Multipliez les rencontres !

Du 7 au 14 juillet 2019, à 22h, le Festival In d’Avignon ouvrait La Cour Minérale de l’Université à Salia Sanou qui s’offrait trois belles rencontres avec la danseuse Germaine Acogny, l’autrice Nacy Huston et le musicien et compositeur David Babin (Babx). Avec Multiple-s, nous devenons les témoins de la transmission et de l’échange qui s’effectuent entre lui et eux.

Une leçon de danse

Salia Sanou propose un spectacle en trois parties autour de ces rencontres culturelles et artistiques. Tout commence avec une initiation à la danse par Germaine Acogny. Sans paroles ou presque, elle effectue des mouvements que lui tente de reproduire, elle lui apprend la grâce du déplacement, l’élégance liée à chaque membre. On assiste à une leçon de danse très poétique parfois sans musique, elle montre que le geste, la complicité, la transmission est ce qui rapproche les Hommes et nous permet de communiquer.

© Christophe Reynaud de Lage

Une leçon d’Histoire

À Germaine Acogny, succède Nancy Huston. L’autrice québécoise apparaît pour lire des lettres et intellectualiser les mouvements du corps. Alors que lui continue de danser, elle met ses mouvements en relation avec des grands noms du passé comme Stendhal, Verlaine, etc., avec des événements tragiques récent et des monuments européens. Ces listes sont rythmées par des musiques de styles très différents, on va du jazz à la musique africaine en passant par le classique. Ces musiques évoquent l’espoir et le désespoir. Alliées aux énumérations de Nancy Huston, elles nous font comprendre la richesse et la diversité des peuples, le tout nous conduisant à l’harmonie entre les Hommes. Le rond sur lequel il danse et qui tourne évoque la Terre et l’union de tous ces peuples grâce à l’art.

Une leçon de musique

Après la danseuse et l’autrice, arrive le musicien, David Babin, alias Babx. Si ce dernier duo n’était pas prévu, il n’en demeure pas moins très intéressant. Cette fois-ci, Salia Sanou apprend à jouer du piano sur un piano présent depuis le début sur scène mais jamais utilisé auparavant. Babx ayant composé lui-même les musiques des deux duos précédents, c’est dommage qu’il ne les joue pas en live, mais je suppose que s’il n’entre pas en scène avant, c’est pour ne pas le mélanger aux deux autres duos. Il est d’ailleurs intéressant que Salia Sanou soit celui qui bénéficie de ces trois enseignements mais que ces formateurs ont ne puissent bénéficier des savoirs des autres. Pour un spectacle qui prône la communication et l’échange entre les peuples, c’est dommage que les quatre artistes n’interagissent que deux par deux et toujours avec Salia Sanou. Le croisement des univers aurait pu être intéressant, même si je suppose que cette transmission se fait au contact du chorégraphe qui ayant assimilé les enseignements des autres peut les transmettre.

© Christophe Reynaud de Lage

Cet échange musical va jusqu’au partage du piano puisqu’ils jouent à quatre mains dans un moment de réelle communion. La musique prend tantôt des allures de déclaration d’amour qui rapproche les deux artistes et tantôt des élans mélancoliques qui les séparent, Salia Sanou marchant alors sans but au milieu du vaste plateau. Ces déplacements l’amènent à des interactions avec deux murs de néons qui à part nous aveugler par moment, selon l’angle vers lequel il les déplace, ont une fonction symbolique un peu limitée. Si mettre des murs à briser et dépasser peut avoir du sens, il n’était pas nécessaire d’y ajouter des néons.

Cette performance multiplie les rencontres créant ainsi un être imprégné de tous ces apprentissages. Après ces trois rencontres, Salia Sanou, qui incarne l’Homme, devient le résultat de ces influences, faisant de lui un vrai citoyen du monde, l’art étant multiple, il peut aider à développer les rapports entre les peuples et accompagnement un développement intellectuel et personnel. Cet hommage aux arts et leurs transmission aurait peut-être mérité un véritable temps d’échange et de partage avec le public ou a minima entre tous les artistes qui auraient pu se réunir dans une scène finale d’envergure.

Jérémy Engler

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