No robarás, splendeur et décadence de la jeunesse équatorienne

Le festival du cinéma ibérique latino-américain du Zola s’est clôt ce mercredi 25 après une programmation riche et variée qui a permis de découvrir de nombreux talents d’Amérique du Sud. On peut citer l’équatorienne Viviana Cordero qui a vu son film No robarás… (a menos que sea necesario) projeté au Zola dans la salle de Villeurbanne. On est vraiment content de dénicher des films qui viennent de loin et qui ont à nous apprendre sur ce qu’est du bon cinéma.

Une jeunesse punk et libérée

Ce film raconte l’histoire de Lucia, une jeune lycéenne qui semble très libérée. On la voit fumer des substances peu légales, passer beaucoup de temps avec son groupe de punk, s’habiller de la sorte avec ses amies dès qu’elles peuvent enlever l’uniforme du lycée, rester tard dehors le soir. Elle n’a pas froid aux yeux et reste assez détachée du drame qui se déroule chez elle. Sa mère n’arrive pas à quitter définitivement son dernier mari, qui la bat. Elle lui rappelle qu’à chaque fois c’est la même chose, elle le quitte pour la dernière fois mais le laisse toujours revenir. Alors, résignée, elle va fumer une cigarette sur le toit de son immeuble. Elle y rencontre Pedro, un garçon de son âge, qui parle peu mais qu’elle essaie de détendre en le taquinant. Elle est débrouillarde et sait garder son sang-froid. Elle est consciente que rien ne va chez elle mais elle arrive à rire avec les autres, où alors à s’enfuir, à se réfugier dans les chansons anarchistes de son groupe de punk qui désespère de faire des concert et d’acquérir une notoriété suffisante. Elle a un copain mais encore il n’est pas sa priorité. Elle méprise la manie des ses amis de voler dans la rue pour gagner leur argent, elle est libre mais raisonnable : elle ne semble pas avoir d’attache particulière sinon celle de « ses nains » comme elle les appelle, à savoir ses frères et sœurs, dont elle s’occupe beaucoup, à la place de sa mère, totalement dépassée par ses sentiments.

L’affreuse parentalisation du personnage

Lucia semble s’être habituée à ce rythme de vie qui oscille entre école, musique, amis et famille à s’occuper. Mais cet équilibre est bousculé : sa mère, lors d’une altercation avec son mari dans les escaliers se défend et le pousse, il se tape le crâne contre une marche. Elle est alors envoyée en prison pour tentative d’assassinat. Lucia et ses frères et sœurs se retrouvent seuls, livrés à eux même, sans recours aux services sociaux. Lucia va devoir assumer son rôle d’aînée et s’occuper des petits qui ne comprennent pas ce qui se passe. Voulant prendre les choses en main, la jeune fille rencontre un avocat qui lui demande de l’argent pour pouvoir faire quelque chose pour sa mère. Si Pedro, compatissant, fait beaucoup pour l’aider, son coup de main ne permet pas de nourrir la fratrie. Elle n’a alors pas le choix, elle doit voler. D’où le titre du film : « tu ne voleras pas, à moins que cela soit nécessaire ». Et en effet, il est urgent de trouver de l’argent. Elle se déguise, elle imagine des stratégies pour voler, même si cela la dégoûte et n’est pas dans sa nature. Ses amis vont même être surpris qu’elle leur demande de l’aide pour un braquage. Elle va même jusqu’à envisager la prostitution. Tout cela pour pouvoir offrir à ses frères et sœurs ce dont ils ont besoin. Leur mère, même si elle fabrique les costumes du carnaval depuis la prison, ne peut pas s’occuper d’eux. Elle n’a d’ailleurs pas l’air de se rendre compte de ce que sa fille fait pour faire vivre sa famille. Lucia dit que si, mais cela est dû à sa maturité, cela lui semble évident, elle fait preuve de sang froid, elle ne se laisse pas abattre et prend les devants, devenant tristement une mère de substitution pour les cadets de la famille.

Une portée morale mais pas moralisatrice

L’histoire de cette jeune fille qui va beaucoup sacrifier pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille aurait pu tomber dans un pathos trop vu et pas très judicieux. Au contraire, la réalisatrice a créé un personnage très fort parce que jeune et authentique dans sa jeunesse. En effet, Lucia s’occupe de trouver un logis et de la nourriture pour ses frères et sœurs mais elle continue de voir ses amis, de faire ses concerts. Et même si eux ne comprennent pas forcément la situation dans laquelle elle se trouve, elle ne semble pas être seule au monde. Cette impression est peut-être due au personnage de Pedro : bien que laconique, il assure une vraie présence et un réconfort pour la famille. Il les aide, les fait rire. On peut citer par exemple les moments où il apprend aux fillettes les jeux où l’on tape dans les mains, il leur achète des bombes serpentins pour faire les fous dans la nouvelle résidence. Il apporte la légèreté, l’inconscience que Lucia aurait pu perdre. Et surtout, la pureté des sentiments qui manque à la jeune fille, tant dans son groupe d’amis que chez son copain, dans les nouvelles situations auxquelles elle doit faire face. Ce film est très beau car il fait sourire et l’on s’attache vite aux personnages. Ils nous semblent plus mûrs que la mère elle-même et se débrouillent, comme ils peuvent, dans la nuit ou à l’aube magnifique qui réveille la ville de Quito, bercés par une bande originale au piano très simple, pure, harmonieuse, comme l’humilité des personnages.

Le festival finit donc fort avec ce film qui vient d’Équateur, qui montre une jeunesse pleine de rêves, de doutes, de situations gênantes. Cette jeunesse est incarnée par de très bons acteurs que l’on regrettera de ne pas voir s’exporter plus. Le cinéma Le Zola de Villeurbanne a eu raison de programmer cette cinéaste qui livre un portrait beau, touchant, dont la gravité de la situation est contrebalancée par la légèreté d’une jeunesse énergique et dégourdie.

Solène Lacroix

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *