Orpheline, une vie à l’envers

Le 29 mars 2017 sortait sur nos écrans le film Orpheline d’Arnaud des Paillères racontant la vie d’une femme à quatre âges de sa vie avec une élégance et une vérité saisissante.

Une narration dynamique et immersive

orpheline 1Le film s’ouvre sur Renée, jouée par Adèle Haenel, professeure de 27 ans qui est arrêtée par la police sous un nom qui ne semble pas être celui que connaît son mari… Puis on retrouve une femme plus jeune, interprétée par Adèle Exarchopoulos. Sandra a 20 ans et semble perdue, ne sachant pas vraiment où aller, elle prend comme point de repère le sexe. Puis on revient sur le personnage de Renée pour découvrir les suites de son arrestation avant de suivre Karine, jouée par Solène Rigot, une adolescente de 13 ans qui enchaîne les fugues et les soirées en boite. On revient alors de nouveau sur Renée avant de suivre cette fois-ci Kiki, alias Vega Cuzytek, une jeune fille de 6 ans qui est victime d’un terrible traumatisme alors que ses parents sont sur le point de se séparer. Kiki, laissée de côté, on retrouve Renée pour découvrir comment se finit son histoire…

On passe sans transition d’une histoire à l’autre, on ne nous indique pas les années, c’est au spectateur de comprendre ce qui se passe. Si le premier changement brutal de personnage nous déstabilise un peu, la structure répétitive du film nous amène à considérer qu’il s’agit en fait du même personnage dont on suit la vie à l’envers. On remonte le cours de sa vie pour comprendre ce qui est arrivé à Renée (alias Kiki, Karine, Sandra) et ce qui l’a amené à changer d’identité…

L’absence de transition nous plonge directement dans chaque histoire et nous invite à les considérer comme indépendantes et une à la fois. Toutes renvoient au même personnage et si l’histoire de Renée est la seule à ne pas être continue, les trois autres pourraient chacune former un court-métrage indépendant racontant l’histoire d’une femme de cet âge. Tout est filmé du point de vue de la protagoniste nous laissant entrer dans son univers et comprendre sa façon de penser et de ressentir… L’immersion est totale et on se prend d’affection pour chacune de ses filles malgré ce qu’elles accomplissent. Cet enchaînement de scénettes, loin de conférer un effet décousu au film, créé un dynamisme – notamment par le changement constant du prénom de l’héroïne. On se demande pourquoi et cela attire notre attention.

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« Orpheline » ? c’est quoi être orpheline ?

orpheline 2Naïvement, en voyant le titre et l’affiche du film, on se dit que le film nous présente la vie d’une orpheline à différents âges de sa vie. Mais ce personnage ne l’est pas vraiment. En effet, orpheline signifie « enfant qui a perdu ses parents » or ici Renée n’a pas perdu ses parents, c’est elle qui les a fuis… L’intérêt des flashbacks à l’envers, c’est que jusqu’à ce qu’on voie le personnage de Karine, soit la moitié du film, on pense qu’elle est orpheline et qu’elle a dû traverser de nombreuses épreuves pour en arriver là. En fait, le film nous lève petit à petit les voiles de l’itinéraire complexe de cette enfant livrée à elle-même.

Avec le personnage de Karine, on découvre qu’elle a un père et qu’elle multiplie les fugues. Ensuite, avec le personnage plus jeune de Kiki, on découvre qu’elle a également une mère en plus d’un père. Et on comprend que les problèmes familiaux sont arrivés avec l’événement traumatisant qu’a connu Kiki. Sa mère a dû quitter son père et ce dernier a dû sombrer dans la déprime, laissant Kiki devenir Karine et se débrouiller seule. On devine qu’elle a dû fuguer une dernière fois pour changer de nom et devenir Sandra.

Elle se veut orpheline car il est parfois plus facile d’être seule que mal entourée. Ici « orpheline » peut aussi prendre le sens de fille sans identité, si elle se laisse arrêter en tant que Renée, c’est parce qu’elle en a marre de fuir et de changer constamment de personnalité, elle est orpheline d’origine car elle l’a perdue en route. Si on sent que Renée est rangée et a une vie confortable, il a fallu que Sandra se pervertisse au maximum pour pouvoir assurer cela. Quand on a tout renié, il est difficile de trouver sa place et d’autant plus quand on s’apprête à être mère. L’orpheline ne serait peut-être pas celle ou ce qu’on croit ?

Ce film pose de nombreuses questions et aborde des sujets difficiles avec beauté et réalisme sans jamais tomber dans le mélodramatique. Les problèmes sociaux sont bien traités car chaque morceau de vie prend le temps de se dévoiler dans toute sa complexité.

 

Jérémy Engler

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