Nous attendions les Inattendus !

Les Inattendus est un festival de films indépendants dont la dixième édition se déroule en ce moment même à la MJC Monplaisir (du 22 au 30 janvier 2016). Quelques mots sur un festival d’une grande richesse et d’une grande diversité (plus d’une centaine de films de 27 nationalités différentes), dont l’essence même est de montrer des films dits « invisibles » – films originaux, méconnus, et allant souvent à l’encontre des standards esthétiques actuels.

©MJC Monplaisir
©MJC Monplaisir

Une très belle programmation dans un lieu chaleureux !

Nous voulons d’abord souligner le fait que la programmation de ce festival est particulièrement riche et diversifiée. Trois temps forts rythment notamment l’événement : une séance spéciale sur le cinéma indien de la photographe, cinéaste et anthropologue Shambhavi Kaul, une autre, rétrospective de l’œuvre du cinéaste avant-gardiste espagnol José Val del Omar, et une dernière, articulée autour de la thématique de la mise en scène du mythe au cinéma : « Aspects du mythe ». À ces temps forts s’ajoutent de nombreux films de divers horizons et de divers styles, le tout formant une sorte de patchwork bariolé composé de tissus singuliers et proprement « inattendus ».
Cette charmante programmation s’inscrit dans un lieu à l’ambiance joyeuse, conviviale et égalitaire. En effet, on est accueilli avec de grands sourires, les discussions fusent de tous les côtés, et les réalisateurs et l’équipe organisatrice côtoient les spectateurs au bar… Bref, chacun est mis sur un pied d’égalité, ce qui favorise des échanges on ne peut plus intéressants ! A notre droite, on entend parler de réglages son pour la prochaine projection, derrière nous, cela discute d’un cinéaste espagnol en lien avec un des films projetés, à gauche, on parle de refaire le monde grâce à l’art… Des débats techniques, esthétiques et philosophiques se mêlent et forment ainsi un superbe mélange. On savoure donc ce petit moment en écoutant des gens passionnés parler de leur passion – et c’est d’autant plus savoureux que nous n’y connaissons rien, nous pouvons alors écouter naïvement et pleinement, et boire les paroles proférées autour de nous.
La salle de projection était également très accueillante du fait de sa grande taille, des sièges (assez confortables on doit dire), et des spectateurs qui la remplissaient : de jeunes excentriques, de moins jeunes plus intellos, des groupes d’amis, quelques couples souriants… Il y avait une bonne ambiance. Pour exemple, les gens ont osé participer lors de la rencontre qui a suivi la projection à laquelle nous avons assisté. Le passage aux questions est toujours un moment embarrassant dans ce genre d’événement, or, cette fois-ci, plusieurs personnes ont pris la parole quasi-immédiatement après la petite introduction du réalisateur/acteur Pierre Merejkowski. Le ton du dialogue était assez détendu, et tout le monde se tutoyait (réalisateur, organisateurs et spectateurs), ce qui rapprochait les gens les uns des autres en créant une ambiance plutôt familiale et décontractée. Rien de mieux pour un spectateur lambda d’assister à un débat franc, spontané et libéré d’une sorte d’assujettissement à la supériorité d’un réalisateur érigé comme figure d’autorité.

Rétrospective sur une projection et une rencontre : L’abbé Pierre de Pierre Merejkowsky

©MJC Monplaisir
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Dans le cadre du festival, nous avons en effet assisté à une projection en particulier : celle du court métrage L’abbé Pierre de Pierre Merejkowsky.
Ce court métrage est très intrigant et perturbant. D’abord, parce qu’il remet en cause les codes filmiques auxquels nous avons été habitués, notamment au niveau du cadrage ou du son. En effet, il arrive que le cadrage soit imprécis voire volontairement imparfait (on ne voit pas l’ensemble du visage du protagoniste lors de gros plans du fait de mouvements saccadés et rapides de la caméra par exemple) et qu’il y ait un brouillage au niveau du son – plusieurs scènes se déroulent dans la rue ou dans la gare du Nord à Paris et les bruits de fond viennent parasiter le monologue du personnage principal, le rendant presque inaudible à certains moments. Nous tenons aussi à faire remarquer que les couleurs du film et les images étaient particulièrement belles, notamment au début du film avec cette lumière jaune dans la gare, qui nous a un peu rappelé la lumière de la gare de l’Est dans Le fabuleux destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet.
Outre cette esthétique assez novatrice, la visée du film est difficile à percevoir clairement. On oscille entre une prise de paroles militante qui critique violemment l’abbé Pierre et le Secours populaire du fait de leur médiatisation et de leurs politiques de relogement souvent inappropriées, et des passages comiques et décalées lorsque l’on aperçoit des playmobils en arrière-plan par exemple, petites touches d’autodérisions parsemées ça et là…
Et c’est grâce à la rencontre qui a suivi la projection que nous avons pu en apprendre un peu plus sur les intensions de l’artiste, et sur le sens de son œuvre (si tant est qu’il y en est un véritablement…).

Pierre Merejkowsky

Pierre Merejkowky a d’abord insisté sur son personnage dans le film, qui est en fait une sorte d’alter-ego névrosé de lui-même selon son explication. L’important était bien de concentrer son film sur lui-même, dans le mesure où il favorise un art de la spontanéité (s’écouter à chaque instant). La folie lui a en outre permis de se focaliser sur son être et de parler librement, sans aucunes contraintes.
Il s’est donc agi pour notre réalisateur/acteur de concilier un sujet proprement politique et polémique, avec un ton parfois comique et distancié. En faisant cela, Pierre Merejkowsky a refusé, d’une part, d’imposer un point de vue unique sur le monde et, d’autre part, de s’ériger comme porte-parole d’un groupe anarchiste ou révolutionnaire. C’est bien une position optimiste que prône cet artiste en fin de compte, qui croit en un progrès social et en un bonheur universel, en introduisant le rire et l’autodérision dans un film au sujet grave et profond.
Enfin, nous pouvons dire que cette rencontre nous a beaucoup appris, non seulement sur la manière dont ce réalisateur a conçu son film, mais aussi plus globalement sur le processus de création et de réalisation d’un film, ce qui était tout à fait nouveau pour nous.

Nous sommes ainsi repartis contents de notre soirée : nous avons visionné un film intéressant bien qu’énigmatique, au sein d’un festival ambitieux et envoûtant !

Sarah Chovelon

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