Le musée d’art contemporain de Lyon présente sa collection mystérieuse à travers une exposition hétéroclite

Du 30 septembre 2016 au 15 janvier 2017, le Musée d’art contemporain de Lyon expose les œuvres de sa collection dans une exposition appelée Le bonheur de deviner peu à peu. Il s’agit en fait d’expositions dans l’exposition, une manière d’expliquer le rassemblement de ces œuvres si distinctes sous une même appellation.

Le macLYON : le musée des expositions temporaires

Le musée d’art contemporain propose, deux fois par année, des expositions temporaires et participe tous les deux ans à la Biennale d’art contemporain de Lyon. On a beau chercher, on ne trouvera pas d’espace « collection permanente » comme c’est traditionnellement le cas dans les musées de type beaux-arts. Et pourtant, le macLYON possède effectivement une collection riche de plus de 1300 œuvres. Régulièrement, le musée acquiert de nouvelles œuvres, notamment durant les Biennales ou bien suite à des expositions temporaires. Par exemple, le musée a intégré à sa collection le Freight Train de Yoko Ono, suite à l’exposition de cette dernière durant l’été 2016. Il est aujourd’hui exposé à quelques mètres du musée, du côté du Parc de la Tête d’Or. Ce n’est pas la seule œuvre exposée aux alentours du musée. Il est également possible d’admirer les travaux de Ben, Buckminster Fuller, Robert Combas, Erwin Wurm et d’autres. Même le hall d’entrée du musée expose quelques œuvres d’art de la collection. Il y a donc bel et bien une sorte de collection permanente exposée, bien qu’elle ne prenne pas la forme habituelle qu’on lui connaît. Cela dit, le mystère reste entier pour une grande partie des 1300 œuvres qui ont migré récemment vers une nouvelle réserve à Jonage. Pour les plus curieux, le macLYON nous montre son inventaire sur la plateforme navigart.

Infographie © MAC
Infographie © MAC

Des expositions dans l’exposition

Au sein de l’exposition Le bonheur de deviner peu à peu se cachent en réalité deux autres expositions. Tout d’abord, il y a Mel Ramos : Beautés familières qui présente le travail pop de l’artiste. Une salle entière est dédiée aux œuvres de l’ancienne Collection Hilger, récemment entrée dans la collection du macLYON. Les œuvres léchées présentent une série de femmes nues, à la pose parfois suggestive, associées à des objets de la consommation de masse. Pourquoi parler de Beautés familières ? Et bien parce que ces femmes sont en fait des actrices ou des personnalités connues de tous. On peut aisément reconnaître Laetitia Casta, associée à un cigare Davidoff ou encore Scarlett Johansson, Cameron Diaz et bien entendu l’emblématique Marilyn Monroe. Certaines associations sont assez loufoques, à l’instar du fameux Hot Dog sur lequel est allongée Claudia Schiffer. Ce portrait n’a pas tellement plu à cette dernière qui a tenté de se le procurer dans le but de le détruire. Les œuvres de Mel Ramos font débat depuis toujours et là réside probablement la force de cet artiste. Les visiteurs de l’exposition s’amusent de ces peintures, s’en étonnent ou s’en insurgent, mais ce qui est sûr c’est qu’elles ne laissent personne indifférent.

Mel Ramos PHOTO © Laetitia Sordet
Mel Ramos
PHOTO © Laetitia Sordet

La seconde et dernière exposition dans l’exposition, c’est Eboulement : un envahissement par Jean-Luc Parant. Depuis 1991, année où la première version de l’œuvre est entrée dans la collection, l’artiste a pour ambition d’envahir le musée de ses « boules ». Ces boules font référence à la dimension sphérique de la Terre, elles sont également douées de parole et sont là pour transmettre un message. Parant a passé un contrat moral avec le musée, l’œuvre demeurera inachevée jusqu’à la mort de l’artiste ou de celle du musée. Dans ce laps de temps, il continuera d’augmenter l’œuvre régulièrement en ajoutant toujours plus de boules à la collection du macLYON. En 1995, 2004 et 2016, le musée a reçu de nouvelles pièces et bien d’autres étapes sont prévues. Pour le moment, Parant n’envahit qu’une seule pièce du musée, mais parviendra-t-il un jour à atteindre son objectif et à envahir le musée tout entier ?

Jean-Luc Parant PHOTO © Laetitia Sordet
Jean-Luc Parant
PHOTO © Laetitia Sordet

Des œuvres hétéroclites qui nous emmènent d’un univers à l’autre

Outre les travaux de Mel Ramos et Jean-Luc Parant, cinq autres œuvres de cinq artistes sont présentées dans Le bonheur de deviner peu à peu. En entrant, on découvre la salle de Mel Ramos puis, on se dirige vers la salle dédiée à l’œuvre monumentale d’Ilya Kabakov, Le Navire. C’est une œuvre politique qui présente deux aspects de la vie soviétique en pleine période communiste. Il y a à la fois la vision idéalisée du système soviétique et des images du quotidien réel et tourmenté. Ensuite, dans le parcours de l’exposition on a le choix entre deux univers totalement opposés.

Le premier est celui de Cai Guo-Qiang avec son Cultural Melting Bath. L’œuvre est conçue comme un dialogue entre sa culture chinoise natale et sa culture occidentale d’adoption. Placé au centre de la pièce, un jacuzzi dans lequel sont mélangées des herbes médicinales chinoises mêle justement ces deux cultures. À l’origine, les visiteurs de l’exposition étaient invités à prendre un bain commun, tout comme dans la pratique traditionnelle japonaise. Or, en France les lois ne permettent pas une telle chose. Néanmoins, grâce aux drapés transparents qui entourent l’œuvre, on se retrouve totalement projetés dans un univers nouveau, zen, apaisant, hors du temps et de l’espace.

Cai Guo-Qiang PHOTO © Laetitia Sordet
Cai Guo-Qiang
PHOTO © Laetitia Sordet

La deuxième option de circulation de l’exposition nous mène vers l’œuvre d’Eduardo Basualdo, La Isla. Il s’agit d’une espèce de cabane noircie par le graphite qui l’enveloppe. À l’intérieur, on entre dans un espace exigu et inquiétant, sombre, où l’on perd tout repère. Tout comme pour l’œuvre de Cai Guo-Qiang, on ne peut pénétrer à l’intérieur qu’en petit groupe, ce qui renforce encore l’impression d’isolement et d’un univers parallèle.

Ensuite, on peut trouver un petit couloir entre deux salles où est exposé l’œuvre de Tavares Strachan Astronaut Jesus et Chalk Desk & Chair. Cet espace est vraiment le bémol de l’exposition. L’œuvre n’est pas tellement mise en valeur et on a vite fait de passer à côté. C’est dommage, car le travail de Strachan sur Astronaut Jesus est absolument éblouissant. On ne peut qu’admirer cette impressionnante composition en verre.

Enfin, la dernière œuvre du parcours se situe entre le deuxième et le troisième étage, dans les escaliers du musée. Il s’agit de Un peu de temps… Et vous ne me verrez plus… Encore un peu de temps… Et vous me verrez… d’ORLAN. L’œuvre présente les opération-performances de l’artiste qui cherche à dénoncer les violences faites au corps féminin.

Ce parcours artistique hétéroclite est à découvrir au Musée d’art contemporain de Lyon à travers l’exposition Le bonheur de deviner peu à peu jusqu’au 15 janvier 2017.

 

Laetitia Sordet

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