Olivia Rosenthal décortique sa réflexion avec humour sur quatre films cultes dans Toutes les femmes sont des aliens

Olivia Rosenthal est une romancière, dramaturge et performeuse. Elle a plus d’une dizaine de romans à son palmarès, dont certains couronnés par quelques prix comme le prix Wepler ou le prix Alexandre-Vialatte. Le principal thème abordé dans son œuvre est l’exploration de la nature humaine jusque dans sa part d’animalité au travers de la pensée, de la philosophie et de la science. Elle porte un intérêt particulier à la langue et à l’articulation de ses obsessions avec l’inquiétante familiarité de la parole des autres. Elle enseigne à l’université de Paris XIII où elle a créé en 2013 avec Lionel Ruffel et Vincent Message un des premiers masters de création littéraire de l’enseignement supérieur français.

dqe-02032016-olivia-rosenthal-replay-700-394 Le cinéma peut mener très loin

Olivia Rosenthal commence son livre en nous expliquant la difficulté d’écrire : « Commencer par le commencement ça ne sert à rien, c’est improductif … » Pour l’auteur cela embrouille tout. « Il faut connaître la fin pour pouvoir raconter une histoire, donc on ne peut pas raconter d’histoire et surtout on ne peut pas raconter sa propre histoire, il faudrait attendre jusqu’à sa fin » et comme l’auteure l’écrit cela signifie la fin de tout désir de raconter, l’impossibilité de tout raconter sans doute à cause de l’imperfection de sa mémoire ou tout simplement enjoliver les faits, le contenu de l’histoire. À la fin de sa vie, les histoires ne sont plus les mêmes, l’évolution de nos sentiments et ressentiments ne sont plus ceux de nos précédentes années. Nous rejoignons l’auteure sur ce point et sommes d’accord pour nous pencher sur sa réflexion et son analyse : le cinéma nous offre un commencement, un milieu et une fin. On peut effectivement regarder la bande du film se dérouler sous nos yeux et en parler avec des tiers à la fin de la projection. On va au cinéma pour des raisons diverses et variées : par plaisir, pour se reposer de la vie trépidante que nous menons, pour oublier le stress de notre journée, pour ne penser à rien d’autre pendant une à deux heures. On assiste au déroulement d’une histoire sur un écran géant et suivant le thème du film on peut être séduit, dérouté, ému, enjoué, apeuré, angoissé. On passe par différents états émotionnels qui nous apportent une réflexion et justement l’auteure dans son livre nous parle de son analyse concernant quatre chefs d’œuvre du cinéma : la saga des Aliens de Ridley Scott, Les oiseaux d’Alfred Hitchcock, Bambi et Le livre de la jungle de Walt Disney. Surprenant le choix de ces quatre films ! On ressent déjà, à la lecture de ses premières pages, que son choix n’est pas anodin et que cela va nous emporter au-delà de l’écran géant, bien plus loin que l’histoire de ces films…

A17803L’exploration des sentiments

On s’installe dans notre fauteuil et continuons la lecture de ce livre au ton très particulier par son style. On se retrouve projeter dans Alien de Ridley Scott et sa saga et tout de suite Olivia Rosenthal nous emporte dans un tourbillon de réflexion comme la définition du mot alien où elle conclut qu’en chacun d’entre nous sommeille un autre corps. Un combat s’engage entre les deux comme Sigourney Weaver dans le personnage qu’elle incarne en opposant la beauté de la femme soldate au monstre. Il est évident que cette femme va poser problème, d’ailleurs les femmes posent toujours des problèmes ! « Elles font des choix discutables, sont des dangers pour les hommes » l’auteure porte un autre regard sur le film que celui de la peur du monstre et nous démontre une analyse sur la femme des plus convaincantes. Il y a fort à parier que plus d’un lecteur n’a nullement pensé à cela en regardant la saga.

Dans Les oiseaux d’Alfred Hitchcock, Olivia Rosenthal donne le point départ à sa réflexion sur le fait qu’il y a une erreur de casting avec les deux personnages principaux du film. Son cerveau se met en branle et d’un seul coup on se retrouve en territoire angoissant, déroutant. La dramatique du film nous apparaît complètement détournée de son but initial et pourtant l’univers de la peur est présent, mais retranscris de manière totalement différente sous la plume de l’auteur : l’amour s’enchevêtre dans la peur, où peut-être est-ce l’inverse… Après une très belle échauffourée de l’esprit, l’auteure cherche, pose, examine, triture les entrailles de ce film avec humour et  brio. Avions-nous décelé tous ces points vus ?

En ce qui concerne Bambi et Le livre de la jungle de Walt Disney, le parallèle entre les deux est basé sur l’absence de la mère et de la famille. Bambi subit la perte de sa mère et Mowgli est abandonné par sa famille, et ils se voient obligés de vivre dans un univers méconnu et hostile. Dans le monde du cinéma, les dessins animés foisonnent de bons sentiments et ont une morale à toute épreuve, mais une fois de plus l’auteure nous donne une version bien différente de ces deux films emplis de bonté humaine : derrière le décor se cache une tout autre vérité. Avons-nous compris qu’il en faut peu pour être heureux ? Est-ce vraiment des films pour enfants ? Pas si sûr !

oliviarosenthalUne analyse globale acérée sur fond d’humour

L’auteure décortique pour nous ce qui se cache derrière quatre films cultes, on l’imagine assise dans son fauteuil face à un miroir et parlant à son reflet, cherchant à bousculer ses profondes convictions : le résultat est détonant ! Son analyse globale est particulièrement bien réfléchie, affutée et débouche sur de vraies questions existentielles : le rapport aux autres et aux idées reçues, le choix de sa sexualité, la famille et ses multiples ramifications, le choix de sa pensée et de sa religion, les habitudes et manières de vivre des uns et des autres, l’amour, la peur… En commençant le livre, nous ne savions pas très bien où nous allions, mais la route de cette lecture regorge de pensées, parfois presque philosophiques, et d’interrogations sur notre société, livrées avec un ton humoristique acéré. Le titre du livre est énigmatique, mais en y réfléchissant, Olivia Rosenthal fait bien partie de ces « aliens » et plutôt deux fois qu’une !

En refermant ce livre, on se dit que le cinéma n’aura peut-être plus la même saveur qu’auparavant et si nous n’avons pas grand-chose à dire sur le film que nous venons de visionner, il faudra le revoir plusieurs fois : nous n’avons pas vu ce qu’il fallait y voir !

Françoise Engler

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