Need for Speed, le film : Adapter un jeu vidéo sur des courses de voitures au cinéma, est-ce pertinent ?

Comment rendre encore plus bankable une licence de jeux vidéos ? Certains utilisent des produits dérivés, d’autres font une multitude de suites qui n’apporte parfois pas grand chose au jeu d’origine. Electronics Arts qui développe les jeux Need for Speed utilise le second système avec 22 suites en 19 ans dont 3 n’en sont pas vraiment mais ressemblent plus à des spin-off.  A force d’exploiter une licence, on finit par en faire le tour et à moins convaincre son public. Même si Need for speed est une licence qui marche et qui sortira encore de nombreux titres, Electronics Arts a décidé de réinventer sa franchise en autorisant la réalisation d’un film sorti le 14 mars aux Etats-Unis et le 16 avril en France.

affiche nfs

Un héritage lourd à porter

Né en 1994, Need For Speed est un jeu sur les courses de voiture de rue. Le but du jeu est de gagner des courses sur route et d’échapper à la police. Au début, il y a peu de choix de voitures et de circuits, pour les débloquer, il faut donc gagner des courses. Jusque là c’est assez simple, tellement simple, que jusqu’au début des années 2000, le jeu peine à s’imposer comme la référence du jeu de voiture et souffre de la comparaison avec Gran Turismo, qui bien que proposant des courses sur circuits, offre la possibilité de conduire des voitures qui font plus rêver que celles de Need For Speed (NFS), d’autant plus que la prise en main de la voiture est plus instinctive. Ce qui finalement marquera la prise d’ascendance de NFS  sur son concurrent c’est la possibilité de modifier sa voiture en la « tunant » (apporter des modifications esthétiques et techniques). Cette particularité apparaît dans le 4ème opus Need For Speed High Stakes sorti en 1999 avant d’être surdéveloppée et améliorée dans le 7ème volet, Need For Speed Underground, sorti en 2002 et qui marquera enfin le triomphe de NFS dans les jeux de voiture devant un autre rival Burnout.
Il faut dire que la licence a été grandement aidée par la sortie de The Fast and the Furious en 2001 qui reprenait le même principe que le jeu NFS High Stakes à savoir les courses de rues, avec des voitures toutes plus trafiquées les unes que les autres et donc « tunées » à fond. Ce film, en plus des courses de beaux bolides, place au centre de son intrigue l’infiltration d’un jeune flic dans le milieu des courses urbaines et du banditisme lié à ces rodéos illégaux. Véritable succès du box-office, cette saga cinématographique (7 films avec celui qui sortira en 2015) n’aura eu de cesse de s’inspirer du jeu et le jeu de s’inspirer du film. C’est ainsi qu’en 2006 est sorti The Fast and the Furious : Tokyo Drift, que beaucoup considère comme un OVNI dans la saga car se déroulant au Japon et sans les acteurs phares des épisodes précédents. Le drift (glissade contrôlée) qui avait fait son apparition dans NFS underground est ici au centre de l’histoire. Finies les courses où il faut aller le plus vite possible, place aux courses aux dérapages contrôlés. Le film ne rencontre pas le succès escompté et la saga revient aux origines en rappelant le héros du premier opus, Dominique Torretto (joué par Vin Diesel). La saga, boostée par des effets spéciaux démesurés et des courses à enjeux mortels à cause de méchants bad guys, redevient un blockbuster très bankable. Malheureusement, toutes les sagas s’essoufflent et au bout du 7ème film, l’histoire commence à tourner en rond. On fait revenir des morts et on explique pourquoi d’autres sont morts en ajoutant un nouvel acteur connu pour essayer de redonner un peu d’intérêt à une saga qui mise tout sur la surenchère à coup de voitures qui treuillent un coffre-fort, de tank sur autoroute et de voitures qui poursuivent un avion… Bref la démesure, toujours la démesure ! Mais des scénarios intéressants – au moins dans les premiers films – la course n’est jamais au centre de l’intrigue à la différence de Need For Speed, mais est-ce mieux ?

 

« Tu vas devoir assumer ce que t’as fait »

Un scénario fidèle aux jeux vidéo ?

Comme nous le disions, dans Fast and Furious, les voitures servent le scénario alors que dans le film Need For Speed, c’est l’inverse c’est le scénario qui a besoin des voitures pour exister. Pourquoi ? Car le scénario est vide ! L’histoire est vue et revue et est même devenue un cliché cinématographique tellement le sujet a été épuisé.
Tobey Marshall (joué par Aaron Paul, Breaking Bad) et Dino Brewster (joué par Dominic Cooper, Mamma Mia) se détestent depuis l’adolescence, évidemment Dino est partie de leur bled paumé pour se rendre à la ville tandis que l’autre végète dans le garage de sa petite ville. En partant Dino a embarqué la fille qu’aimait Tobey – il faut bien rajouter une petite rivalité amoureuse qui finalement n’a aucun intérêt dans le reste de l’histoire mais qu’il fallait mettre pour répondre aux normes du scénario bas de gamme concocté par George et John Gatins. Tous deux sont évidemment considérés comme de très bons pilotes et le gentil Tobey est évidemment meilleur que le méchant Dino. Evidemment, ils se revoient puis un problème arrive – peut-être le seul truc original de ce film et encore – et Dino trahit Tobey qui se retrouve accusé à sa place et passe deux ans en prison… A sa sortie, que veut-il faire ? Se venger ! Comment ? En battant son ennemi lors de la course ultime, la De Leon ! Seulement pas de chance, Tobey habite vers New York et la course a lieu dans moins de deux jours en Californie, il ne peut pas prendre l’avion car il lui est interdit de sortir de l’état donc il se rend là bas en voiture. Dino l’apprenant, met sa tête à prix et donc Tobey doit traverser les Etats-Unis avec les « amis » de Dino qui veulent sa peau, avec les flics aux fesses parce que voulant se faire remarquer pour être invité à la course, il a agacé les autorités. Comme on s’en doute, il réussit à aller en Californie, il participe à la course, la gagne et prouve son innocence dans la foulée mais ne récupère pas la copine de Dino car en route il en a rencontré une autre – et on ne se doute pas un seul instant qu’il va en tomber amoureux, tant le scénario est bien construit !
Le scénario sans surprise présente peu d’intérêt car archi-connu et épuisé mais est-ce là l’intérêt du film ? Clairement non, là où Fast and Furious mettait un point d’honneur à avoir un scénario original à défaut d’être cohérent, Need For Speed a choisi d’assumer un scénario sans saveur afin de rendre hommage au jeu vidéo avec des courses poursuites intéressantes…

nfsg_1Vous avez dit « intéressantes » ?

Oui, le seul intérêt du film réside dans les courses ! Et quelque part, c’est tout ce qu’on demande à un film comme Need for Speed. A la différence de Fast and Furious, les courses ne sont pas réalisées sur fond vert mais sur des routes fermées avec des cascadeurs dans chaque voiture pour être au plus près de la réalité mais aussi pour des raisons de budget. Pour le réalisateur Scott Waugh qui est cascadeur au départ, ce choix semble logique, c’est pourquoi il a demandé à chaque acteur de prendre des cours de pilotage. Les voitures sont moins « tunées » que dans Fast and Furious parce que les pilotes sont tous plein d’argent et possèdent déjà les meilleures voitures donc pas besoin de rajouter de la « nitro » ou de trafiquer les moteurs. Le film reste vraiment fidèle à l’univers du jeu vidéo dans lequel les courses poursuites avec la police ont une part de plus en plus importante. D’ailleurs contrairement à Fast and Furious où la police ne sert strictement à rien à part Dwayne Johnson, ici, elle a un rôle fondamentale. Elle lutte vraiment efficacement pour arrêter les pilotes de courses de rue. La preuve, lors de la course finale où il y a six voitures sur la ligne de départ. Pour empêcher cette course, la police décide de stopper les voitures par tous les moyens, notamment à coup de voiture bélier, si bien que la course à six voitures n’a que peu d’intérêt, toutes les voitures se faisant dégommer par les policiers (et une par Dino) sauf celle de Tobey et Dino – comme par hasard – pour qu’ils puissent se livrer le mano à mano qu’on attend depuis le début…

dream team

Bref, si on omet le fait que toutes les courses ont été effectuées sur de vraies routes et que les cascades ont été réalisées avec le moins de trucage possible, le film n’a aucun intérêt, notamment parce que le public se moque de savoir si les courses sont faites sur de vraies routes ou non. Ce que le public veut c’est du spectacle et il y en a car les courses sont sympas tout comme dans Fast and Furious d’ailleurs. Mais le scénario est beaucoup trop pauvre, les acteurs sont moyennement crédibles, la réalisation est peu glorieuse mais heureusement, parce qu’il faut répondre aux quotas de ce genre de film et rester dans le même esprit que Fast and Furious, il y a un afro-américain qui  fait des blagues et sur qui repose tout le comique – encore un cliché !

Ce film est bourré de clichés et ne propose rien de différent par rapport à Fast and Furious, il est juste là pour faire gagner plus d’argent à Electronics Arts, relancer une nouvelle franchise de films avec l’arrêt programmé de Fast and Furious – pour cause de décès de l’acteur principal – et faire plaisir aux fans qui seront heureux de retrouver l’esprit de leur jeu vidéo fétiche mais probablement déçus que les scénaristes n’aient pas été capables d’inventer une histoire un peu plus intéressante et savoureuse.

Jérémy Engler

3 pensées sur “Need for Speed, le film : Adapter un jeu vidéo sur des courses de voitures au cinéma, est-ce pertinent ?

  • 13 juillet 2014 à 23 h 26 min
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    Je trouve que cette analyse du film est très juste e très bien construite,que les différents points sont bien exposés et que le rapprochement avec fast and furious est très juste.

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    • 15 juillet 2014 à 0 h 24 min
      Permalink

      Merci beaucoup!

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