On peut être sans-papiers et avoir le sourire

Trois ans après le succès phénoménal d’Intouchables, Olivier Nakache et Eric Toledano reviennent avec leur nouveau film Samba, sorti le 15 octobre 2014. Pour le rôle principal, on retrouve une fois de plus Omar Sy. On ne change pas une équipe qui gagne, certes, mais Samba a tout de même un peu trop certains airs d’Intouchables, en moins bien.

Quand deux êtres à qui la vie ne fait pas de cadeau se rencontrent

Omar Sy incarne Samba Cissé, « Samba comme la danse », travailleur sénégalais qui vit clandestinement en France depuis 10 ans. Alors qu’il tente de régulariser sa situation, Samba se fait arrêter par la police. Il se retrouve alors enfermé dans un centre de rétention au milieu d’autres immigrés, à côté des avions de l’aéroport de Roissy, prêts à le renvoyer chez lui. Vous l’aurez compris, Eric Toledano et Olivier Nakache signent à nouveau une comédie sociale, qui explore des sujets graves. Le film est adapté du roman de Delphine Coulin, Samba pour la France, paru en 2011 – une adaptation libre, qui se veut plus légère, comme l’atteste par exemple l’introduction du personnage d’Alice.
Car Samba, ce n’est pas seulement la réalité des clandestins, c’est aussi la rencontre et, sans surprise, l’histoire d’amour entre Samba et Alice. Charlotte Gainsbourg incarne cette femme un peu naïve et souvent gaffeuse, à la fois réservée et capable d’exploser sans prévenir, fragilisée par un burn-out, comprenez un épuisement professionnel. Comme étape de sa thérapie, Alice s’engage comme bénévole dans une association qui assiste les clandestins : c’est ainsi qu’elle rencontre Samba, et qu’elle entreprend de l’aider. Une aide à double sens, puisqu’il apparaît vite qu’elle a autant besoin de lui qu’il a besoin d’elle. L’histoire d’amour de ces deux personnages évite de tomber dans le cucul, mais reste une histoire pudique, un peu gentillette.

SAMBA

Filmer le sort des immigrés

C’est finalement au film dans son ensemble qu’on peut faire le reproche d’être un peu trop gentil. Certes pas mielleux, mais incontestablement plein de bons sentiments – ce qui ne dérangera pas certaines personnes, mais qui pourrait en agacer d’autres. Oui, le film nous montre le quotidien des sans-papiers : Samba enchaîne les petits boulots pour survivre, de vigile nocturne dans un magasin de jouets à laveur de carreaux, en passant par employé d’un centre de tri des déchets. Des tâches parfois ingrates, qu’il est forcé d’accepter s’il veut pouvoir continuer à envoyer de l’argent à sa famille restée au pays. Comme les autres clandestins, il est contraint de se faire passer pour un autre, de changer régulièrement d’identité, voire de nationalité, au risque d’oublier qui il est réellement. Il vit caché, doit fuir souvent, et se sent constamment épié, comme dans cette scène dans le métro où tous les regards sont effectivement braqués sur lui.
Mais si Samba a le mérite de ne pas tomber dans le larmoyant – les quelques scènes d’émotion ne virent jamais à l’apitoiement – peut-être manque-t-il un peu d’audace. Les deux réalisateurs disent ne pas vouloir aborder le côté politique du sujet : aussi le film ne comporte-t-il ni revendication, ni dénonciation de la condition des clandestins. Le film dans son ensemble reste gentillet. Samba enchaîne les galères sans jamais – ou presque – se plaindre de son sort, arborant un éternel sourire. La réalité que le film entend montrer apparaît ainsi comme moins sombre qu’elle ne l’est indubitablement en réalité.

Affiche Samba

Une comédie portée par ses acteurs

Samba est, ne l’oublions pas, une comédie. Comédie sociale peut-être, qui aborde des sujets sérieux, mais comédie avant tout, qui les traite donc avec humour. Et le rire est au rendez-vous. Comiques de caractère, de situation, de répétition, de mots sont à l’origine de quelques vrais éclats de rire – moins nombreux toutefois que dans Intouchables, il faut bien le dire.
Le scénario quant à lui est quelque peu convenu, et pas seulement lorsqu’il s’agit de l’histoire d’amour entre Alice et Samba. Il réserve peu de surprises, et a recours à des ficelles un peu grosses. Néanmoins, les acteurs et la qualité de leur jeu parviennent à compenser ce défaut, faute de le gommer. Omar Sy et Charlotte Gainsbourg bien sûr, tous deux drôles et touchants à la fois (à noter qu’Omar Sy, qui doit tout au long du film parler avec un accent sénégalais, évite le piège de la caricature – même si l’on retrouve parfois certaines intonations de son personnage de Doudou dans le SAV de Canal +), mais aussi tous les rôles secondaires. De Tahar Rahim, qui interprète Wilson, immigré brésilien et séducteur invétéré, à Izïa Higelin en passant par les vieilles dames de l’association et l’oncle de Samba – dont l’interprète fait avec ce rôle ses débuts au cinéma, tous contribuent à faire de ce film une comédie joyeuse.
Si les réalisateurs insistent sur leur volonté d’avoir voulu faire un film différent d’Intouchables, toujours est-il qu’on ne peut guère s’empêcher de voir des similitudes, dans le fait de traiter avec des moments légers des situations difficiles, dans la volonté d’assembler ceux qui ne se ressemblent pas, et jusque dans la musique, qui nous met dans la même ambiance que pour le précédent film. Alors oui, si l’on compare, Samba est moins bien qu’Intouchables. Peut-être alors ne faut-il pas chercher à comparer, pour ne pas gâcher son plaisir devant ce film qui malgré certains défauts un peu trop marqués, reste une comédie plus qu’agréable à regarder.

Richard

2 pensées sur “On peut être sans-papiers et avoir le sourire

  • 16 octobre 2014 à 16 h 18 min
    Permalink

    pas évident de refaire un film (ou un livre d’ailleurs…) après avoir eu un succès incroyable avec le premier !
    Parler des problèmes de société, des problèmes humains, même sans revendication, est-ce que ça n’est pas déjà un peu politique ? Si on choisit d’en parler, en plus dans une comédie, avec des acteurs qui vont forcément attirer les spectateurs, est-ce que ça n’est pas pour « sensibiliser » un large public à ce problème?
    je ne suis pas du tout une fan de cinéma, mais vous avez présenté plusieurs films qui me donneraient presque envie d’y aller 😉

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *