Ms Marvel –Tome 3, coup de foudre et coup de génie ?

Ms Marvel est une bande dessinée (un comics plus précisément), parue pour la première fois dans cette série en 2014 aux Etats-Unis, et achevée en France avec le tome 3 le 6 avril 2016. Ses auteurs sont Gwendolyn Willow Wilson, et ses dessinateurs (pour le tome 3) sont Adrian Alphonsa et Takeshi Miyazawa. Il est important de noter que Gwendolyn Willow Wilson est une américaine convertie à l’islam ; en effet, en 2013, à l’annonce de cette série, a régné un souffle de polémique. Kamala Khan, jeune fille de 16 ans qui endosse le costume de Ms Marvel, est pour l’éditeur la première héroïne américaine de confession musulmane. Le personnage semblait être fait pour un coup de com’, mais il ne s’est pas arrêté là.

©Wilson/Alphonsa/Miyazawa
©Wilson/Alphonsa/Miyazawa

Dans l’épisode précédent

Avant de parler du tome 3, il faudrait sûrement évoquer rapidement ce qui a fait le succès des deux premiers tomes. Dans le premier, Métamorphose, Kamala Khan se découvre des pouvoirs en plongeant dans une brume étrange. Elle devient dès lors capable de se transformer à l’envie : elle peut modifier le volume de n’importe quelle partie de son corps, changer de forme ou de visage, devenir élastique… Cette polymorphie n’est cependant qu’un enjeu parmi d’autres pour Kamala : elle doit jongler avec ses nouvelles responsabilités de protectrice du New Jersey, ses études au lycée, tout en obéissant aux sermons de sa famille musulmane pratiquante, et en se soumettant à ses interdits. Si les premières issues (les comics sont généralement édités périodiquement en publications d’une vingtaine de pages nommées issues) forcent le trait des contraintes religieuses, et sont à deux doigts du cliché (amie voilée, héroïne qui savoure le fumet d’un hot-dog interdit…), l’intérêt se dégage rapidement de sa chrysalide de communication. Kamala Khan n’est plus un stéréotype religieux : elle est avant tout une adolescente, d’une génération qui a du mal à appréhender son monde, la génération Y.

©Wilson/Alphonsa/Wyatt
©Wilson/Alphonsa/Wyatt

C’est d’ailleurs le titre du tome 2 : Génération Y – ou en anglais Generation why – et pour cause : ici, c’est la question de la place qu’occupe cette génération qui est abordée. On va au-delà de la métamorphose : l’inventeur, grand-méchant de cette aventure, capture des adolescents, et extrait leur énergie pour alimenter des machines, les jeunes gens ne pouvant pas aider la société autrement. Il y a un double rejet de la génération Y : un rejet par les autres générations, qui la considèrent comme plus nuisible qu’utile, et un rejet de la génération Y envers elle-même, qui se sent coupable de la déchéance actuelle du monde. Jusqu’ici, les thématiques des supers héros et de la religion n’étaient que des prétextes pour aborder les questions de l’identité de chacun, et de la place que l’on devrait occuper. Quid du tome 3 ?

Un trop long coup de cœur

Dans le Tome 3, Kamala Khan se trouve un nouvel antagoniste : l’amour. Et cela jure avec l’intelligence de l’écriture jusque-là ; quand une intrigue amoureuse était évoquée et construite dans les deux précédents tomes, elle devient ici sujet de deux issues, soit environ un tiers du tome.

Rapidement, un autre personnage est introduit dans l’histoire, Kamran, fils d’immigrés pakistanais, occupant le rôle cliché du « gendre idéal en apparence mais qui en fait n’est pas du bon côté ». Dans l’issue suivante, la question du pouvoir, de son recours pour faire le bien et des risques inhérents à son utilisation est superficiellement abordée, pour rapidement se focaliser sur le personnage fraîchement introduit. En effet, il s’avère rapidement que Kamran est un inhuman, une personne qui a aussi des pouvoirs, comme Kamala, et occupera le rôle d’antagoniste final, dans une histoire qui ne semble pas avoir de fin. Et c’est là le problème majeur de ce tome.

Un trop bref coup de foudre

Rapidement, une véritable menace – la seule qui puisse vraiment tuer Kamala – se montrera. La menace éditoriale. Pour résumer, Kamala Khan ne semble pas être arrivée au bon moment : la maison mère Marvel a décidé de redémarrer son univers. Et ordonnera la fin du monde. Des univers Marvel. Et des séries en cours.

Ainsi, Kamala devra affronter une nouvelle menace : la fin du monde.