Nos futurs, film hybride et joliment orchestré

Nos futurs est le quatrième long-métrage de Rémi Bezançon. On le connaît pour son film nominé aux césars, Le Premier jour du reste de ta vie mais aussi pour Un Heureux événement. Il joue souvent sur la frontière entre comédie et drame, entre rire et tension dramatique. Nos futurs est une nouvelle fois la démonstration de cette oscillation, qui a pourtant failli basculé du mauvais côté.

Une situation initiale un peu cliché

Le film commence en présentant Yann, trentenaire bien posé, avec une femme, un travail et un grand appartement. On le retrouve le jour de ses trente ans, pour son anniversaire surprise. Bien sûr, l’intérêt de la fête est de montrer qu’il n’y a plus rien de festif dans sa vie. Alors, les vieilles photos que sa femme projette lui remémorent des souvenirs de « jeunesse », lorsqu’il s’amusait avec son ami Thomas. Qu’a-t-il bien pu devenir ? Il décide alors de le recontacter. Le film commence avec cette situation un peu habituelle du trentenaire qui s’ennuie et qui veut retrouver ses amis pour mettre du piquant dans sa vie. On attend donc l’évolution, on attend de voir qui est cet ami. C’est Thomas, il a le même âge mais vit dans un taudis, n’a pas internet, il vit dans le passé, il a gardé l’immaturité de ses 18 ans, l’âge où ils se sont perdus de vue. On a alors l’impression de s’enfoncer dans le cliché des deux amis qui ont pris des chemins différents. Mais peu importe, ils pensent pouvoir guérir de ce fossé qui les sépare en organisant une fête avec les mêmes invités que pour les 18 ans de Yann, comme ça il sortirait de sa vie sans rebondissements.
Ils partent alors en périple rencontrer les anciens amis qui sont éparpillés en France. Yann, sur les conseils de Thomas se coupe de son téléphone pour retrouver les vraies sensations de liberté, celle des dix heures de route en scooter par exemple. En tant que spectateur on peut se retrouver vraiment déçu, deux amis qui veulent revivre leur passé, on a déjà eu plusieurs fois cela au cinéma. Et ce film, en surfant sur ce scénario type de comédie de vacances semblait sombrer dans le cliché. Comment va évoluer ce film type « copains d’avant » se demande-t-on, comment après de bons films peut-on tomber dans un enjeu aussi peu original que la fête avec les anciens du lycée ?

Un basculement émotionnel

567868Le film continue à se construire sur cette trame un peu facile mais quelques pistes s’ouvrent peu à peu : Yann semble avoir un sérieux problème de refoulement de la mort. Lorsque sa mère en parle, il coupe court à la conversation, lorsque sa femme parle de ses fausses couches, il la coupe en disant que c’est impudique. La tension commence à être palpable mais on ne peut pas la cerner, savoir sa raison, on la sent juste là, au milieu des verres qui cassent et des larmes qui coulent. Et il y a les amis qui lui disent « j’ai essayé de t’appeler mais… » avec un ton grave, auxquels il répond une phrase du genre « et sinon toi depuis quand tu es ici ? ». Il a donc quelque chose à cacher. Et finalement, l’intérêt dramatique du film ne se situe pas dans l’intrigue de la fête mais dans la lacune de connaissances sur le passé de Yann. Qui donc est mort ? Pourquoi, jusqu’au deux tiers du film n’a-t-on pas d’autres indices que ces conversations que le protagoniste refuse ? Le talent du scénariste et réalisateur qu’est Rémi Bezançon cache le trésor pour la fin. On peut trouver que le personnage de Yann est un peu creux, il n’a pas beaucoup d’expression, il ne parle pas beaucoup, et même avec Thomas, s’il se libère un peu, il ne laisse pas exploser sa folie comme justement on l’attendrait dans une comédie de copains. Yann garde quelque chose pour lui. Pierre Rochefort, l’acteur, semble alors hermétique, on ne peut pas s’identifier, il n’est pas généreux envers le spectateur. C’est sûrement ce qui déroute dans son jeu : on a envie qu’il s’amuse, qu’il laisse exploser sa joie, qu’il devienne aussi fou que Thomas, d’ailleurs très bien interprété par Pio Marmaï. Et le fait qu’il ne le fasse pas fait penser que l’acteur n’est pas à sa place dans ce genre de comédie. Mais non, c’est nous qui nous sommes trompés, ce n’est pas une simple comédie et Yann a vraiment un secret lourd derrière lui que nous spectateurs ne comprenons pas.
Tout se renverse dans la dernière partie du film où tout s’articule en vitesse mais remarquablement bien pour nous révéler le comportement de Yann. Est-ce que toute cette quête avec Thomas a vraiment un sens ? Est-elle vraiment réelle ?

Nos futurs, sur un début cliché et critiquable construit une tornade dramatique qui nous fait réaliser toute l’importance de cette intrigue de retrouvailles. Yann, en conflit avec la mort, le temps et le refoulement en revoyant Thomas arrive à dépasser cela. Ce film est une belle expérience cinématographique, surtout au niveau du scénario puisqu’il arrive à renverser notre vision du film dans la dernière partie, et d’une manière impressionnante et bouleversante.

Solène Lacroix

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