Oliver Beer et Ben Schumacher au Musée d’Art Contemporain de Lyon, Deux intrigants

Depuis le 5 juin et jusqu’au 17 août, le MAC (Musée d’Art Contemporain) de Lyon propose 3 expositions. Derrière « Imagine Brazil », la plus importante – qui fera l’objet d’un article tout prochainement – se cachent deux autres petites expositions qui tiennent dans une seule salle mais qui sont très intéressantes, celle d’Oliver Beer intitulée « Rabbit Hole » et celle de Ben Schumacher, « Rebirth of the Bath House ». Afin de donner à ces expositions l’importance qu’elles méritent, la rédaction de L’Envolée Culturelle a pris le parti de présenter ces deux expositions indépendamment d’« Imagine Brazil ».

« Rabbit Hole » d’Oliver Beer, la perte de repères

Oliver Beer est un jeune artiste britannique qui a suivi une formation en Arts plastiques à Londres et en audiovisuel et cinéma à Paris. Fort de cette double capacité, il décide d’associer ces deux matières afin de créer un style totalement original.
En plus d’avoir des connaissances en audiovisuel, il est aussi musicien, c’est pourquoi dans ses différentes expositions, il mêle autant que possible musique et architecture et travaille énormément sur la déstabilisation de nos repères sensoriels.
Dans l’exposition « Rabbit Hole », plusieurs travaux sont réunis pour nous faire tomber dans le « terrier du lapin » et nous permettre une nouvelle perception de ce qui nous entoure. Le premier est le résultat du « Resonance project », commencé en 2007 et qui trouve sa pleine réalisation dans une immense boîte.

Rabbit Hole, Oliver Beer © Jérémy Engler
Rabbit Hole, Oliver Beer, 2014
© Jérémy Engler

Le visiteur est invité à entrer dans cette boîte, le fameux Rabbit Hole, et à se placer à l’intérieur dans les coins de cette structure imposante et effrayante car elle nous plonge dans un noir si profond qu’il en devient même difficile de voir les décochements des parois. Mais cette obscurité est nécessaire pour que le visiteur puisse appréhender les vibrations des voix des chanteurs qui se modulent selon ses mouvements et ses positions dans la structure.  Une expérience vraiment déroutante !

Alice Falling, Oliver Beer © Jérémy Engler
Alice Falling, Oliver Beer, 2014
© Jérémy Engler

Une fois remis de ses émotions, le visiteur peut jeter un coup d’œil aux murs de la salle qui d’un côté regroupent les dessins du travail sur « Alice Falling ». Cette chute d’Alice renvoie clairement au nom de l’exposition et offre un court métrage de 2 minutes 17 qui passe en boucle et qui réunit 54 coloriages d’enfants, réalisés à partir des images du Disney Alice au pays des merveilles. Les coloriages mis à bout à bout créent un petit film qui représente la chute et la perte de repères que ressent Alice en tombant dans ce « pays des merveilles ». Pays dans lequel, nous invite Oliver Beer avec son travail sur le thème « This is a pipe ».

Envolée © Jérémy Engler
Envolée, Oliver Beer, 2013
© Jérémy Engler

En référence à Magritte, l’artiste nous donne à voir des objets qu’il détourne de leur usage traditionnel en brouillant nos perceptions encore une fois. En effet, sur le mur en face des coloriages des enfants, nous retrouvons des espèces d’autocollants si finement incrustés dans le mur que jamais on ne jurerait que ces stickers sont en fait de vrais objets qui, sectionnés en leur centre et aplatis au maximum, prennent une nouvelle forme. A l’inverse de Magritte, il nous présente quelque chose qui ne ressemble pas à une pipe mais qui en réalité en est une !
Pour sa première exposition personnelle au MAC de Lyon, Oliver Beer nous offre des travaux absolument renversants tant l’illusion est excellente !

British Bulldog © Jérémy Engler
British Bulldog, Oliver Beer, 2013
© Jérémy Engler

« The Rebirth of the Bath House » de Ben Schumacher, l’envers du décor

Ce projet, présenté au MAC est le fruit d’un partenariat avec le Centre d’Art Contemporain de Lyon, la Salle de Bains, rue Burdeau. Cette exposition hors les murs présente l’ébauche du projet architectural de rénovation des Bains publics de New York, entrepris par cet artiste canadien. Sa volonté n’est pas de montrer quelque chose d’accompli mais bien de nous faire apercevoir tout le processus de création, de mise en mouvement de l’acte architectural.

© Jérémy Engler
© Jérémy Engler

Ben Schumacher, jeune architecte de formation, expose depuis quelques années maintenant mais c’est la première fois qu’il vient à Lyon et la première fois qu’il vient en France avec une exposition personnelle.
Cette exposition présente la vertu de nous montrer l’envers des projets architecturaux. Certes, il y a des plans mais ce qui est surtout présent, ce sont des maquettes d’impression 3D des thermes réparties dans toute la salle. Ces maquettes servent parfois d’illustration aux plans mais elles ont surtout pour fonction de nous montrer comment fonctionnent les thermes. Nous avons la chance de voir tout le procédé de conduction des eaux, de refroidissement des machines…

Impression flexographique © Jérémy Engler
Impression flexographique
© Jérémy Engler

Les impressions flexographiques sont très intéressantes et nous proposent encore une fois une vision déformée de ce que nous avons l’habitude de voir, puisqu’elles nous donnent à voir l’envers des plans. En revanche, très peu d’explications sont présentes autour des pièces présentées, aussi nous avons beaucoup de mal à comprendre la mise en place de chaque procédé et surtout la présence d’un billard comme élément clé de ce travail. Heureusement, à l’entrée de la salle, un dépliant nous explique tout et nous permet de plus facilement entrer dans la logique de l’auteur alors n’oubliez pas de le parcourir.

Maquette sur table de billard © Jérémy Engler
Maquette sur table de billard
© Jérémy Engler

Pour sa première exposition personnelle en France et à Lyon, Ben Schumacher nous montre l’étendue de son talent et la complexité de son travail que vous pouvez retrouver sur Tumblr à cette adresse : http://worse.tumblr.com/.

Ces deux expositions sont moins mises en avant par le Musée d’Art Contemporain qui privilégie la belle exposition « Imagine Brazil » mais n’hésitez pas à y aller car elles valent le détour par leur côté intrigant !

 Jérémy Engler

2 pensées sur “Oliver Beer et Ben Schumacher au Musée d’Art Contemporain de Lyon, Deux intrigants

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