Des Orphelins criants de vérité !

Du 5 au 26 juillet 2019, dans le cadre du Festival Off d’Avignon, le 11 Gilgamesh accueille le collectif caennais La Cohue avec Orphelins de l’auteur irlandais Dennis Kelly mis en scène par Sophie Lebrun et Martin Legros.

Quand tout vole en éclats !

Le collectif La Cohue propose une mise en scène qui brise certains murs. En mettant en place un dispositif trifrontal, le public est sorti de sa zone de confort en étant au plus près des comédiens sur des bancs sur scène. Sur ces bancs, sont situés des prospectus, des coussins et des objets nous plaçant au sein de cet appartement. Les comédiens vont plus loin et brisent le quatrième mur en s’asseyant sur les bancs à côté de nous ou en s’adressant directement à nous. Par ailleurs, Sophie Lebrun, joue la metteuse en scène du spectacle en lisant les didascalies et dirigeant en direct les comédiens dont les coulisses sont visibles, en hors champ…

© Virgine Meigné

La scénographie nous livre les secrets de la mise en scène, la volonté du collectif étant de ne rien nous cacher et de lever le voile sur le jeu du comédien qui ne fait plus comme si c’était vrai mais fait avec les consignes et donc avec la vérité. Par exemple, à un moment donné, elle annonce qu’un des comédiens doit pleurer mais ce dernier n’en avait pas envie ou en tout cas, n’était pas sur le point de le faire, c’est la didascalie qui lui ordonne de le faire et comme il n’en a pas envie, il s’asperge les yeux d’eau pour simuler des pleurs. Aucun artifice n’est déployé pour cette pièce intimiste qui nous place au cœur de l’action et de cette famille qui éclate ! Helen, la sœur de Liam, est mariée à Danny et ils sont en train de passer une soirée en amoureux lorsque Liam fait irruption dans leur salon couvert de sang.

Une famille brisée…

Ce couple a l’air parfaitement heureux avec leur enfant jusqu’à l’arrivée de Liam qui fait exploser toutes leurs certitudes et brise le charme idyllique de leur mariage. Le sang qu’a Liam sur ses vêtements entraine une foule de questions et de doutes, malgré ce qu’il peut dire, Danny se demande s’il n’est pas coupable alors qu’Helen refuse de l’envisager. Elle explique que Liam n’a jamais eu de chance dans la vie et qu’il ne faut pas le juger à l’emporte-pièce. On sent une sœur protectrice, un frère perturbé qui respecte sa sœur et admire son beau-frère, et un mari qui essaie de faire ce qu’il pense juste. Ce trio à l’équilibre fragile s’avère plus complexe que prévu… Petit à petit, on se rend compte que les relations entre eux ne sont pas si bonnes. Helen reproche à Danny le lieu où ils vivent et sa passivité, a des secrets pour son frère qu’elle aime mais envers lequel elle a du ressentiment.

© Virgine Meigné

Céline Orel interprète une Helen tout en retenu, qui donne une profondeur et une puissance incroyable à ce personnage qui voit sa vie éclatée à cause de l’inconséquence de son frère. Martin Legros joue un Liam perturbé, on sent quelqu’un d’instable, passant du coq à l’âne, ayant du mal à analyser ce qu’il s’est passé et se contredisant sans cesse, rendant difficile de croire qu’il n’est en rien coupable…  Danny est incarné par un Julien Girard excellent dans le rôle de l’homme interdit, abasourdi par les révélations de sa femme, son attitude et par ce qui est arrivé à Liam. Il voit la situation lui échapper, à l’inverse, nous sommes happés par l’intrigue, la mise en scène et le jeu des comédiens très proches de nous si bien qu’ils chuchotent par moment, mais utilisent un micro pour amplifier leur voix et nous mettre ainsi dans la confidence.

Le texte de Dennis Kelly, magnifique, intense et bouleversant est sublimé par le jeu exceptionnel des comédiens, quant au dispositif scénique, des lumières aux musiques, en passant par la proximité instaurée avec le public, tout fonctionne à merveille pour une immersion totale !

Jérémy Engler

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *