Nous ne pouvons connaître le gout de l’ananas par le récit des voyageurs : Un spectacle universitaire au festival mode d’emploi !

Le festival Mode d’emploi s’achevait donc hier autour de braseros dans la cour des Subsistances, avec au programme rencontres, spectacles, et une foire aux savoirs. L’occasion d’en apprendre plus sur des sujets divers et variés, comme par exemple un cours sur le nombre d’Or, comment attraper un crocodile ou encore réparer un pneu crevé. Un week-end sous le signe de l’apprentissage donc, qui passait aussi par le spectacle. C’était le cas avec Nous ne pouvons connaître le goût de l’ananas par le récit des voyageurs, même si celui-ci avait plus la forme d’un cours universitaire qu’une forme de spectacle.

 Perdu dans une forêt d’ananas

©R.Etienne
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Une fois rentrée dans le Hangar des Subsistances, le spectateur fait immédiatement face aux décors, et aux acteurs qui vont y évoluer. Un des personnages commence d’ailleurs dès l’entrée à nous parler. Il en vient même à distribuer des feuilles qui permettront de jouer au Bingo avec les mots qui seront, ou non, dis durant la représentation. Celui qui gagne devra alors crier Bullshit, et repartira avec son lot de poissons rouges. Le reste du décor est un bazar sans nom, sans aucun sens. Prenant la majorité de la place, nous pouvons voir un énorme ballon gonflable transparent, qui servira à un seul moment du spectacle. C’est d’ailleurs le cas d’une manière générale. Chaque élément, sans aucun lien entre eux, serviront à une scène du spectacle, là encore sans lien entres elles. Le billard au sol est à peine utilisé durant les cinq dernières minutes du spectacle. Le reste, un agencement de bureaux plus ou moins chargés d’objets divers, comble l’espace. Visuellement donc, et dès les premiers instants du spectacle, le spectateur se retrouve perdu devant tant d’éléments. Si cela peut être plaisant quelques instants, d’avoir toujours quelque chose à regarder, la trame et l’histoire qui va accompagner ses objets aura très vite fait de nous désenchanter…

Nous ne pouvons connaitre, nous ne pouvons comprendre

©R.Etienne
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Car le théâtre de l’absurde, s’il faut lui donner un nom, ne réussit pas à tout le monde. Il faut beaucoup d’humour et de finesse d’esprit pour parvenir à intéresser quelqu’un à une chose qui n’a aucun sens.  Pour faire de l’art avec rien, il faut avoir la logique de Duchamp. Sans ça, ou presque, tout s’écroule. Et c’est fâcheusement le cas pour une grande partie de ce spectacle au titre à rallonge. Si l’on considère cela comme une œuvre, c’est un échec. Si l’on le présente comme une conférence universitaire, pourquoi pas. Car en effet ce spectacle est réalisé par un groupe d’universitaires. Et cela se sent. Trop. Leurs savoirs sont intéressants, passionnants parfois même, et on apprend de nombreuses choses. Mais du pourquoi de ces choses ici, dans ce spectacle, à ce moment, il y’a beau chercher, on ne trouve pas de réponse. Le théâtre est un lieu de savoirs et de partage. Mais apprendre et s’instruire n’est, tout du moins personnellement, pas la seule raison pour laquelle se rendre au théâtre. Si l’on présente son savoir sous forme de spectacle, c’est bien que cette forme est supposément intéressante. Mais pourquoi alors choisir cette forme ? Pourquoi ne pas faire une conférence dans un amphithéâtre, d’université cette fois. Et puis, que faire quand un tel savoir, honnêtement très intéressant, est mélangé à des blagues scatophiles, franchement de bas étages ? Les autres tentatives de blagues échouent d’ailleurs tout autant même quand elles sont un peu plus élaborées…

Nous ne pouvons connaître le gout de l’ananas par le récit des voyageurs déçoit donc énormément. Sous une forme de spectacle peu intéressante, cette représentation a néanmoins le mérite de nous apprendre des choses sur la vie des animaux et sur certaines expériences scientifiques.

Marie-Lou Monnot

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