Nils Tome 1 : un grand coup de crayon pour l’écologie

Les élémentaires est le premier tome de la saga Nils, une bande-dessinée dans le style franco-belge, scénarisée par Jérôme Hamon et dessinée par Antoine Carrion. Éditée chez les éditions soleil dans la collection Métamorphoses, cette BD s’inscrit dans un genre fantasy, définie comme une « scintillante saga écologique à mi-chemin entre la mythologie nordique et les œuvres de Miyazaki ». Promesse tenue ?

Une sorte de « Prince Mononoke » ?

© Éditions du soleil/Hamon/Carrion
© Éditions du soleil/Hamon/Carrion

L’histoire s’ouvre avec une discussion entre quelques nomades, désespérément à la recherche d’une terre fertile. Cette troupe semble vivre en harmonie avec la nature, mais depuis des mois, rien ne pousse, même les femmes semblent être infécondes. Ruben, un scientifique, quittera les terres du Nord où rien ne pousse pour analyser la situation dans l’Est, accompagné de Fitz, son faucon, et de Nils, son fils casse-cou. Le long du chemin, rien ne semble différent : rien ne germe, les animaux se font rares… Et Cyan, royaume du Sud, se fait menaçant avec ses machines qui pillent le peu de ressources qui reste.

Seul signe d’espoir : une forêt dans le Nord-Est où une jeune pousse est découverte… Entourée de Yôkai, des esprits de la nature, au nom emprunté au Japon. Ceux-ci prennent la forme de petits bonshommes bleus avec un gros œil en guise de tête, le tout en deux dimensions. La capacité de la science à apporter une réponse est donc rapidement remise en cause, Ruben semble dépassé, et Nils apparaît rapidement être un nouveau souffle pour le monde.

Cette découverte est rapidement suivie de l’apparition des forces antagonistes : une grosse machine bleue, de forme sphérique, apparait pour capturer les Yôkai.

Un manichéisme exagéré ?

Une faiblesse émerge rapidement du le récit : on oppose les « traditionalistes », gentilles personnes en harmonie avec la nature, et le méchant empire qui aurait cédé aux sirènes de la technologie et de la rentabilité. Le propos est cependant assez vite nuancé : on rencontrera une tribu aux intentions assez égoïstes, aveuglée par sa croyance en les dieux. On verra même quelques divinités, a priori loin des hommes, mais tout aussi loin de la perfection, avec leurs humeurs, leurs conflits internes.

Ce qui ressort de la trame scénaristique, c’est l’abondance d’éléments et d’intrigues : ce tome 1 semble très occupé à installer son univers, Nils, Cyan et son roi, Alba et sa tribu de rebelles, Skuld, Verdandi et Uld – trois divinités appartenant à la mythologie scandinave… Tout est dense – un peu trop peut-être ? – mais semble plein de potentiel.

Un univers fourni soutenu par son style graphique

© Éditions du soleil/Hamon/Carrion
© Éditions du soleil/Hamon/Carrion

Ce melting-pot de cultures a cependant sa force : son style graphique. Le dessin est magnifique, subjuguant – il ne nous perd jamais. On comprend rapidement les différences entre un endroit et un autre, entre le rêve, la réalité et la dimension des dieux…

Ce dessin offre aussi de grands moments de contemplation : il occupe un espace très juste dans la page, les paysages sont mis en avant pendant les moments de voyage, d’exploration, et les scènes d’action semblent d’autant plus rapides que les cases se font plus petites… Le bestiaire lui-même semble fourni : les ours semblent démesurément forts dans cet univers, les chevaux laissent leur place de monture à des Orkhins, sorte de grands gnous domesticables…

Pour résumer, Nils a un futur prometteur : ce premier album est une mise en place d’intrigue un peu longue, mais qui a le mérite de parler de thématiques trop convenues avec une véritable personnalité. On retrouve des archétypes qui ne surprendront pas grand-monde, mais les dix dernières pages de ce tome 1 semblent redistribuer les cartes : l’histoire de la saga commence à la fin de ce numéro, et suscite la curiosité. Les amateurs de dessins trouveront leur compte dès le début – quant à ceux qui cherchent un scénario solide, ils attendront avec impatience une suite.

Jordan Decorbez

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