Ondine, une folie poétique

Dans le cadre du festival Off d’Avignon, la Cour du Barouf prête ses planches pour nous plonger dans l’univers fantastique d’Ondine de Jean Giraudoux du 7 au 30 juillet 2016, mis en scène par Gwenhaël de Gouvello de la compagnie du Catogan.

Une poésie incomplète

© Compagnie Catogan
© Compagnie Catogan

Ondine est l’un des textes les plus poétiques de Jean Giraudoux et raconte une histoire d’amour dont la beauté et la pureté n’ont d’égale que la complexité. Ondine est fille de la mer, elle est recueillie par un couple de pêcheurs qui un soir reçoit le chevalier Hans, dont elle tombe immédiatement amoureuse. Si lui est tout d’abord désarçonné par cette passion soudaine, il finit par tomber amoureux de l’extravagance et de la pureté de la jeune fille. Bien que les nymphes et les habitants de l’eau avertissent Ondine qu’il la trompera, que ses parents adoptifs tentent de le dissuader d’épouser leur protégée car elle n’est pas tout à fait comme le commun des mortels, les deux s’éprennent d’un fol amour et débute alors une tragique et passionnelle idylle.
Ondine ne connaissant pas les règles du monde, sa naïveté étonne, rafraichit mais dérange et tout se passe mal… Si le metteur en scène est resté très proche du texte original pour en garder l’essence, la poésie et la beauté, il reconnaît avoir fait des coupes et modifié certains passages pour rendre la pièce plus contemporaine et plus accessible. En faisant cela, il a malheureusement ôté un peu de complexité aux personnages qui apparaissent moins porteurs de nuances. De fait Ondine apparaît surtout comme une jeune fille naïve et très excentrique, nous faisant nous demander si cet amour est véritable ou s’il n’est pas tout simplement une petite amourette démesurée. De même, le personnage de la reine Yseut est sous exploité. Son arrivée aide Ondine à y voir clair mais rien ne nous explique comment elle a fait pour savoir qu’elle était une habitante de la mer, ni pourquoi elle semble être la seule à la comprendre…
La fin, qui devrait être le moment d’apogée de la passion, semble un peu caricaturale, le procès assez drôle contraste avec la mort qui attend Hans et la perte de cet amour. Le personnage d’Ondine étant vu comme une ingénue tout au long de la pièce, il est difficile de ressentir le côté tragique de la mort de Hans et l’oubli de cet amour… Malgré cela, la pièce fonctionne grâce au très bon jeu des comédiens et à une mise en scène en pleine ébullition comme le montre l’arrivée de l’illusionniste dont les tours sont mis en avant par l’explosion de pétards en fond de scène.

Un typhon passe sur la Cour du Barouf

 

© Compagnie Catogan
© Compagnie Catogan

C’est sous un vent herculéen que se déroulait la mise en scène faisant ainsi voltiger les feuilles des arbres, ajoutant un côté féérique imprévu mais finalement bien venu. Sans pour autant être transcendante, cette mise en scène nous émerveille et on ressort de là le sourire aux lèvres et heureux de ce qu’on a vu. Sans aller dans l’excès mais avec une scénographie simple, proche de l’esthétique des tréteaux au théâtre, la troupe nous fait rêver et on bascule dans ce monde fantastique où les Ondins cohabitent avec les humains.
Plutôt que d’opter pour un costume grandiose de sirène, Gwenhaël de Gouvello choisit des marionnettes pour représenter les ondines, conservant ainsi la dimension onirique des personnages. Le choix des costumes opéré ici semble très important pour comprendre les différences entre les deux clans. Tout comme les ondines, le roi Ondin n’apparaît pas dans un costume majestueux, seuls les humains ont des costumes traditionnels alors que les personnages liés à la mer ont des tenues plus modernes, montrant ainsi la différence entre le paraître et l’authenticité. Les habitants de la terre aiment parader et tout est dans l’apparence et la bienséance tandis que les ondins sont plus francs et n’accordent de l’importance qu’aux choses qui comptent. Le contraste entre ces deux styles de vie crée des tensions entre les deux mondes synthétisées par Ondine qui éprouve des difficultés à trouver sa place et qui se débat entre ses pouvoirs ondins et la bienséance provoquant un tsunami très divertissant à la cour du roi.

Les nombreux sourires esquissés pendant la pièce et le voyage dans un univers très beau et poétique font de ce spectacle une réussite, bien que l’aspect tragique soit un petit peu laissé de côté.

Jérémy Engler

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