Un Mussolini vrai et drôle !

Le festival Off d’Avignon, comme son grand frère, est international, comme le prouvent les nombreuses pièces étrangères jouées dans leur langue originelle, présentées cet été. Cependant, certains comédiens font l’effort de jouer leur spectacle en français pour la première fois lors du festival comme Tom Corradini. Cet artiste italien ressuscite Benito Mussolini du 20 au 26 juillet 2017, à 19h, au Garage international dans son spectacle Gran Consiglio.

Une véritable introspection

D.R.
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Le 24 juillet 1943, Le Grand Conseil du Fascisme se réunit pour discuter de l’éviction de Benito Mussolini, ce dernier attend le jugement dans son atelier et en profite pour revenir sur sa vie et ses éléments marquants. Cette introspection commence par l’explication de son ascension au pouvoir, il nous livre les secrets d’un bon orateur, qui souhaite rallier les troupes à ses idées. Pour se faire, Tom Corradini reprend de nombreuses idées issues du livre de Gustave Le Bon, La psychologie des foules. Le comédien nous donne une leçon de politique et nous explique comment manipuler les foules – livre qui a dû passer dans les mains de tous nos politiciens. Puis on découvre les moments déterminants de la vie de Mussolini, la plupart tirés de ses Mémoires ou de ses biographes. 60% du spectacle est vrai et raconte la véritable histoire du dictateur, le reste étant laissé à l’imagination de l’auteur, comédien. Il s’inspire également de la correspondance entre Chruchill et Mussolini pour bâtir son spectacle qui oscille entre spectacle documentaire et one-man-show comique.

C’est le premier spectacle italien qui fait de Benito Mussolini son seul et unique personnage, c’est dire si le sujet est encore très marquant pour les Italiens, mais grâce au rire, on peut plus facilement aborder certaines vérités et surtout critiquer le Duce. La force de cette mise en scène est de montrer un dictateur lucide sur ces choix, lucide sur ses méfaits, lucide sur son implication et sa proximité avec Hitler, mais aussi très humain et burlesque.

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Un cours d’Histoire satirique

Ce spectacle est régulièrement joué dans les écoles et on le comprend, car il permet une entrée très visuelle dans la vie de Mussolini et le jeu du comédien dédramatise parfaitement la situation. On découvre un italien qui « aime sa mère et manger comme tout italien ». Les stéréotypes fusent et on passe du discours autoritaire à une décrédibilisation totale la seconde suivante. Son costume de militaire gradé et son air sévère et grave impressionnent et en cela, il réussit parfaitement à incarner le dictateur, mais son talent de clown permet de le ridiculiser. Si certaines blagues sont en-dessous de la ceinture, c’est souvent assez fin. La caricature prend très facilement, car tout ce qui fait de lui un dictateur terrifiant est rabaissé. Par exemple, un dictateur place la patrie au-dessus de tout et ne cesse de l’encenser, à tel point qu’après s’être détendu avec un verre de lait, il remercie la vache qui donne son lait pour la patrie… De même, chaque fois qu’il affirme son autorité ou rappelle les hauts-faits accomplis, s’en suit un dialogue avec Hitler qui le rabaisse et l’humilie pour le remettre à sa place. Chaque valorisation est suivie d’une humiliation hilarante, le but étant de critiquer le tyran tout en rappelant quel genre d’homme il était. On tombe régulièrement dans l’absurde avec la dérision dont fait preuve le Tom Corradini, notamment avec la correspondance avec Churchill qui semble être plus intéressé par des conseils gastronomiques que par la politique étrangère. La force de ce spectacle est de retracer la véritable vie de Mussolini, en montrant son côté humain, son côté dictateur, mais le tout sans porter de jugement réel. Le jugement est remplacé par la décrédibilisation de tout ce qu’il a pu dire avant, mais pas par la dénonciation. C’est ce qui fait de ce one-man-show un spectacle brillant et très intelligent !

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Il ne reste que six jours et il n’y a que quarante places dans la salle, mais n’hésitez pas à y aller, car vous apprendrez des choses sur le dictateur tout en étant mort de rire. Et n’est-ce pas là, la plus belle qualité d’un spectacle politique ? Nous instruire et nous divertir ?

 

Jérémy Engler

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