ce film l’acteur retrouve un premier rôle, mais aussi une collaboration avec Mike Leigh, son « réalisateur fétiche » avec qui il a déjà fait quatre films auparavant. Il joue le rôle du propriétaire d’un magasin dans Life Is Sweet, celui de Maurice, le photographe spécialisé dans les mariages dans Secrets et mensonges, qui remporte la palme d’or à Cannes en 1996, et celui d’un apprenti chanteur dans Topsy-Turvy. En 2002, Timothy et Mike se retrouvent sur All or Nothing, il y joue alors un chauffeur de taxi dont la vie de couple se désagrège.
Dans Mr Turner, Timothy Spall livre une prestation brillante en incarnant vraiment de manière remarquable son personnage. Il joue un Mr Turner touchant et profond, réussissant à nous montrer l’homme derrière le peintre. En cela il est très bien épaulé par un casting d’acteurs, pas forcément connus du grand public, mais dont le travail est remarquable et renforce la qualité du film.

Un biopic intéressant qui se concentre sur l’essentiel : la vie d’un artiste qui se construit derrière son oeuvre… ou l’inverse ?

Jeremy Young

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