No / more, Cie la Tournoyante : Ni cirque, ni théâtre, ni danse. Mais quoi alors ?

Après une biennale de la danse chargée en diversité et découvertes, la programmation des salles lyonnaises continue sa route, en solo cette fois. Théâtre, cirque et danse… plein de choses nous attendent et nous avons tous hâte de les découvrir. L’année commence donc à l’espace Albert Camus avec du cirque et la compagnie La Tournoyante avec leur nouveau spectacle No / More qui se jouait hier mardi 4 octobre. Retour sur un spectacle qui nous a laissés quelque peu perplexes…

Retour aux sources ?

Le cirque est un bien vieil art. Depuis sa création, il a su se renouveler et se transformer, pour laisser place aujourd’hui à un cirque contemporain, riche en innovations. Pas facile alors de se renouveler et d’apporter sa pierre à l’édifice. Si l’envie de revenir aux sources est présentée comme le point fort de la compagnie, malheureusement, elle tombe bien vite en désuétude. Épuré de tout, le spectacle peine à s’envoler, comme on nous l’annonçait dans le programme. « Le cirque ne veut rien dire, il dit c’est tout. » En effet, le cirque comme la danse et d’ailleurs aussi comme le théâtre parfois, n’a pas obligatoirement besoin d’une signification. Le corps travaillé à brut, les émotions peuvent faire un très bon spectacle en soi. L’intime de l’artiste, comme le programme l’explique, peut alors éclater au grand jour, et rentrer en contact direct avec le spectateur. Une bien jolie idée. Qui en restera malheureusement une.

« Le cirque ne veut rien dire ? » Est-ce pour autant qu’il doit être dépourvu de sens ? Le spectacle est en effet une suite de saynètes, sans lien aucun entre elles, une répétition permanente de la même scène, qui n’en finit jamais. On ne comprend pas, et au-delà de ça, on n’accroche pas, ce qui est plus problématique encore. S’il fallait résumer ce spectacle à un sujet, nous pourrions lui attribuer celui de la chute, de l’échec. Thème on ne peut plus classique dans le domaine du cirque : on y voit des personnages qui essaient, encore et encore. Ils tentent d’accomplir quelque chose, mais se heurtent en permanence à l’échec, pour, à la fin, réussir, ou tout du moins, passer à autre chose. Dans ce domaine, Jamie Adkins et son Circus incognitus (que vous pourrez découvrir ou redécouvrir en décembre aux Célestins) excelle. Avec humour et poésie, il parvient toujours à mêler virtuosité et simplicité. Si la simplicité est bien présente (un peu trop), le reste à tendance à se cacher quelque peu…

Répétition contemporaine

Outre le déroulement du spectacle qui nous laisse perplexe donc, son contenu est tout aussi peu attrayant… On aurait pu se rattacher à la virtuosité des circassiens, être envouté par leurs talents de comédiens. Malheureusement, on ne peut se raccrocher à ni l’un, ni l’autre. Les quatre membres de la compagnie peinent en effet à faire décoller le spectacle. C’est bien simple : le manque de rythme, d’énergie et de conviction nous donne la sensation d’assister à une répétition. Et quand les erreurs techniques se répètent, on est encore plus perdu. Les costumes n’aident hélas pas non plus. Face à leurs corps à moitié nus, en caleçon et chemise bleu, on fronce les sourcils. La nudité pour la nudité a rarement été bénéfique au théâtre. Au niveau du cirque en lui-même, on ne retient hélas peu de chose. La scène où deux hommes sont reliés l’un à l’autre par une corde et s’amusent à se tirer l’un et l’autre aurait pu être intéressante… Si, paradoxalement, il n’y avait pas eu la corde. La connexion à distance, la communion entre artistes, mais aussi avec le public que prétend chercher la compagnie aurait alors pu être visible et ressentie par tous.

© Ian Grandjean
© Ian Grandjean

No / more a au moins le mérite d’être honnête dans sa présentation : « Les situations arrivent, elle se passent », « nous nous affranchissons de toute psychologie » ou encore « les actes deviennent motifs, se répètent […] se mettent en boucle. ». Un public déçu repart donc ce soir de Bron. Mais rien n’est plus sûr que son retour ; et qu’une prochaine fois, il partira le sourire aux lèvres.

Marie-Lou Monnot

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